Galerie Noir - Sébastien Gayraud

A lire dans la chaleur de l'été, Galerie Noir de Sébastien Gayraud. Si le sable brûlant des plages caniculaires agresse vos délicates plantes de pied, on a ce qu'il vous faut ! Restez à l'ombre, calfeutré dans votre studio minuscule dans la ville surchauffée, et embarquez-vous dans ce récit métaphorique, horrifique, ironique et ultra-référencé… De quoi s'agit-il ? Disons d'un voyage vertical dont la dimension s'élargit peu à peu aux spirales de l'esprit torturé de son narrateur.

Au départ, il y a une tour, la tour Antenna, comme un Entrefer à la verticale, oeuvre de Christian J. Christian, célèbre architecte québécois victime d'un accident cérébral qui le transforme en profondeur. Galerie Noir est son projet définitif, une galerie d'art aux vertus psychotropes, un lieu qui s'inscrit dans la psyché de ceux qui le parcourent et qui finit par générer sa propre conscience. Le Voyeur, personnage énigmatique, nous guide d'abord dans ce dédale organico-architectural, alternant bientôt avec d'autres égarés à majuscule (Le Mécanicien, l'Amour Étrange), dont l'un semble à la fois une voix de premier plan et une figure de l'auteur : "Le Prof de Cinéma", également prénommé Sébastien, narrateur qui court au long de l'intrigue, charriant auto-dérision et haine de soi et de tout avec constance et drôlerie.

On comprend dès lors que cette virée cauchemardesque sera essentiellement un hommage à la citation, au collage, à la rêverie et à l'érudition sur grand écran. Un des personnages est psychiatre ; elle rédige des rapports qui ponctuent le récit : dans l'un d'entre eux, apparaît le concept d'"écran-carnage", assez bonne définition du projet de l'auteur de ce roman. Ainsi ne nous sont pas épargnés (attention ! Ô vous qui craignez l'horreur...) les rêveries délicates (et documentées) sur la torture et la représentation de la douleur – avec un passage saisissant "à la Rithy Panh", un voyage à Zombieland, et un update fort éclairant sur la tétrodotoxine donnant lieu à un récit d'autopsie sophistiqué. Charles Bronson et les pornos italiens sont là aussi, avec la "Théorie de la catastrophe" (qui pourrait être le sous-titre de ce roman) ; comme dans un épisode un peu fatigué de True Detective, on croise une société secrète torturant des enfants qui deviennent, quand ils en réchappent, des spécimens psychiatriques.

Un monde de sous-genres, d'underground absolu, de légendes urbaines – entre théorie du complot et société du spectacle (je recommande l'excellent chapitre sur le found footage) à l'écriture qui ne craint ni le cliché ni l'invention quasi surréaliste : de U comme Ummagumma à Z comme Zodiac, et en passant (page 247) par une délicieuse bande son New Wave pour lutter contre la canicule, Galerie noir nous emmène enfin à la résolution de l'énigme, à la maxime terminale qui nous ramène au début de cette chronique : "Nous mourrons tous un jour d'été."

On vous l'avait bien dit pourtant, de rester chez vous à bouquiner, plutôt que d'aller vous cramer les petons à la plage !!!

Anna

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