Tusitala - Focus sur une maison d'édition

Tout est bon dans le Bison !

L’avocat de H. S. Thompson dans Las Vegas Parano, ça vous parle ? Le type complètement frappé, hystérique, la masse d'énergie incontrôlable, qui accompagne le héros dans sa folle virée, incarné par le magique Benicio Del Toro dans l'adaptation de Terry Gilliam (1998, ça nous rajeunit pas...) ?

Et bien voici le premier tome de ses mémoires (Mémoires d'un bison de Oscar Zeta Acosta ), car bien qu'elle fût courte (naissance vers 1934 et disparition vers 1974), celle du "Bison brun" fut bien remplie, comme vous pourrez le constater.

A bien des égards, elle rappelle celle d'un autre outsider méconnu le la contre-culture américaine, Emmett Grogan, duquel on ne peut que vous conseiller de lire l’autobiographie, Ringolevio, superbement rééditée par  L'Echappée l'an dernier. Vous y retrouverez d'ailleurs, le monde est petit, un autre personnage, entré dans l'Histoire de la contre-culture, lui, à qui Grogan taille un beau costard, et dont Tusitala a publié récemment un titre emblématique de la période Hippie, Volez ce livre...

Pour en revenir à Oscar Zeta Acosta, c'est une tornade d'intelligence, d'humour dingo, de sensibilité, de colère et de démesure, un radical, un furieux de la vérité qui s'y frotte et s'y pique en rigolant, à grands coups de substances diverses pour affronter tout ça... Le tout dans une langue qui pète le feu et l'inventivité. Il est parait-il une figure légendaire de la culture chicano, on comprend pourquoi. 

C'est une très belle découverte et si la compagnie de l’énergumène vous a plu, le deuxième tome est disponible sous le titre La Révolte des cafards, toujours chez Tusitala.

Une jeune maison au catalogue enthousiasmant

Un petit mot maintenant sur la maison d'édition. Ce titre est une de leurs premières parutions, il a ouvert le bal en 2013 et les textes édités depuis n'ont pas démérité, loin de là (pour consulter le catalogue, c'est ici.)

Leur nom est intrigant, "Tusitala" peut faire référence à deux choses : il s'agit, comme le suggère leur logo, d'une espèce d'araignée mais aussi du surnom donné à R. L. Stevenson par les Samoans lors de son séjour chez eux, qui signifie alors "le conteur"... L'un, l'autre ou les deux, il faudrait poser la question aux deux éditeurs, Carmela Chergui et Mikael Demets...

Quoi qu'il en soit, leurs livres sont fabriqués avec un grand soin et beaucoup de goût, les coquilles sont rares et la qualité littéraire des traductions est toujours au rendez-vous. 

En témoignent ces autres romans parus chez eux, lus et grandement approuvés ces derniers temps :
Le Voleur de voitures, Theodore Weesner, 2015 : les méandres d'une vie qui commence, entre délinquance juvénile et tentative de rachat... Un texte magnifique sur l'adolescence et la littérature, jusqu'ici resté inconnu chez nous. A découvrir et à partager.
Le Livre de l'homme, Barry Graham, 2016  :  Le petit dernier ! L'auteur, écossais vivant maintenant aux Etats-Unis, est un transfuge de la malheureusement défunte maison d'édition 13ème note et il s'agit ici d'un narrateur, journaliste et artiste en voie de reconnaissance, qui revient à Glasgow, sa ville natale, dix ans après l'avoir quittée (fuie) pour Londres. Ce retour est dû à la mort d'un ami, romancier doué et écorché vif, disparu trop vite après un début de gloire. C'est l'occasion de revisiter les lieux de la jeunesse, les espoirs et les rêves, ce qu'on peut laisser et ce qu'on ne peut pas. Un beau roman d'amour et d'amitié sans vouloir paraphraser un tube de variète des années 80.

Pour conclure, longue vie à Tusitala et bonne lecture à tous ceux qui auront la curiosité de se plonger dans ces petites merveilles !

Estelle

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