Les Premiers, Les Derniers

En trois chiffres...ou presque

10 Commandements :

Dans la rotule de Jésus jamais ne shooteras.
Les mini-bars jamais ne pilleras.
Du chasseur beauceron te méfieras.
D'autrui le téléphone jamais ne convoiteras.
Le rythme des vieillards respecteras.
En pick-up te déplaceras.
La voie d'Aérotrain suivras.
Femme en détresse aideras.
Cerf et chien protègeras.
Demi-tour point ne feras.

 

7 lieux :

Un hangar (?) désaffecté, sarcophage géant abritant le cadavre d'un SDF prénommé de son vivant Samuel. ("l'écouté de Dieu", cf. Ancien Testament, Livre de Samuel)
Un bureau dans un Algeco - formica/moquette/calendrier sur le mur - où se dénoue l'intrigue maffieuse dans une fusillade entre Morricone morose et Peckinpah franchouillard.
La plaine, infinie, scintillante, labourée, battue des vents, la seule vraie émotion, en ce qui me concerne, dans ce film.
La station-service, débarcadère des angoisses nocturnes, glaciale et hostile, normal somme toute pour une station-service en rase campagne.
L'hôpital, lino éblouissant dans le couloir, réminiscence de Million dollar baby (mais si, souviens-toi, la fille qui boxe ; son entraîneur c'est Clint Eastwood. Il lui offre un peignoir avec un truc incompréhensible brodé dans le dos.)
L'hôtel improbable, pavillon années 60, posé au milieu de nulle part. Confort suranné, tenu par Mickaël Lonsdale, chuchotant, immense, voûté, implacable, une cathédrale à lui tout seul. La deuxième seule vraie émotion du film, en ce qui me concerne.
La serre, juste à côté du pavillon. Murs de verre, cactus, orchidées, lianes diverses, plantes carnivores. Et Mickaël Lonsdale, silencieux, appliqué, recueilli, tendu, entouré dans sa mort palpable par la vie silencieuse de la végétation.

3 couples :

Cochise et Gilou, Dupontel et Lanners, donc. Porte-flingues en quête d'un téléphone compromettant, à la poursuite de leur(s) vie(s) ; la violence, la justice, la mort, l'amour, la loyauté, l'âge, la maladie, le corps. Bref, du lourd. Très lourd.
Esther et Willy, en quête d'une petite fille à qui ils veulent apporter un cadeau avant l'Apocalypse, se nourrissant de barres chocolatées, d'amour et d'intensité. Regard brûlant, mutique, menton en galoche, Esther recroquevillée au fond d'un wagon abandonné. La presque troisième seule émotion du film en ce qui me concerne.
Mickaël Lonsdale et Max von Sydow.

Vivantes incarnations du Temps. Arrachés à la fiction par leur force cinématographique. Tellement au-dessus de leurs personnages qu'il semble quasi-obscène de les réduire à ce Jean-Berchmans qui tient l'hôtel et à ce croque-mort dans les bras duquel on voudrait mourir.

Et en vrac :

- des bagnoles – pick-up et divers 4x4 essentiellement.
- un chien et un cerf, déjà mentionnés.
- des vestes orange de la DRIRE (ex-DDE pour ceux qui s'en souviennent).
- des gros pulls.
- des blousons en cuir et/ou en jean.
- des oeufs à la coque.
- des flingues.
- de la boue.
- du ciel.
- de la lumière.
- Pascal Humbert (mais si... Lilium, Detroit – avec Cantat ; Wovenhand, etc...)

Bref, Bouli cherche Dieu, embrasse le western sur la bouche, oublie d'être drôle, galope de métaphysique en troquet de bord de nationale, croise la légende, tutoie Jésus, la Mort, Max et Mickaël, se traîne dans une (très) légère toquade amoureuse, se fatigue à trier le bon grain de l'ivraie, à semer les méchants et à racheter l'humanité sous le regard un rien désabusé de Jésus et de ses deux apôtres aux ongles noir-charbon de crasse, offrant au monde le pur diamant de leur coeur. Moi, je n'y ai vu que l'ennui d'une Apocalypse à l'horizontale, le long de ce rail absurde qui taille l'horizon ; n'est pas Lazare qui veut, comme dirait Max, qui sait bien ce que signifie voir la Mort en face...

Anna

 

Les premiers, les derniers
Réalisé par Bouli Lanners
Avec Albert Dupontel, Bouli Lanners, Suzanne Clément
2016
Français, Belge
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=231779.html

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