Retour en images sur le Fifigrot 2019

Lundi soir, la semaine commençait fort avec le dernier long métrage de Takashi Miike, First Love : avant la projection, une petite vidéo du réalisateur nous expliquait ses intentions à travers le film, s'excusant de toutes ces têtes coupées, de cette violence gratuite et sanglante présente dans sa filmographie depuis toutes ces années. En guide de réparation, il nous livre cette fois ci c’est promis une vraie histoire d'amour. Nous suivrons alors les aventures d’un jeune boxeur cancéreux qui va croiser le destin d'une jeune femme laissée en caution chez des yakuzas par son père pour rembourser sa dette. Toxicomane, l’argent de ses passes se perd dans l’achat de la drogue. A cause perdue, l’espoir apparaît lorsque le jeune boxeur la sauve d’un homme qui la poursuit… en slip. Une comédie violente et déjantée sous le thème de l’amour… et des têtes coupées !

Polissons et Galipettes de Michel Reilhac est le premier travail cinématographique de Sébastien Marnier alors encore étudiant. Il condense 12 films pornographiques réalisés clandestinement entre les années 1905 et 1930 à destination de la bourgeoisie. En effet, la coutume voulait que les neveux apprennent la sexualité avec leurs oncles, et pendant que ces derniers s’adonnaient aux plaisirs proposés par ces établissements, les neveux pouvaient regarder et apprendre à loisir les joies de la sexualité à travers ces films très… documentés. Ces pornos muets aux thèmes variés (maîtresse d’école, hôtel restaurant, couvent...) sont accompagnés de panneaux tous très imagés… Plus loufoque qu’érotique, une curiosité plus révélatrice d’un humour boiteux que des mœurs d’une époque révolue !

Sébastien Marnier nous a conquit cette année avec son très beau L’heure de la sortie, drame presque fantastique autour d’une classe d’élite dont l’intelligence n’a d’égal que leur désillusion face au monde qui les attend. C’est influencé par l’horreur et le surréalisme qu’il aborde son cinéma, comme c’était déjà le cas pour Irréprochable, un thriller social surprenant et très élégant. Nous suivrons Marina Foïs qui revient dans sa ville natale de province malgré avoir réussi à la quitter pour Paris. Elle tentera de récupérer son ancien emploi par tous les moyens qui lui viendront à l’esprit… et ils sont nombreux !

Nous avons également pu découvrir en avant première Selfie de Tristan Aurouet, Thomas Bidegain, Marc Fitoussi, Cyril Gelblat et Vianney Lebasque, film à sketchs satirique qui met en regard l'absurdité de la technologie dans nos vies. Des scénarios inventifs autour de l’utilisation abusive des réseaux sociaux et applications cellulaires et retournements de situations comiques font de Selfie un très bon moment de divertissement très ancrée (malheureusement!) dans le présent.

Black Moon de Louis Malle est une réinterprétation d’Alice aux pays des merveilles où une jeune fille qui fuit une guerre des sexes brutale va suivre une licorne qui parle à travers la campagne et va se retrouver dans une maison où la vie s'anime et s'éteint comme par boucle temporelle... Il mêlera éveil à la sexualité et conte halluciné dans un film aux élans surréalistes et fantastiques !

Ne coupez pas ! de Shin Ichiro Ueda est une des très bonne surprise de ce festival, très attendu par nos amateurs de mauvais genre chez SuperFlux. Il s’avère être une petite friandise de série B où un tournage de DTV avec pour thèmes les morts-vivants ne va pas se passer tout à fait comme prévu... Scénario que l’on pourrait croire plus que classique au premier abord, il va pourtant renverser la situation grâce à des petites idées inventives pour modifier la cadence habituelle des films de zombies. On peut également souligner une petite pointe d’auto dérision quant à l’exagération de politesse endémique au Japon. Une sorte de Shaun of the dead à la sauce japonaise, beaucoup d’humour et un peu de sang sont à retrouver dans Ne coupez pas !

