High Life de Claire Denis

"What lies at the edge of our senses and knowledge, of our imagination and our expectations?"

 

Dans la poubelle de l'espace....

Une boîte glisse dans le vide. Un homme protégé par un scaphandre, visse avec des gestes lents et précis , la trappe qu'il vient de réparer. Dans son oreille, les cris de plus en plus aigus d'un bébé le déconcentrent. Dans un moment d'agacement, il laisse échapper l'outil qu'il tient, et qui tourbillonne en s'éloignant à l'infini. On frissonne en songeant qu'à la moindre erreur l'homme subira le même sort. Scène mille fois vue, emblématique du genre, totalement renouvelée par la présence de ce bébé jouant dans son parc improvisé. Sa peau fraîche, ses yeux brillants et son babil qui flirte avec nos nerfs contiennent toutes les interrogations du film et toute la tension qui lui donne sa trajectoire.
Le vaisseau sans nom – juste un numéro – emporte avec lui un équipage perdu : condamnés à mort, ils ont accepté de devenir les cobayes d'une expérience extrême. Moderne Médée, Juliette Binoche mène à la baguette tout ce petit monde de détraqués.Envoyés dans l'espace pour tenter une mission suicide : approcher le plus possible d'un trou noir pour voir s'il est possible d'en utiliser l'énergie. Très peu de SF dans ce space-opéra de la déglingue . Nous regardons le vaisseau se détériorer lentement nous assistons aux efforts de Robert Pattinson pour réparer fuites et coupures d'électricité tout en maternant un bébé.

 

Le film est référentiel, certes, mais organise surtout une dérive hypnotique (la participation d'Olafur Eliasson est décisive) autour de la quête du vide : aller vers un trou noir, perdre un à un ses semblables, se retrouver face à la dualité archaïque de deux corps.
Dans la lignée de Trouble Everyday, Claire Denis travaille un cinéma organique, nourri de très gros plans – les peaux, les rognures d'ongles, la rosée sur le jardin- et de High-tech DIY, dans lequel les boîtes de recyclage d'urine et d'excréments côtoient les questions métaphysiques dans la brutalité de ce huis-clos qui ne peut qu'enregistrer l'incapacité de faire société. A quoi bon les tabous, à quoi bon la parole, à quoi bon les sentiments, si tout se résoud à une rencontre avec un vaisseau identique ( seul le numéro a changé) peuplé de chiens fantômatiques errant autour de leurs cages dans des couloirs dévastés. Et pourtant le film s'ouvre sur une vertigineuse décision : l'affranchissement terminal du temps, de l'espace, de la matière. Une anti-fable survivaliste. Il fallait oser...

Titre : High Life
Réalisatrice : Claire Denis
Rubrique : Olafurla seule – mais gravissime- erreur de casting Incesticide.

Anna

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