Nino virevolte dans la nuit

Nino dans la nuit

 

C’est l’histoire de Nino… dans la nuit. Titre évocateur s’il en est, il induit l’immersion dans le quotidien agité et abîmé d’un jeune parcourant son existence à travers la nuit. C’est ce que nous propose de lire l’auteur à quatre mains, Capucine et Simon Johannin, pour leur premier roman en duo peu de temps après le farouche et intense L’été des charognes de Simon Johannin, très apprécié et chroniqué par le passé de par chez nous (1).

 

Les premières aventures que notre narrateur nous laisse à voir seront diurnes : résultat d’une de ces nuits où tout peut arriver, Nino se retrouve embarqué dans les épreuves d’entrée de l’armée. Et pas l’armée d’élite, plutôt celle des volontaires, autrement dit les troufions, mal payés, pas respectés et ne parlant pas toujours français. L’armée de la débrouille, de la dernière chance pour beaucoup d’immigrés, sans papiers ou français très mal engagés dans la vie. Il porte la haine, la peur, et sa plus grande force est de ne surtout pas penser, ni au passé ni à ce qui pourrait se passer, ne pas répondre aux insultes des chefs blasés et pas futés qui prennent leur plaisir à les traiter de ratés.

Nino n’a pas toujours l’esprit lucide mais a bien compris par quoi il était entouré, et surtout par qui. Jeune perdu mais convaincu, sa vivacité d’esprit sera démontré par la suite non pas par les chemins classiques universitaires ou professionnels mais plutôt par une intelligence émotionnelle, une bienveillance et une attitude philanthrope même dans les pires moments de galère.

Compagnons de mésaventures, les plus malins se serrent immédiatement les coudes, pas de place pour l’adversité ou seulement contre l’autorité : même sans langage commun, on cause et on se marre bien. On parle crûment, car notre protagoniste est vrai, franc, et pas abusé pour un sou. Et étonnement, le lecteur se croyant embarqué dans un roman sous le signe de l’armée, le récit évolue, tranche, et nous balance un bout de vie de Nino, toujours plus profondément dans la nuit.

 

On éteint les lumières et malgré la petite lueur de conscience qui restait éveillé en dépit de tous les psychotropes avalés, on ne dit plus non à rien. Pilules, moitiés de cachetons à partager, on se mélange et on se perd, et on récupère les copains qui vont trop loin. Parce qu’on se connaît par cœur, qu’on accepte tout de l’autre, même cette petite erreur de nuit qui aurait pu tout gâcher. Nino veut rire, veut comprendre, veut s’amuser, et ne surtout pas rentrer dans cette société faisandée. Trimer quarante heures chez Carrefour et gagner tout juste assez d’argent pour le lui redonner en faisant son marché, c’est non. Alors il cherche à vivre Nino, vivre du vrai, mais arrêter de galérer. Ses amis sont là pour l’aider et surtout c’est pour sa chérie qu’il veut rêver sa vie. Pas question de déconner, Lale c’est la fille qu’il lui faut, celle à qui il parle quand il est seul ou quand il se décide, à qui il dit des mots d’amour quand elle est endormie, ou parfois juste dans sa tête la nuit. Déterminé parce qu’il est aimé, par sa famille et celle qu’il a créé. Nino ne sait pas toujours si ça vaut le coup d’avancer, de faire son chemin, mais en étant sûr de vouloir éclairer celui de son voisin. Nous vivons alors les errances et aléas d’un moment de vie de Nino, parfois brumeux, ne s’arrêtant jamais pour douter, comme porté par un projet qui se révélera somme toute être la vie.

Lola

(1) un article et une vidéo rencontre :

- https://superflux-webzine.fr/lire/lete-des-charognes-de-simon-johannin

-https://superflux-webzine.fr/lire/rencontre-avec-simon-johannin-autour-de-son-roman-lete-des-charognes

 

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