Retour sur la Baignade Interdite 2016

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Franck Alix

Un plongeon dans l'été, un déni de fin de vacances ; pelouse brûlée de soleil, plan d'eau somnolent, quelques arbres, des bancs et une guinguette à la terrasse ombragée : le festival "Baignade interdite" abrite les derniers moments volés au travail avant une douloureuse reprise. 
Après l'épreuve initiatique de la traversée du parking sous une chaleur de 45°, odeur de bitume fondu et cerveau mijotant, on rejoint sous les mûriers, à l'apéro, le duo King Biscuit. Chant, violon, bottleneck, claquements de pieds, cymbales et tambourins, "Old time blues" comme le dit le programme. Petite forme énergique et efficace, c'est léger et euphorisant : parfait pour entamer une longue soirée de post-canicule.

Maxime Lachaud
Maxime Lachaud

On se propulse ensuite (mollement, il fait encore très très chaud) vers les piscines qui donnent son nom à ce festival : deux bassins désaffectés, au fond desquels vont s'installer, dans l'ordre, La Tène, Drame et Blurt.
Derrière les maigres roseaux qui ont trouvé asile dans les fêlures du revêtement bleu lavande délavé jaillissent les têtes des trois musiciens de la Tène, vielle à roue, harmonium, machines et batterie, s'emparent de l'air qui commence à peine à tiédir. Un drone puissant et vibratoire, des boucles rythmiques subtilement mobiles que développe l'épaisseur harmonique des mélodies : un air de CAN, de Tony Conrad, un écho de France aussi. Cette transe sonore méritait sûrement un son plus affirmé, ("le drone, à ce volume-là, ça sert à rien", ainsi que le dit fort justement le camarade qui partage cette baignade avec moi.) mais le climat installé au fond de ce bassin vide entraîne les oreilles sur les routes exaltées de l'expérimentation acoustique, avec force et douceur. L'eau de la musique commence à atteindre nos chevilles, puis nos genoux, et grimpe encore :1,10 m., c'est la hauteur maximale de ce bassin, même pas peur !

A côté de nous se trouve le grand bain qui accueille Drame,annoncé comme "Krautrock pétillant" sur le programme. Le groupe de Rubin Steiner fait danser la foule au fond de la piscine, les lumières tourbillonnent et les odeurs d' agneau grillé échappées du BBQ géant compensent la déception de cette musique trop lisse à mes oreilles.

La nuit est sérieusement tombée, retour dans le petit bassin. Blurt, groupe post-punk britannique, attend de pied ferme. Début un peu déroutant, mais dès la deuxième chanson l'air désormais rafraîchi se réchauffe nettement. Tout le monde bouge, une grenouille jaillit des maigres roseaux signalés plus haut, un petit garçon et une petite fille, créatures étranges à la peau fraîche et lisse, coiffés de casques protecteur rose fuschia et bleu électrique entament une ronde pataude sous l'oeil impitoyable de Ted Milton, dandy impeccable, costar et iroquoise blanc neigeux, énergie toute neuve, jamais prise en défaut. La voix évoque The Fall, erratique parfois mais puissante et concernée, la guitare en boucles mélodiques et pleines d'effets, la batterie et le saxophone (James Chance en fond d'écran) construisent un son No-Wave, aux lointains échos de Ska  : personne n'y échappe, la vague nous claque en pleine figure, on en redemande.

Franck Alix

A peine remis, on attend avec gourmandise le set final, puisque c'est Rien Virgule qui joue, que l'on a écouté aux Pavillons sauvages en début d'été et dont l'album a été chroniqué ici même. Un Juno années 80, un chant ultra-cold, une batterie qui claque comme une batterie de jazz version free, avec sa grosse caisse à vif, utilisée à la Tucker (Maureen), un percussioniste incroyable donnent naissance à une électroacoustique bruitiste et cold, inédite, inouïe et brillante. On regrette le choix du lieu : on aurait été bien mieux installés sous les étoiles que dans cette salle surchauffée et surpeuplée. La musique nous emporte malgré tout et clôt cette baignade dans un bain de liquide amniotique aux relents de sueur et de bière. On quitte les lieux, tête en l'air et frisson dans le dos.
Allez, cette fois, on rentre c'est sûr. Le dernier bain de l'année, le pire jour des vacances !

Anna

Merci à Franck Alix pour ses photos, vous pouvez découvrir son travail sur son site internet http://www.franckalix.com/
 
Un court extrait vidéo du concert de Blurt, pour se rendre compte partiellement de ce qu'on a vu : 

 

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