Rituels d'Alvaro Ortiz

Intrigante couverture aux éléments éparses, Rituels joue la carte de la malédiction antique.
Troisième album d'álvaro Ortiz paru chez Rackham, après un très touchant et original Cendres et un excellent Murderabilia, l'histoire ici démarre sur un emménagement et un voisinage bizarrement discret puis se décompose en plusieurs petits morceaux disparates où s'invite un narrateur sensible aux détails avec toujours comme point central, ce curieux objet, un fétiche au pénis démesuré, rappelant très légèrement (et de loin dans le brouillard) celui de Tintin dans L'oreille cassée.

De même que dans l'épisode du reporter belge au pantalon désuet, le gri-gri est ici un élément déclencheur de mystère, tout d'abord présent sans que l'on y prête trop d'attention, sa récurrence intrigue et affole. Au fur et à mesure des récits partagés, son influence finit par ne faire plus aucun doute mais nous laisse là sans plus d'explications.
C'est à la fois la force et la faiblesse de l'album d'Ortiz, ce foisonnement de petites historiettes contant les mésaventures d'inconnus à travers le monde et les âges qui ont croisés à un moment donné la route du petit fétiche.
Si en progressant, on en découvre un peu plus sur les interrogations des premiers résidents, les interactions avec les autres restent souvent assez floues, le lien reste cette présence encore et toujours de la statuette bien dotée, pourvoyeuse de drames.

Ce qui sauve et nous accroche, c'est l'esprit. Toujours fidèle à ces précédents albums, les personnages sont touchants, un peu paumés, à la fois spectateur de leur propre vie et curieux d'en découvrir encore. Les relations se nouent entre eux et à chaque fois, c'est une sympathie qu'on éprouve pour ces types là, qui n'attendent rien, cherchent un peu et tentent de s'en sortir à travers un quotidien branlant et les aléas de la vie.
Álvaro Ortiz agrémente sa recette d'une touche d'humour noir disséminée par de petits détails, excentricités ou bizarreries en tout genre, parfois reflet des absurdités de notre monde face auxquelles il lance un doigt bien tendue comme le vit de notre fétiche.

Rituels n'égale pas son précédent album Murderabilia, c'est ici un fatras d'histoires floues nous laissant avec quelques zones d'ombres qui frustrent mais aussi qui amusent et piquent notre curiosité, le tout avec une belle effronterie, c'est, je crois, la base de cette histoire, nous perdre dans les méandres d'une malédiction venue du plus profond des âges où d'antiques sorciers ont invoqués un mal intangible et immortel. Ou pas.
C'est le côté sympa, on peut imaginer ce que l'on souhaite ou bien espérer ne jamais croiser la route de la petite idole à la grande gaule.

Yoann

Auteur: Alvaro Ortiz
Editeur: Rackham
Genre: Fantastique et toc.

 

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