Survival Fifigrot

   La semaine commençait fort avec la diffusion de Häxan, la sorcellerie à travers les âge de Benjamin Christensen sorti en 1922, un film mi documentaire mi fiction qui dépeint l’historique depuis l'Antiquité au XXe siècle de la sorcellerie ou plutôt de l’image des sorcières dans le conscient collectif. Très documenté, il explore les peintures et représentations de chaque époque commentée et met en scène ses résultats avec humour et digression : il rit de la méconnaissance des sciences et faits naturels de l’humain, de sa peur du différent, mais aborde aussi non sans humour le sort trop souvent funeste des accusées sorcières. La mise en scène des objets de torture est gracieuse et farceuse, l’usage étant simulé par des mains graciles et joueuses. Le réalisateur prendra même la parole pour nous confier en avoir utilisé sur une de ses actrices qui lui aurait avoué l’inavouable ! Son rapport détaillé protocolaire se transforme en conversation intime avec le spectateur de par ses encarts où, la lumière tamisant l’écran, le réalisateur semble s’épancher d’une anecdote fantasque. La mise en scène, justement, sort des carcans traditionnels du cinéma de l’époque qui se présente sous l’apparat du documentaire informatif mais joue des frontières des genres en se montrant inventif, espiègle, transformant les sorcières chassées en victime d’un monde arriéré.

 

Antoine de Maximy s’est décidé à transformer son émission J'irai dormir chez vous en fiction ! Dans son J'irai mourir dans les Carpates, il part comme à son habitude à la découverte du nord de la Roumanie en tentant de rencontrer qui le voudra bien. Après les péripéties usuelles du voyage, il disparaît dans un accident de voiture qui n’a rien de mystérieux pour les enquêteurs de police… Mais pas pour Agnès, sa monteuse, qui a récupéré ses enregistrements et qui y découvre des détails perturbants. Deux idées principales font la grande réussite de ce premier film de fiction : Antoine de Maximy a décidé de jouer du format de son émission et de ses codes  qui vont happer le spectateur télévisuel et lui faire croire à son histoire, mais aussi des contes et légendes de son lieu de pérégrination, bien connus du grand public. Ainsi, il nous fait croire à l’incroyable.

The Last Hillbilly de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe pourrait être un documentaire comme on peut en voir ou en lire des dizaines sur le sujet des bien connus désormais « rednecks» étatsuniens. Mais au lieu de chercher à montrer la pauvreté des lieux et des populations, et le peu d’apports culturels et scolaires dans les familles, il décide de prendre le sujet à revers et de questionner un homme que l’on pourrait qualifier de « hillbilly », un péquenaud. Et malgré l’inculture présente, et la scolarité compliquée, notre protagoniste nous montre un regard lucide sur sa vie, sa situation, sa région où les hommes « sont passés de pionniers, des héros, à ouvriers dans des mines puis à péquenauds en trois générations ». Mais une fois ce constat fait, c’est le reste du monde qu’il interroge : est il si malheureux, détaché d’un monde où l’on ne peut pas se passer de son cellulaire pendant plusieurs heures, où l’on ne prend plus le temps, où l’on consomme sans cesse et sans raison ? Une belle réflexion sur notre société vue du haut des monts Appalaches.

 

Texas Trip, A Carnival of Ghosts, est un film mêlant fiction et réalité (encore un ! On adore) réalisé par Steve Balestreri et Maxime Lachaud qui présente un Texas étrange, jonché d'artistes invoquant mythes et fantômes dans les décombres d’une Amérique déjà lointaine. Il part tout d’abord à la rencontre des drive-in texans, ou du moins ce qu’il en reste, cherchant à comprendre où cette culture du cinéma de genre, gore, et pornographique a bien pu disparaître. Et, ô bonheur, elle est encore bien là ! Mais nos réalisateurs ne la retrouvent pas tout à fait où ils l’avaient imaginé… C’est dans les ruines de ces drive-in que vont naître et se mouvoir des « freaks », personnages aux masques monstrueux et étranges et à l’imaginaire parsemé d’images où se confondent mamelles, tétons, seins (en masse) et hémoglobine (en nombres certains également). Ces monstres, ce sont des artistes d’aujourd’hui. Un musicien un peu fou, un fakir qui utilise son corps comme instrument, et qui chante le Texas d’avant, celui des drive-in et de la liberté….

 

Pour qui aime la chasse au trésor, il ne sera pas dit qu’il ne sera pas servi. Une recherche approfondie et appliquée dans un but précis : celui du premier film érotique, le premier qui osa, et le premier qui montra. A la recherche du premier boulard de Denis Larzillière et Aurore Aubin est une remontée dans le temps libidineuse, qui analyse et le milieu pornographique et la culture et la politique qui l’entourent. Avec les nombreuses personnes interrogées directement concernées, réalisateurs, journalistes et loueurs de vidéos à caractère pornographique, chacun ira de son anecdote sur l’époque, l’audace de l’un, la censure de l’autre. L’exploration dans le temps et la culture se fait dans une ambiance détendue et pleine de bonne humeur, tandis que leur réflexion grandit : qu’est ce qu’un film pornographique ? Un documentaire drôle, facétieux tout autant qu’il est riche et studieux !

 

C’était notre Graal du festival, the last but not least, dimanche soir à la Dernière Zéance de l’indépendant American Cosmograph passait In Fabric de Peter Strickland, le dernier film du réalisateur. Strickland qui, pour beaucoup, représente une nouvelle vague du cinéma d’horreur, qui aurait digéré les codes des Fulci et autres Argento en détournant l’attention de la caméra des visages féminins pour accentuer l’horreur du décor : dans son cinéma, légumes et robes deviennent terrifiants. Une robe en particulier hante In Fabric et ses personnages : Strickland lui crée un univers, des chefs ou plutôt des servants, sous la forme de vendeurs prêt à porter, qui se donnent corps et âme pour qu’elle trouve un corps à torturer. Et elle en trouvera plus d’un…

Plus que des sujets différents portés à l’écran, le réalisateur fait apparaître la grâce dans les moments perturbants, la beauté dans l’horreur et place le sang et l’effroi là où l’on ne les attend pas.

L’horreur est partout : dans l’attente angoissante du passage à l’acte mais également dans le quotidien de chacun des protagonistes : il accentue le non sens de l’ordinaire, jusqu’à le rendre tout bonnement effrayant.

Sortirez vous de son cinéma avec un regard nouveau sur l’horreur ? Oui. Indemne ? Peut être…

 

Lola

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