Retour sur le concert de Behemoth au Bikini

 

Lia

 

En tournée quasi ininterrompue depuis la sortie de leur dernier album, The Satanist, en 2014, Behemoth, avec le concours de SPM, nous fait le plaisir de passer par notre bonne vieille ville de Toulouse. Les lascars ayant posé leurs rangers dans notre secteur pour la dernière fois en 1999, autant vous dire que je n’ai pas été patient et que cela fait bien longtemps que je me suis fait mon avis sur leurs prestations live. Dernière confrontation : juillet 2015, je savais donc clairement à quoi m’attendre. Malgré la qualité manifeste de leurs concerts, ma présence en ce 23 octobre au Bikini était avant tout motivée par la venue de Mgła, leur première rencontre avec le public toulousain et surtout ma première rencontre live avec les Polonais. Étant particulièrement friand de leurs enregistrements studio, l’attente était des plus fortes. Enfin, en bas de la liste sur cette affiche, on retrouve le black à tendance vaguement prog des Allemands de Secrets Of The Moon venu ouvrir la marche.

Pour bien commencer cette soirée, rien de mieux que d’arriver un poil en retard avec un groupe qui débute son set en avance. A la suite d’une longue queue à l’entrée de la salle toulousaine, ça fait plaisir il y a du monde, j’attrape Secrets Of The Moon en plein milieu de leur live. Autant le dire de suite et être honnête, l’excuse du groupe qui commence plus tôt étant pour le moins foireuse, je ne suis absolument pas emballé par ce que j’entends et vois. Je n’ai jamais été particulièrement fan du quatuor allemand, vaguement intéressé par leurs premiers opus, le virage « prog » (désolé les puristes) de leurs dernières sorties et le chant clair n’éveillent rien en moi si ce n’est de l’indifférence. Je ne suis donc resté que quelques minutes face au spectacle. J’en retiendrai des passages rock’n’roll bien simplistes, du prog qui n’en a que l’étiquette et une voix claire loin d’être en place, passons.

La soirée s’enchaîne très vite, le temps pour Secrets Of The Moon de remballer et le plat de résistance est déjà sur les planches. Quelques balances, un aller-retour en backstage histoire de s’apprêter et Mgła vient se planter sur scène pour nous cracher au visage un peu de leur fiel. C’est peu dire que les Polonais font le boulot et le font bien. Tout d’abord, le set est techniquement ultra en place, absolument rien ne dépasse. Les guitares sont acérées, précises et le son est des plus incisifs, retranscrivant à merveille la noirceur qui se dégage de chaque morceau. On pourrait juste regretter un petit manque de pêche du lead sur un ou deux passages, mais vraiment rien de méchant. Derrière les fûts, Darkside délivre un set superbement maîtrisé sans un seul accro, faisant jouer ses cymbales à la perfection.

 

Lia

Mgła déroule une prestation des plus sobres, sans fioriture, comme vissés à la scène, les musiciens n’arborent aucun signe distinctif. Malgré leur immobilité, l’intensité présente sur album est bien palpable en live. Derrière sa cagoule, M propose une performance vocale puissante, brutale et on ne peut plus sincère. On notera au passage un jeu de lumière discret et pour ça je dis merci à la technique, ça nous change des stroboscopes dégueulasses éparpillés n’importe comment lors de certains concerts. Côté setlist, le groupe ratisse large, allant piocher des morceaux dans les premiers EP Mdłości et Further Down the Nest et offrant des titres tirés de chaque album, pour inévitablement finir sur le dernier chapitre d’Exercices In Futility et ses ultimes vers plus proches de la déclamation que du chant. Pour ma part, je n’aurais pas craché sur une plus forte présence de With Hearts Towards None, mais cette considération mise de côté Mgła est indéniablement une valeur sure, autant en studio qu’en live.

 

Lia

Après cette prestation toute en sobriété et quelques minutes de balance, le temps pour moi de siffler une nouvelle pinte et la tête d’affiche est enfin prête à fouler la scène dans un style littéralement aux antipodes de ce que propose Mgła. Set de batterie monstrueux, pieds de micro à ce point gigantesque que Nergal parait petit une fois posté derrière, effets pyrotechniques et jeu de lumière épileptique, maquillage, faux sang, hostie et encensoir, absolument toute la panoplie est déballée et force est de reconnaître que Behemoth sait y faire quand il s’agit de remplir une scène. Le trio de tête est intenable. Nergal harangue la foule et joue avec elle sans arrêt. La part belle est évidemment faite au dernier opus des Polonais. Le bien nommé The Satanist occupera donc toute la première partie de la setlist. De Blow Your Trompets Gabriel jusqu’au majestueux O Father O Satan O Sun, tout l’album y passe. Le show est ultra puissant, ça joue fort, ça joue vite, le son est très bon, un poil brouillon à l’entame, un peu trop de reverb peut-être, mais Behemoth maitrise son sujet et Nergal assume désormais parfaitement les contours de son timbre de voix jouant avec comme on joue avec un instrument.

L’intensité est bien là et l’ambiance grandiloquente du dernier opus est totalement retranscrite par le soin apporté à la mise en scène. On peut ne pas aimer le côté très théâtral des concerts de Behemoth, mais il est incontestable que le groupe propose plus qu’une simple interprétation live de leurs albums studio, les Polonais sont là pour le spectacle. La seconde partie du show n’est pas en reste puisque Behemoth délivre une série de classiques plus ou moins vieux, allant de Conquer All jusqu’au final attendu avec Chant For Eschaton 2000. De mon côté, j’ai tout particulièrement apprécié la présence sur la setlist du morceau Pure Evil And Hate tout droit arraché du fond des âges, titre tiré de l’EP And The Forests Dream Eternally sorti en 1994. Au beau milieu de cet océan de metal moderne, cette petite pépite de black/trash à l’ancienne fait terriblement plaisir et permet au dernier frileux de rentrer définitivement dans la mêlée.

 

Lia

Le bilan est clair pour une soirée au diapason qui a réuni plus de 1000 personnes au Bikini. J’aurais personnellement préféré un groupe d’ouverture plus percutant, mais que voulez-vous, les goûts, les couleurs. Du reste, et malgré l’éloignement artistique qui sépare les deux monstres polonais, les promesses ont été tenues et c’est un show puissant, épaulé par une technique au top qui a été livré ce soir. S’il fallait choisir, ma préférence irait à Mgła. J’ai profondément apprécié cette économie de moyens reflétant bien une certaine forme de radicalité propre au groupe, ainsi que l’intensité brute et sans fard qui s’est dégagée tout au long du live.

Merci à Lia pour ses photos

Samuel

Organisé par SPM PROD : www.spm-prod.fr
Behemoth : http://behemoth.pl/
Mgła : https://www.facebook.com/mglaofficial
Secrets Of The Moon : http://www.secretsofthemoon.de/

 

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