Bédéphile dans ta chambre

On a bien entamé la rentrée, les cartables sont déjà pleins, Noël va finir par pointer le bout de son nez, et les bandes dessinées coulent à flot.
Régalons-nous déjà avec ça, on verra pour la suite !

 

L'âge d'or de Roxanne Moreil & Cyril Pedrosa, éd. Dupuis

Cyril Pedrosa, on commence à le situer de loin, c'est celui qui sort du beau bouquin épais à 32 euros, le genre provocateur d'accident pour les lectures au lit et qui vous motiverait à acheter un lutrin.

Faut bien reconnaître que pour son dernier ouvrage avec Roxanne Moreil au scénario, ça irait bien avec, voilà qu'il nous propose une chanson de geste merveilleusement bien orchestrée. On peut être surpris (et on l'est) par sa constante et très étonnante palette de couleurs, je ne cache pas avoir été d'abord effrayé par ces choix picturaux mais comme chaque fois, il suffit de se glisser dans ce vaste récit de princesse destituée pour se laisser happer par ce fabuleux récit médiéval qui aborde la reconquête d'un trône, une odyssée à la recherche d'un manuscrit mythique et les premiers échos d'une démocratie utopique qui séduirait bien la plèbe... C'est une aventure, une très belle aventure. Et tant mieux, ce n'est que le premier opus.

 

Les fables avec du poil de Tebo, éd. Fluide Glacial

Vous aussi, Tebo vous a fait rire avec ses parodies de super-héros ?
Tebo c'est un rigolo qui continue à faire plein de chouettes albums de bandes dessinées pour notre éclatante jeunesse.
Mais Tebo, il aime bien aussi quand on dit "bite" et que ça parle de caca, ça le fait marrer alors autant qu'il en fasse une bédé (ce n'est pas sa première).
Ces fables-là, elles ne sont pas pour tout le monde, on peut (parfois) y trouver une morale, bien souvent incontestable pour préserver la bonne santé, mais surtout on y trouve de quoi rire avec beaucoup de puérilité et de gaudriole, c'est peut-être bas de plafond mais c'est un peu le fondement de l'oeuvre.

 

 

Magnus de Jorge Fornés & Kyle Higgins, éd. Casterman

Même si ce n'est pas le titre le plus original du moment, petite surprise avec celui-ci. Le comic emprunte beaucoup à des oeuvres comme A.I. , I, Robot ou encore Blade Runner et pioche allègrement dans la littérature et le cinéma pour nous proposer sa petite enquête confrontant robot et humain.
Saluons déjà le parti pris de ne pas totalement coller aux lois de la robotique d'Asimov comme c'est devenu une habitude pour ce type d'exercice. Pourtant, là encore le constat est qu'une intelligence artificielle supposée servile et inoffensive a porté atteinte à un membre éminent de l'espèce humaine et de toute sa famille. Ce n'est pas dans l'ambiance policière qui en découle que l'intérêt de l'ouvrage se trouve mais plus dans la protagoniste principale qui va à contrepied de ce à quoi l'on pourrait s'attendre. Une humaine, psychologue pour I.A. , qui est intimement liée au monde électro-artificiel de ses patients.
Le traitement de toute cette dimension psychologique est fraîche et bien agréable, le discours sur l'éthique, les droits des robots n'est pas sans faire échos aux discours pour les droits sociaux de manière universelle, une métaphore qui fonctionne plutôt efficacement.
Tout cela reste dans un enrobage de série B brillant par un réalisation astucieuse, un dessin pulp et passe-partout et une certaine intelligence, bien réelle celle-ci.

 

Poussière T.1 de Geoffroy Monde, éd. Delcourt

Geoffroy Monde est plutôt réputé pour ses excellents albums débordant d'humour extrêmement absurde alors le scepticisme était de mise à l'arrivée de ce récit de SF psychédélique.

Faut croire que le bonhomme s'en sort plutôt bien, son trait est inhabituel, sa narration, sans être surprenante, s'adresse à tous les publics et la mise en scène de cette pseudo-menace plus ou moins contenue par les peuplades environnantes offre des instants bien envoûtants.
En nous laissant dans un certain flou, il nous fait accrocher à des personnages un brin curieux en quelques cases et tout cela donne un récit aux résonnances d'équilibre du monde et d'écologie qui n'est pas dégueulasse.

