Focus sur Christophe Siébert

2016 est décidément une année faste pour Christophe Siébert. Après avoir sorti successivement l'an passé rien de moins que deux ouvrages, Découper l'univers (Gros textes) et Papi jute dans la sauce aux câpres (La belle époque), le voilà qui enchaine directement avec Je n'avais pas envie de mourir et Holocauste (Rivière blanche), en attendant son prochain Paranoïa qui le voit revenir dans le giron de Trash éditions. Si l'on ajoute à cela les tournées marathons, la prochaine création de la revue littéraire La grosse et sa récente contribution de chroniqueur au webzine Pressnut, on reste impressionné par l'hyperactivité de l'infatigable écrivain, qui se bat toujours autant au service d'une littérature française autre que celle qu'on voit dans les FNAC. Jetons donc un coup d'œil sur ses dernières productions.

Holocauste est la première incursion de Siébert dans la science-fiction, lui dont les racines se situent clairement du côté du polar et de la pornographie hard. En l'espace de dix jours, un mystérieux virus, dont l'origine n'est ni expliquée ni rationalisée, décime l'humanité entière. Dans ce monde désormais déserté, où les infrastructures technologiques et politiques sont tombées en morceaux, les survivants arpentent le pays, se regroupant autour de communautés aux comportements de plus en plus primitifs et destructeurs, perdant chaque jour un peu plus toute part d'empathie par rapport au prochain. On suit les itinéraires séparés de plusieurs personnages (des femmes, le plus souvent prostituées, comme toujours chez Siébert...), témoins et acteurs de cette descente aux enfers qui les voit effectuer un véritable voyage au bout des ténèbres. Un récit fragmenté, au style presque documentaire, qui enregistre comme de l'intérieur une pure désintégration sociale. Saisissantes visions de cette France en ruines où on prend d'assaut des supermarchés Lidl pour des paquets de jambon, où on fait des rodéos avec des cars scolaires et des orgies dans des maisons pillées, jonchées de cadavres, tandis que la police, l'armée et autres milices occupent le terrain, réorganisant un nouvel ordre noir. Roman d'anticipation ? Peut-être pas tant que ça... Sombre et prenant, traversé d'éclairs de violence inouïs mais aussi de moments d'une poésie lyrique poignante, quasi cosmique, Holocauste est une pierre de plus à une œuvre vouée toute entière à la description du chaos contemporain. A conseiller en tout cas à tous ceux qui croient encore que Mad Max Fury Road est un film destroy...

Je n'avais pas envie de mourir, quant à lui, est un petit livre à la couverture uniformément noire sorti à l'initiative de La belle vie, succursale de La belle époque, dédiée à des ouvrages d'art. Une nouvelle qui fut longtemps « rodée » en tournée avant de trouver sa forme définitive sur support papier et qui, à l'instar du précédent Papi jute dans la sauce aux câpres, a pris toute sa dimension dans les nombreuses lectures publiques intégrales dont elle fit l'objet. Le cadavre d'une prostituée mineure, en fugue depuis des mois, est retrouvé flottant dans la Garonne. Ses deux parents se retrouvent un instant réunis autour de sa tombe, ensuite ils rentrent chez eux et... Inutile d'en dire plus car on se retrouve projeté en quelques paragraphes dans du pur Siébert, un récit traumatique sur l'enfer familial qui assaille le lecteur à la manière d'un seau d'eau glacée reçu en pleine gueule. Un texte qui permet en tout cas de mesurer, notamment sur scène, l'effet si particulier produit sur le public par cette prose sèche comme un coup de trique, ce réalisme sordide, ces mots écorchés comme une plaie ouverte qui semblent hurler dans la conscience de l'auditeur. Alors, bien sûr, ça passe ou ça casse et tant pis si les gens se sentent indisposés. Rappelons pour l'anecdote que le titre original du livre, Tu étais une pute, fut modifié à la demande de l'éditeur qui le trouvait trop « classique » de la part de l'auteur. Je n'avais pas envie de mourir va-t-il pour autant toucher un nouveau lectorat ? Rien n'est moins sûr. En attendant, on suit toujours Siébert dans ses pérégrinations, avec encore de nombreux bouquins en gestation (dont le manuscrit géant de Descente, qui s'annonce faramineux) et autant de projets passionnants.

Sébastien

Auteur: Christophe Siébert
Ouvrages: Holocauste / Je n'avais pas envie de mourir
Sorti chez Riviere blanche
Retrouvez l'actualité de Christophe Siébert sur http://konsstrukt.wix.com/christophe-siebert

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