Tokyo Ghost de Sean Murphy & Rick Remender

C'est la fin de l'été, les nuages commencent à se montrer et on pense sévèrement à se changer les idées dans un quotidien qui s'assombrit.
Ça tombe bien, Tokyo Ghost est là pour ça ! Divertissement aux accents cyniques, il saura vous faire évader dans un monde merdique où réside quand même un petit morceau d'eden.

Première partie de ce qui s'annonce comme un dyptique énergique, romantique et brutal, Tokyo Ghost nous propulse en 2089 dans un New Los Angeles à la technologie débridée et au libéralisme sans concession, peu de limite dans la cité, les drogues sont synthétiques et électroniques, les jeux, extrêmes et les émissions de télévision font plus que toucher le fond. Mais tout ça ne tiendrait pas sans un peu d'ordre et l'ordre, c'est l'entreprise FLAK qui s'en occupe. Distributrice de tous les divertissement sus-cités, elle engage des agents mercenaires en guise de police locale aux pratiques rentre-dedans, de quoi assurer un autre spectacle médiatisé.
C'est la vie de deux d'entre eux que l'on suit, Led Dent avec sa musculature hypertrophiée et son dragster ainsi que la svelte Debbie Decay et son fusil de sniper.
Copains d'avant et amoureux de maintenant, le couple inséparable vit une relation difficile au milieu d'un quotidien risqué. Blessé dans son amour-propre durant son adolescence, Led Dent est devenu un homme-machine hyperviolent accro aux vidéos du réseau et aux stéroïdes nanotechnologiques, sa douce Debbie Decay s'érige en exacte opposée refusant depuis toujours de toucher à toute cette merde bio-électronique et n'agissant que par soif de justice...notion plus que vague dans ce monde corrompu.

Et pourtant, le duo fonctionne animé par l'espoir et la vivacité de notre héroïne qui entraîne à sa suite son compagnon, cherchant à gagner un peu de répit et à parvenir peut-être à s'échapper de cette ville-prison aux barreaux faits d'illusions.

Aux manettes de ce spectacle cyberpunk, on retrouve Rick Remender au scénario, un habitué de la SF (Fear Agent, Black Science, Low), Sean Murphy au dessin (The Wake, Punk Rock Jesus) accompagné de son coloriste attitré Matt Hollingsworth car si le trait vif et vivant fait d'angles et de douceur du premier est tout simplement magnifique, il ne serait rien sans les ambiances de couleurs où l'atmosphère est palpable, tantôt poisseuse de cambouis, tantôt fraîche de liberté.
Des auteurs rodés au genre qui sans réinventer l'univers cyberpunk, nous en offrent un très beau morceau avec une introduction façon Mad Max urbain où plane l'esprit de William Gibson au travers de répliques spontanées posant le décor avec un dessin maîtrisé donnant du corps.
Vient se greffer à ce monde aussi riche que sale, le récit détonnant de cet amour profond et sans concession aux accents shakespeariens, une flaque de naïveté au milieu d'un océan de réalisme putride, amenant Tokyo Ghost sur un terrain où les extrêmes se rencontrent.

Pouvant autant faire rire qu'émouvoir, Tokyo Ghost est un superbe divertissement qui se sert d'une structure scénaristique très classique pour proposer un monde cyberpunk de folie mais c'est aussi tout l'inverse, un univers trash pour tout simplement magnifier une romance hors-norme.

Titre : Tokyo Ghost t.1
Auteurs : Sean Murphy, Rick Remender & Matt Hollingsworth
Éditeur : Urban Comics
Genre : Love story cyberpunk aux petits oignons

Yoann

Merci à la librairie Terres de Légendes à Toulouse pour nous avoir prêté l'album chroniqué ici.
 

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