Night Gallery - Intégrale Saison 1

Au moment où Elephant films s'apprête à sortir la tant attendue saison 2 de Night Gallery, il était temps de revenir sur la première, sortie en octobre 2015 mais dont le visionnage s'avère indispensable à la compréhension de cet incontournable des années 70.

Pour les amateurs de science-fiction, le nom de Rod Serling évoque une époque mythique, celle de la Quatrième dimension, série qui révolutionna le genre en le faisant entrer dans les foyers par le biais du petit écran. Producteur, auteur et scénariste prolifique (quelque chose comme 192 scripts dans sa carrière, plus une carrière parallèle de dramaturge), Serling, malgré quelques tentatives pour le cinéma (le scénario de La planète des singes, c'est lui...) resta toute sa vie associé à la télévision, dont il fut une des plus grandes stars dans les années 60, non seulement par le biais de la fiction mais aussi par celui de la publicité, qui fit grand usage de sa silhouette et surtout de sa diction reconnaissable entre mille.

Inédite en France, Night Gallery fut le dernier coup d'éclat de Serling, qui accepta en 1970 une commande de NBC pour une nouvelle anthologie plus spécifiquement orientée sur l'horreur et le fantastique. Inévitablement comparée à la Quatrième dimension, la série prend en fait pour illustre modèle la défunte Boris Karloff's Thriller, qui proposa à une époque de moindre censure quelques-uns des téléfilms les plus effrayants des années 50. Sans pour autant (et pour cause) atteindre de tels sommets, Night gallery reste dans cette catégorie l'une des meilleures productions télé des seventies.

Ce premier coffret DVD regroupe donc l'épisode pilote et l'intégrale de la saison 1 en VOST. Le premier est en fait un téléfilm de 1H30 entièrement écrit par Serling, et qui fut diffusé sur M6 sous le titre L'envers du tableau, « exposant » le concept de la série, une visite guidé d'une galerie de tableaux macabres dont chaque toile introduit une nouvelle histoire. On retrouve ici trois sketches d'une demi heure environ, très réussis, et dont sort du lot l'incroyable « The eyes », dont l'originalité est d'être rien de moins que la toute première réalisation de Steven Spielberg : une riche femme aveugle (Joan Crawford) se lance dans une ignoble opération pour récupérer la vue pendant quelques heures, soudoyant un pauvre type pour lui céder ses yeux et faisant chanter un médecin pour parvenir a ses fins. Un conte moral à la chute inattendue, bien dans le style de l'auteur-scénariste, et à la mise en scène d'une virtuosité déjà assez bluffante.

La saison 1 de Rod Serling's Night Gallery (titre original) met en place une structure variable, des épisodes d' une heure fragmentés en deux, trois, voire quatre segments, avec toujours Serling dans le rôle de Monsieur Loyal. Aux réalisations, pas mal de vétérans de la télévision, quelques acteurs passés derrière la caméra (dont John Astin, connu pour son rôle dans La famille Adams et qui signe ici un très beau « The house ») et de futurs réalisateurs confirmés, dont Jeannot Szwark (Les dents de la mer 2, Quelque part dans le temps, Supergirl...) qui réalisera en tout pas moins de 19 épisodes et toujours Spielberg, pour un autre sketch, « Make me laugh », malheureusement moins inspiré que le précédent. Au rayon comédiens, on a ici une Diane Keaton toute jeune, de bon vieux seconds rôles (Burgess Meredith, Jeff Corey...) et des têtes bien connues de la télé, dont Agnes Moorehead (Ma sorcière bien-aimée) et Larry Hagman (JR Ewing dans Dallas). Night Gallery est donc une auberge espagnole du fantastique américain : de l'horreur pure (« The dead man », adapté de Fritz Leiber), quelques incursions SF dans la lignée de La quatrième dimension (« The little black bag » où deux clodos trouvent dans une poubelle une mystérieuse mallette médicale oubliée par des visiteurs du futur, et qui permet de guérir toutes les maladies...), du gothique à foison (« Certain shadows on the wall » où l'ombre d'une morte apparaît sur le mur d'un salon) et quelques petits sketches à tendance plus humoristiques, certains plus ou moins réussis. Mais de toute cette première saison, le segment le plus marquant est sans conteste le « They're tearing down Tom Riley's bar » du sixième et dernier épisode, réalisé par Don Taylor sur un scénario de Serling qu'il considérait lui-même comme son chef d'œuvre, et qui lors de sa diffusion obtint un succès gigantesque, créant une immense émotion dans l'Amérique entière. Un employé de bureau sur le point d'être licencié (William Windom) revit son passé en entrant dans un bar désaffecté où eut lieu vingt ans plus tôt la fête de son retour de guerre. Une histoire typique d'un certain imaginaire à la Jack Finney, où des personnages hantés par la peur de la modernité se réfugient dans des mondes temporels parallèles. En ce sens, on peut voir dans ce « Tom Riley's... » un manifeste de son époque, en même temps qu'une synthèse de l'art de Serling.

A redécouvrir avec plaisir, en attendant la saison 2 toujours chez Elephant films.

Sébastien

 

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