Consumés de David Cronenberg

Fond de tiroir indigeste et indigent malgré ses 372 pages, Consumés, le roman de David Cronenberg, hésite entre junk-food 100% graisse et sucre, et accommodement approximatif de restes peu ragoûtants.

Le plat de résistance de ce roman donc : deux couples, Nathan Math et Naomi Seberg, journalistes new-yorkais trentenaires, ultra-connectés et sur-équipés, trimballant ordinateurs, appareils photo, caméras et enregistreurs ainsi que tous les clichés qui les accompagnent (notamment une écoeurante liste de marques, références et spécifications techniques supposées pimenter la sauce stylistique d'un Cronenberg fadasse, et loupant totalement leur but) ; Célestine et Aristide (si, si...) Arosteguy, philosophes parisiens sexagénaires, universitaires en retraite, les deux dernières personnes, je pense, à vivre "près de la célèbre Sorbonne, l'université de Paris" et à fumer des Gauloises.

Pour accompagner cette viande terne, des personnages sattellites, supposés eux aussi pimenter le reste : Dunja, belle femme souffrant d'un cancer du sein ; Zoltàn Molnàr chirurgien hongrois controversé et séducteur ; Romme Vertegaal et Hervé Blomqvist, anciens amants de Célestine, un réalisateur coréen, une acousticienne joliment prénommée Elke, le docteur Trinh, le professeur Matsuda, et d'autres.

L'histoire commence comme un polar gastronomique : Aristide est accusé d'avoir tué et mangé son épouse . Naomi enquête sur ce fait divers, part sur les traces de Sagawa Issei, étudiant japonais cannibale et tout à fait réel, se retrouve à Tokyo dans la maison et les bras d'Aristide. Nathan quant à lui enquête sur le docteur Molnàr, et se retrouve dans les bras de sa patiente cancéreuse, qui lui transmet la mystérieuse maladie de Roiphe, sur laquelle nous ne tarderons pas à tout apprendre en suivant Nathan à Toronto, où vit précisément le docteur qui donna son nom à cette MST, et que Nathan va interviewer.

La question qui se pose alors est la suivante : comment connecter ces deux éléments d'intrigue ? C'est là qu'on aurait besoin d'un trou normand pour avaler la suite. En lieu et place de quoi on n'a droit qu'à un vague entremets rétrospectif à base de Festival de Cannes et d'amants coréens.

On navigue ensuite dans la soupe des obsessions très identifiables de Cronenberg, seins, insectes, sécrétions corporelles, haute-technologie, sexe (avec un "s" très minuscule), théories et concepts philosophico-médicaux, amputations et auto-dévoration.

En guise de dessert, on finit par un improbable chapitre dénouant le filandreux ragoût de l'intrigue, dans lequel Romme et Hervé, les deux anciens amants de Célestine, personnages secondaires devenus principaux, se révèlent être au centre d'un complot artistico-politique sur fond d'érotisme chirurgical.

Cronenberg est pourtant bien placé pour savoir qu'il faut se méfier des nourritures bizarres ( 8'' et 2'33'') : le recyclage paresseux de son imaginaire filmique, mal enrobé dans un style poussif, sans invention ni élégance ne laisse qu'un goût rance qui retourne l'estomac.

Anna

Auteur : David Cronenberg
Titre: Consumés
Editions Gallimard
Rubrique: Fonds de tiroir, Fooding, Cadeau empoisonné, si tu aimes les insectes, regarde plutôt ça, si tu aimes les cannibales, regarde plutôt ça.

Twitter icon
Facebook icon
Google icon
Pinterest icon
Reddit icon