 

Bezimena de Nina Bunjevac, éd. Ici Même

Ça ne se sait pas trop mais Nina Bunjevac est une autrice extrêmement talentueuse, son précédent Fatherland peut encore en témoigner .
Sa nouvelle oeuvre nécessite sans doute un avertissement, si elle mérite qu'on s'y attarde, elle n'est clairement pas adressée à tous les publics.
En nous promettant une adaptation du mythe de Diane & Actéon (La page wikipédié pour découvrir ou vous rafraîchir la mémoir ), Nina Bunjevac réalise une adaptation très libre et assez lointaine en jouant avec la symbolique antique, la grandiloquence et le sordide d'une amérique des années 50. Page après page, ce sont des tableaux qui se succèdent, nous captivent et nous plongent au fur et à mesure dans l'horreur jusqu'à son atroce final. Bezimena est une expérience graphique qui ne laisse pas indifférent.

 

Margot la folle de Dix & Jim Broadbent, éd. Robinson

Voilà une drôle d'idée, on connaissait les romanciers s'imaginant scénariste de bédés (sans grande réussite), les auteurs de bédés se voyant réalisateur (ça fonctionne mieux visiblement) mais on voit plus rarement un acteur se transformant en scénariste.
Et dans ce cas précis, la curiosité est un bien beau défaut quoiqu'on dise, Jim Broadbent propose d'interpréter à sa façon un personnage d'une peinture de Brueghel l'ancien et le résultat est plus que réussi !
Là encore, on s'aventure toujours plus loin dans l'affreux et l'horrible avec ce portrait de pêcheuse d'anguille, sorcière présumée, vivant dans une crasse innommable, sombrant dans une démence effrayante. Peut-être est-ce un honnête portrait de la triste et âpre vie moyen-âgeuse des isolés, des parias et des aliénés, on sait bien cependant que les auteurs grossissent admirablement bien le trait pour mieux nous faire ressentir la fange et l'absence de limite morale parce qu'on termine enfin avec un petit goût de vomi dans la bouche.

 

La mort vivante de Alberto Varanda & Olivier Vatine, éd. Comix Buro

Que faire quand un album imparfait vous touche en plein coeur ? Et bien, faire preuve de subjectivité assurément.
Un peu léger, certes, maladroit, y'en a, scénario flou, ça se sent. Mais ces quelques défauts sont rapidement effacés par la qualité du dessin et d'une narration qui pose la tonalité , une teinte sombre s'en dégage, une atmosphère envoûtante et la partition commence.
L'idée est curieuse au départ, le duo d'auteurs mélangent le mythe du Prométhée moderne avec l'oeuvre de Stefan Wul, Frankenstein rencontre Niourk. En ressort un album de science-fiction gothique peu commun, ne lésinant pas sur les clins d'oeil et auquel on pardonnera la facilité de certaines scènes et de petites maladresses. Défauts qui, au final, fournissent une certaine concision évitant à l'histoire de sombrer dans l'indigence.
Il ne faut pas avoir peur de terminer sur des zones obscures et simplement profiter des instants de beauté et d'horreur que cet album nous offre.

 

Ted, drôle de coco d'Emilie Gleason, éd. Atrabile

Attention ! Accrochez-vous, il va falloir suivre Ted au quotidien et pour lui, c'est un sacré périple ! Ce quotidien est une aventure tout à fait vivable quand aucun rouages n'est grippés, malheureusement pour Ted, la vie est faite de surprises et tout devient extrêmement compliqué quand elles surviennent.
Ce drôle de coco, c'est le croquis d'un autiste tentant tant bien que mal de s'adapter à la société de monsieur tout le monde, forcément ce qui apparaît pour la plupart comme la plus simple des formalités devient un obstacle de taille pour Ted, mais le drôle s'adapte comme il peut, difficilement souvent, sa franchise excessive et sa tendance au premier degré n'aidant en rien. Puis parfois, au gré des rencontres, l'alchimie fonctionne et Ted fait un pas de plus.
On s'aperçoit bien vite que les incongruités et loufoqueries du bonhomme qui nous surprennent et nous font bien rire sont en fait des petits détails d'un véritable enfer. Et si l'album d'Emilie Gleason apparaît follement drôle, il est surtout représentatif d'une détresse à la réalité épouvantable.

Yoann

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