Sélection de films de Fabrice du Welz dont on a pu revoir le génial et affreux Calvaire, film d'horreur poisseux à l'univers sexuellement dégénéré qui va traiter d’amour fou ; un amour qui rend justement ses protagonistes malades... une vraie pépite d'épouvante mêlant la passion amoureuse à un décor rappelant les rednecks américains, avec un village composés d’arriérés mais pas dénué de sentiments... à voir absolument ! Son dernier film, Adoration, nous conte l'histoire de Paul, 14 ans, simplet, qui rencontre une adolescente schizophrène avec laquelle il s'enfuit à la recherche d'un havre de paix… Autre ode à l'amour fou et incommensurable grâce à deux enfants qui vont s'aimer malgré la maladie et la folie du monde.

Notre attention était à son comble pour Knives and Skin de Jennifer Reeder, réalisatrice que nous découvrons grâce au Fifigrot, dans le cadre de la série Midnight Movies. La disparition d'une adolescente dans une petite ville tranquille de l'Illinois affecte toute une communauté et va faire resurgir tous leurs secrets… On pense évidemment à Twin Peaks mais aussi à Gregg Araki pour le côté halluciné et Wes Anderson pour ses personnages haut en couleur. Un film fantasque qui sublime les relations adolescentes avec des personnages beaux et poétiques pour un résultat enchanteur.

The Lighthouse de Robert Eggers, réalisateur du formidable The Witch nous revient avec un récit hypnotique sur deux gardiens de phare (Willem Dafoe et Robert Pattinson) sur une île reculée et mystérieuse de la nouvelle Angleterre des années 1890 ! Une analogie dantesque du conte de Prométhée dans un phare glauque et aux personnages un peu timbrés. Leur garde du phare prendra un tournant assez étonnant...

Golden Glove de Fatih Akin est une farce macabre sur la misère sociale de l'Allemagne post nazie où l'on suit un meurtrier alcoolique dans un film qui sent les corps, les saucisses et la gnôle. Encrassé à outrance, ce portrait d'un tueur en série sans cœur, dont l'univers repoussant est à l'image de son personnage. C’est si beau et bien fait que ça donne presque la nausée. Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas averti !

La soirée principale de cette année était dédiée au Mondo, faux documentaire créés à partir d'archives et commentés par une voix off salace et farceuse. Nous avons pu découvrir L'Amérique interdite, en 35 millimètres s’il vous plaît, faux documentaire saugrenu et loufoque dépeignant une Amérique dévergondée remplie de nonnes karatékas, des rats géants, des bordels canins et autres mangeurs de gros vers en salade. On peine à démêler les images réelles des fausses et cela participe, sous ses airs de documentaires un peu graveleux à un divertissement déroutant !

Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dormelles  où, dans un futur proche, un village résistant encore et toujours à l’envahisseur politique se retrouve coupé du monde, d’abord privé d’eau, puis d’électricité, pour ensuite disparaître des cartes internet. Le village en a vu d’autres et, toujours soudé, va se préparer à affronter l’adversité… Cette dystopie enragée prenant une tournure de chasse à l'homme énervée profite surtout de son sujet pour dépeindre avec goût la vie simple d’un village tranquille dans la campagne brésilienne.

Il fallait bien que ça se termine un jour et quoi de mieux pour se faire que de se retrouver en Dernière Zéance, nos séances cinés préférées proposées par l’American Cosmograph une fois par mois. Dans Tous les dieux du ciel de Quarxx, Simon, en charge de sa sœur lourdement handicapée à cause d'un jeu qui a mal tourné dans leur enfance, garde l'espoir de la libérer de la pesanteur terrestre. Il traitera du regret tout en immisçant des croyances ésotériques et des maladies psychiatriques, sous une esthétique chtulhuesque qui n’est pas pour nous déplaire. Un film viscéral et anxiogène, un drame social à découvrir avec le cœur bien accroché !

Lola

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