Les Furtifs d’Alain Damasio

 Les Furtifs d’Alain Damasio

C’est aujourd’hui le grand retour de l’immense auteur, l’unique : Alain Damasio (note de musique). Et quoi de mieux qu’une petite chanson pour introduire cet article ? Non ? Pourtant, même Alain a introduit de la musique dans son roman ! Lors de la lecture de la 4eme de couverture de votre ouvrage aux éditions La Volte, il vous sera proposé de télécharger l’album des Furtifs, sur Bandcamp. L’art de l’écrit, la réinvention du langage, questionner les mots et les repenser, réimaginer le livre, c’est à tout cela que nous préparait Alain Damasio avec ses précédents romans, réflexions qui aboutissent ici. Nous pouvons dès lors démarrer, prolonger ou revisiter Les Furtifs à l’écoute de certains extraits de l’œuvre lu par l’auteur Himself et accompagné par le guitariste Yan Péchin.

D’autres indices laissent à penser à une écriture qui se démarque, qui réinvente : l’auteur se saisit de la ponctuation pour donner du volume et de la lisibilité à la lecture. En effet, des accents, des parenthèses, des virgules se glissent à gogo dans nos paragraphes afin d’identifier hardiment et joliment les différents personnages du récit. Et sans même revenir à l’inventaire des sigles de la page de garde, le lecteur s’imprègne de la logique de la classification qui coule douce et limpide.
Il n’y a pas que le façonnage de l’écriture qui a été réimaginé, mais tout autant la vision de la vie dans son ensemble, à travers l’apparition des Furtifs, forme de vie (?) nouvelle.
Les Furtifs sont furtifs, évidemment. Ils le sont tellement qu’aucune preuve formelle n’existe encore pour confirmer leur existence. Soi-disant très rapides – aux alentours de 300 mètres par seconde – et invisibles pour celui qui ne sait pas regarder, malgré toute la technologie dont dispose notre ville éminemment futuriste, rien ni personne ne dispose de photos ni de vidéos avec nos petits amis soi-disant vivants. Et nous suivrons Lorca Varèse qui souhaite en devenir chasseur. Mais pas dans le sens braconnier, piégeur, mais plutôt trouveur : trouver les furtifs pour retrouver sa fille. Sa petite Tishka a disparu une nuit de ses quatre ans, sans laisser de traces, sauf peut être auditives. Car son papa, il se souvient bien que sa doucette lui avait glissé quelques mots à propos d’un fif qui se cachait dans sa chambre et jouait avec elle à l’insu des adultes. Fif, c’est aussi un mot que l’on emploie à l’armée pour les désigner ! C’est la preuve ardente, selon Lorca, que leur fille est partie avec eux, alors que pour Sahar, sa maman, cela démontre plutôt la folie dans laquelle s’est embourbé son mari. Et c’est lorsque ce nouveau point de vue apparaît que le doute transparaît. Qui croire ? Peut-on avoir espoir ? Car en plus d’être une réflexion sur l’écriture et sur l’existence, Les Furtifs est également une histoire d’espoirs.
La tension monte tout doucement alors que les progrès de l’enquête de Lorca avancent , comme sa capacité à ressentir la présence des recherchés. Et Damasio nous permet alors de découvrir le monde qu’il a créé à partir de notre époque abîmée. Il nous dépeint un monde où la technologie est partout, et surtout dans les affaires de chacun. En effet, quoi de plus pratique qu’un piercing à l’oreille pour ne plus avoir à décrocher son téléphone, et un au nez pour pouvoir parler sans micro ? Et d’une bague qui vous permet de payer, de vous déplacer pour vous identifier, de ne pas toujours devoir décliner votre identité ? Et qui permet également au gouvernement de vous pister… Car vous avez besoin aujourd’hui pour vous rendre en ville d’un statut particulier, de payer pour éviter les pubs qui apparaissent constamment devant votre nez et pour ne point être mis de côté dans la société. L’auteur recherche alors des solutions humaines et pérennes pour un retour aux sources, un bol d’air humain, la recherche de vraies sensations et relations. Se retrouver sur les toits, se réapproprier l’espace, enseigner la vraie histoire de la société en secret et apprendre au plus de gens possibles à penser.
Par sa langue belle et pensante, ses idées nouvelles et travaillées, la richesse de ses mots et son histoire d’espoir, Alain Damasio nous offre encore une fois un chef-d’œuvre d’écriture avec lequel j’ai pleuré, pensé, vibré et aimé.

Lola

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