Serpent Column – Mirror in Darkness

« Putain c’est beau! » Voilà ce qui m’est venu à l’esprit à la fin du morceau Amphiclasm, véritable condensé de tout ce qu’a su proposer Serpent Column jusqu’à présent et plus particulièrement sur ce nouvel opus. « Putain c’est beau », mais putain, Serpent Column, c’est quoi ?! Serpent Column c’est un one man band qui nous vient tout droit du pays des cowboys, mais qui a décidé de nous parler Grèce antique et mythologie. Rien de plus sensé lorsqu’on choisit comme pseudonyme un truc comme Theophonos. Serpent Column c’est maintenant trois sorties en trois ans, 2 albums, 1 EP et, chose rare, rien à jeter, puisque tout y est bon, voire très bon. C’est donc à la cuvée 2019 que nous allons nous intéresser aujourd’hui. Tout juste livré début septembre sur l’excellent label Mystiskaos, ce nouvel opus vient ainsi renforcer la place de leader de… de rien du tout ! L’underground étant ce qu’il est (puisse-t-il être préservé à jamais !), point de leader de quoi que ce soit ici. Ce projet n’ayant pas vocation à être autre chose qu’anonyme, on se débarrasse de suite de toute frivolité inutile pour se concentrer uniquement sur l’art plutôt que le reste.

Ainsi, pourquoi parle-t-on de ce truc inconnu et obscur dans les colonnes de Superflux ? Et bien parce que Superflux n’est autre que l’antre du bon goût et, comme on disait de mon temps, ce Mirror in Darkness c’est d’la bonne ! Et quand je dis que c’est d’la bonne, je suis modeste. Accroche-toi donc à tes oreilles cher Superfluide de mon cœur car l’ouverture sur les ténèbres qui hante cet album en laisserait plus d’un sur le carreau. En effet si, dans le black metal, cela fait maintenant plus de quinze ans qu’on nous sert de la dissonance à toutes les sauces (sur le tapis ?), à tel point qu’il semble difficile d’aller plus loin sur cette voie sans tomber dans d’inénarrables redites, le morceau Promise of the Polis, qui entame les hostilités au pas de charge vient, comme une promesse, nous rappeler que même lorsqu’on y est habitué, c’est toujours meilleur quand c’est bien fait. Quelle est donc cette fameuse promesse te demandes-tu ? Il ne s’agit rien de moins que celle de tartiner, jusqu’à la nausée, riffs véloces et autres percussions tonitruantes dans une effervescence délirante et chaotique, histoire de fermer de suite la porte à toute personne amputée de sa souplesse auditive. Ce n’est qu’une fois ce sas de décompression mentale franchi que les plus téméraires accéderont au cœur d’un cauchemar aussi noir que sublime. En effet, c’est après cette introduction casse-crâne qu’entre en scène la Mélodie. La belle et sombre mélodie, l’harmonie lumineuse au milieu d’un tumulte constant, la science du bon riff au bon endroit, celui qui sonne bien et qui te fait vibrer jusqu’à l’âme malgré la technique et le chaos environnant. Car c’est ce qu’est Mirror in Darkness, un voyage à la rythmique épuisante où une myriade d’échos lumineux vient fendre un ciel noir de ténèbres, une quête exigeante et guerrière, un rêve traumatique mais au combien jouissif. Alternant syncopes destructrices intriquées de mélodies superbement dramatiques et instants d’accalmie plus atmosphériques, voire par moment bruitistes, ce mélange des genres n’en est définitivement pas un. Cet album n’est pas une veste à patchs à la gloire de mentors proéminents ou de gloires oubliées, ni une mixture où l’on discernerait à l’œil nu les strates de chaque ingrédient qui la compose. Non, cet album est un tout unique et entier, sans la moindre fissure, sans la moindre fausse note, sans un début de mauvaise idée, de mouvement mal imbriqué ou de boursouflure superflue. Comme n’importe quelle sortie de cette trempe, il devient vite compliqué de trouver les mots à même de décrire une telle densité de fond et de forme. La concentration délirante d’instants quasi parfaits rendrait n’importe qui totalement excessif quant au regard posé sur ce bout de plastique qui fait du bruit et n’importe quelle chronique indubitablement indigeste… je ne m’étalerai donc pas plus en logorrhées épuisantes et autres superlatifs élogieux.

D’aucuns y verront une entité bâtarde entre Deathspell Omega et Krallice, la vérité est sûrement cachée quelque part au milieu de cette tempête, mais qui s’intéresse à ça ? N’est-il pas plus intéressant de rendre honneur au travail accompli et à l’implication qu’il peut y avoir derrière chaque projet plutôt que d’attacher trop d’importance à ces comparatifs souvent bien vide de sens ? Cet album mérite d’être écouté pour ce qu’il est. Gargantuesque dans ce qu’il a à proposer et pourtant si concis dans son format, ce Mirror in Darkness est d’une fluidité déconcertante et les 45 minutes qui le composent sont un bloc d’émotions intenses et explosives, monstrueusement géniales, qui nécessiteront bien des écoutes avant de pouvoir en apprécier chaque débris, chaque circonvolution, chaque impact et chaque envolée. Jette donc un coup d’œil dans ce miroir, tel l’abîme, il te rendra surement la pareille.

Samuel

Label : https://myst.is
Bandcamp : https://serpentcolumn.bandcamp.com/album/mirror-in-darkness

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