Men and Chicken

Parfois, la curiosité a du bon. Tout a commencé avec le jeu de "Où est Mads Mikkelsen ?", acteur aux multiples faciès que l'on peut tout autant apprécier pour sa prestance viking que pour ses interprétations dérangées. Et ce n'était pas évident de prime abord car le coquin est bien grimé pour l'occasion.
Il ne m'en fallait pas plus pour me plonger dans le curieux univers de Men & Chicken, conte agréablement drôle et trèèèès dérangeant.

On démarre avec Gabriel (David Dencik) et Elias (Mads Mikkelsen), deux frères, l'un est un professeur et scientifique émérite, l'autre un looser horripilant, machiste, violent et crade. Les deux sont bizarrement affublés de handicaps physiques : Mads d'envies de déféquer soudaines et David subit des problèmes de gorge type chat à l'intérieur.
C'est lors de la mort de leur père que ce dernier avoue ne pas l'être. Leur véritable père biologique est un autre, un homme mystérieux, généticien mondialement reconnu et désavoué à cause de ses théories et pratiques allant bien au-delà de celles moralement acceptées.
Gabriel affublé du poids d'Elias, son antipathique de frère, va chercher à en savoir plus, à comprendre comment deux êtres aussi dissonants peuvent être liés et tenter d'en apprendre plus sur leurs génitrices.

C'est là le départ d'une intrigue assez curieuse et folle à laquelle le cadre participe énormément. Le spectateur est laissé avec ces deux énergumènes sur une île isolée où survit une bourgade sur le point de s'éteindre et qui accueille en son sein un ancien et magnifique sanatorium totalement délabré, lieu rêvé et fou pour enfants explorateurs, toujours inquiétant même à la lueur du jour. C'est là que vit une faune étrange, non pas les poules, chèvres et autres animaux de la ferme mais bien le reste de la famille d'Elias et Gabriel, trois frangins psychotiques et loqueteux, sorte de Stooges, cousins des autochtones de Délivrance.

Déjà touché par cette atmosphère à la fois pesante et empreinte d'une certaine drôlerie absurde, c'est véritablement là qu'on se laisse happer par cette ambiance qui jamais ne faiblira jusqu'au générique de fin. A aucun moment le film ne laisse tomber son équilibre entre malaise et poésie, mariant parfois les deux dans des situations horribles et drôles à la fois, jouant sur l'intensité de certaines scènes inquiétantes avec la légèreté d'une pause amusante.
La force du film est encore soulignée par une intrigue dont on soupçonne l'issue. De menus détails laissent les théories les plus folles s'insinuer dans l'esprit du spectateur tout en le laissant se faire mener par l'aura mystérieuse de ces secrets de famille et de cette cohabitation si particulière.
Avec une mise en scène léchée, cette présence unique et oppressante du lieu et surtout grâce l'interprétation simplement impeccable des cinq acteurs principaux, caricatures vivantes jouant à merveille entre la bouffonnerie et le sinistre, on se régale de cette farce morbide.

Men & Chicken réussit superbement cet équilibre où on ne sait pas s'il faut en rire ou bien en être dégoûté. Menant son récit toujours à cheval sur ces opposés, Anders Thomas Jensen nous offre un petit bijou cinématographique d'une richesse assez folle, nous questionnant sur la science, la famille, la religion dans une atmosphère où règnent le monstrueux comme la tendresse, où la moralité ne sait pas où se placer.
Men & Chicken est une surprise, une belle surprise et assurément une de mes plus belles découvertes de cette année, c'est un peu comme si la brebis Dolly sortait d'un Kinder Surprise.

Yoann

Réalisateur : Anders Thomas Jensen
Acteurs : David Dencik, Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Soren Malling, Nicolas Bro
Durée : 1h44
Genre : Chicken Run et l'île du Dr. Moreau ont eu un enfant.
Lien IMDB

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