The Prodigy – No Tourists

 

« Putain de camion » comme dirait Renaud. Sauf que Renaud est presque mort. A l'inverse d'autres, apparemment. Prodigy a contrario fait dans le jeunisme. Dans leur propre jeunisme. Une équation inextricable, de l'électro vieillissante au gré des technologies qui fait date, sans jamais prendre une ride. Bienvenue. « Light up the Sky, Illuminate ». On parle d'un de mes groupes références, sur lesquels j'ai beau avoir un tantinet d'affection, la moindre entourloupe ne passera pas inaperçue. L'entourloupe jusqu'à maintenant chez Prodigy, c'était Always Outnumbered, Never Outgunned (2004). Un excellent album de compositions, vieillot dès sa sortie de par ses choix soniques, ses claviers de tournée, son envie putassière de coller aux buzzs de l'époque (electroclash ma gueule, Justice and co). Seule incartade, mise de côté en live par la même occasion. 

Prodigy a ce don. La musique ne se prend jamais la tête, entre bouffonnerie olympique électro, clash rock n roll, orgies soniques et rythmiques, bpm de gala, samples de stades, riffing de galerie (No Tourists), vous l'aurez compris, Prodigy a toujours mélangé ses propres influences aux tendances du moment. Prodigy n'a aussi jamais vieilli. Sur une musique qui est vouée à la désuétude de par les évolutions technologiques, c'est toujours bluffant. Je vous invite à vous enfiler The Fat of the Land à l'occasion, voir à quel point le disque n'a pas pris une ride en terme d'énergie punk, de construction rock, d'échappées psychédéliques et d' envolées guerrières. 

On en revient au lardon. Le roi est de retour en 2018. A quoi bon me direz-vous ? Tout a été dit sur The Day is my Enemy (2015). Les gaziers chient sur la mouvance electro, idéalisent le rock, mettent le hip hop punk des 80's sur un piédestal, la belle affaire. Les raves sont mortes. L’Angleterre n'est plus là. Brexit musical, exit la hype electro  la teuf. Du coup les gaziers ont décidé de revenir. La logique n'a pas d'idée.

Comprenez, « Fight fire with fire » composée par quelqu'un d'autre que Metallica, avec un meilleur batteur, bien entendu. 
Comprenez, un rifffing assidu, soutenu par des basses de l'espace comme à leur accoutumée (peut on parler de « Timebomb Zone » et de « Champion of London »?).
Comprenez surtout un retour aux origines du son electro rave. Comprenez un retour aux origines des amours physiques de la musique, des rondeurs et de la lourdeur. Prodigy ne vieillit pas, plus. Prodigy s'abreuve, Prodigy engrange. Du matos, des moyens, des envies de tout faire péter et partager. Tous ceux qui les ont vus en live sur les dernières tournées ne peuvent que s'accorder : Prodigy est le groupe de rock le plus pêchu du siècle, le groupe de punk le moins consensuel du siècle, le groupe d'électro le moins vieillot de la scène, le groupe de hip hop le plus physique du siècle. 

Les bases sont toujours les mêmes depuis Music For the Jilted Generation (1994), du gros beat (« Boom boom tap », fuck you d'ailleurs, ils le disent), des énormes riffs, des claviers psychés, des vocaux transformistes, des ponts métal, des échappées progressives mais surtout un rien à branler énorme avec leur savoir faire. 

A l'ère du hip hop machinisé, du rock sucré, du métal codifié, les Prodigy ne savaient pas quoi faire d'autre qu'un disque qui réunissait tout ça avec un condensé de leurs origines, tout ça sur un fond d'instruments en mode bouillie sonique machine de guerre, sonorités old school ( « Resonate »).
Le plus bel exemple est la conclusion en mode doigt d'honneur avec en invité un Barns Courtney qui taffe pour les Ed Sheeran and co (Give me a Signal) , pop song de stade réduite en bouillie Prodigy d'il y a vingt ans avec un savoir faire branleur de 2018.

En gros, j'aimerais être là dans dix ans pour vous affirmer que ce disque n'a pas pris une ride, contrairement à moi. Pourtant on peut pas dire qu'ils n'ont pas recherché leur côté vieillot et putassier. Merci à eux d'avoir fait les bons choix. Ce disque est leur AONO (2004) réussi. Plus que réussi. Vu la durée, l'efficacité et la puissance tubesque, on n'attend plus grand chose que de se prendre la poudre en live. Bienvenue dans nos contrées et merci.

Bertrand

Artiste : The Prodigy
Album : No Tourists
Sorti le 2 Novembre 2018. Take me to the Hospital
Prends ta mornifle : 

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