Camera Obscura de S. Gayraud

Un Balcon au bord du monde

Selon notre très cher Wikipédia : « Une chambre noire (en latin camera obscura) est un instrument optique objectif qui permet d'obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, c'est-à-dire d'obtenir une vue en deux dimensions très proche de la vision humaine. Elle servait aux peintres avant que la découverte des procédés de fixation de l'image conduise à l'invention de la photographie. »

Camera obscura nous raconte l'histoire d'un écrivain, Eric de Winter, venant emménager dans la villa d'Andrea Forzanni, petite-fille de Paolo Forzanni, réalisateur de films sulfureux mystérieux, dans le but de faire des recherches dans les archives du défunt réalisateur. Sur ces bases, le roman nous entraîne dans les découvertes du héros, au gré des visionnages de vidéos d'archives et des interviews avec Andrea Forzanni, gardienne des lieux mais aussi de la mémoire de son illustre grand-père.

Pour ceux d'entre vous qui connaîtraient Sébastien Gayraud, enfilant une casquette de romancier en cette occasion, il n'est pas nouveau que le cinéma et notamment le cinéma de genre est sa passion (je vous réfère notamment à son ouvrage en collaboration avec Maxime Lachaud sur les Mondo movies). Il n'y aurait pas eu plus belle manière pour lui de nous faire entrevoir un bout de cette passion que ce Camera obscura, véritable hommage aux images. Le roman ne sombre à aucun moment dans un écueil documentaire ou une liste sans fin de films marquants pour le romancier. C'est avant tout l'amour pour les images qui suinte de Camera obscura. L'amour de toutes les images et de tous leurs supports (photographie, cinéma, peinture). Le titre du roman et son sous-titre prennent tout leur sens vu l'aspect visuel des mots de l'auteur.

Camera obscura nous offre ce point de vue divin, depuis un « balcon au dessus du monde » et nous permet de contempler l'humanité et son ouvrage. Nous parcourons donc le roman une caméra à la main, à l'image de Paolo Forzanni visitant le monde caméra au poing et filmant les horreurs les plus réalistes mais aussi les plus abjectes d'une humanité inconsciente. Il en résulte une vertigineuse mise en abîme entre nous, l'auteur, les personnages du roman mais aussi le rôle de ces preneurs d'image. Camera obscura rend hommage à ces chasseurs d'image de manière poétique et donne un nouveau sens au rôle des images tout en abordant quantité de débats actuels sur la légitimité d'un genre, sous-genre mais aussi de certains formats.

Le roman est une fable poétique et visuelle hommage à ces réalisateurs, véritables photographes de notre monde qui à travers leurs outils essayent de capturer une vision du monde. On ressent l'envie de l'auteur d'écrire de la manière la plus visuelle possible, de nous faire partager les images de cette apocalypse quotidienne qu'est notre quotidien. Pour terminer, je citerais deux passage du roman décrivant la situation d'un spectateur au cinéma, comparé à une sorte de voyageur, ou de touriste assistant aux catastrophes mondiales depuis son fauteuil et l'autre comparant le cinéma à la guerre. « Ils dégustaient leur martini en fumant des cigarettes, leurs fauteuils de velours rouge en guise de transat devant le soleil couchant des explosions, sachant tous les deux qu'à la dernière extinction, l'écran cette fois-ci ne se rallumerait plus. » « Cinéma et guerre sont des phénomènes industriels, obéissant aux mêmes lois pour des résultats identiques. On vend de la pellicule comme on vend des canons. »

Bertrand

Camera obscura
de Sébastien Gayraud
20 Mai 2015
Sorti chez Camion Noir
260 pages

 

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