Renaud - Renaud

C'est à chaque fois avec beaucoup d'émotions que l'on apprend la nouvelle du retour de Renaud aux affaires. C'est aussi à chaque fois, sans manquer de respect à l'humain, que l'on entend la même rengaine sur sa sortie des enfers anisés et son retour en grande forme, laissant définitivement de côté ses soucis personnels. Depuis « Boucan d'enfer », les médias n'ont de cesse de surexposer l'artiste comme une marionnette. Ses détracteurs trouveront d'ailleurs qu'il se prête plutôt bien au jeu des plateaux télé et des interviews en tous genres.

De mon côté, je n'arrive pas vraiment à lui jeter la pierre pour quoi que ce soit. Au final, le bonhomme fait maintenant partie de notre maisonnée et ses mots ont tellement rythmé mon quotidien que j'ai à chacune de ses sorties l'impression de retrouver quelqu'un de ma famille. J'aime Renaud et je respecte à peu près tout ce qu'il a composé.

Alors soyons clair, « Rouge sang » n'était pas de première fraîcheur et ses constantes références à sa compagne de l'époque (Romane Serda) dans à peu prés la moitié des morceaux du disques étaient un peu indigestes. Au final, ces défauts et imperfections sont aussi ce que l'on aime chez Renaud. Son retour a cette fois été rythmé par l'horrible « Toujours debout », matraqué sur toutes les ondes jusqu'à l'occlusion cérébrale. L'album n'a pourtant rien à voir avec ce single.

On retrouve notre poto vieilli et concerné justement par son âge (« La vie c'est moche et c'est trop court », « Mon anniv' ») On le retrouve touchant lorsqu'il parle de ses proches: son fils Malone sur « Petit bonhomme » et « Ta batterie » et sa petite fille sur « Héloïse ».

On le trouve forcément un peu moins pertinent lorsqu'il s’intéresse à l'actualité : « J'ai embrassé un flic », « Hyper Cacher » et « Petite fille slave » bien que l'ironie du premier morceau cité soit touchante lorsqu'on repense à l'époque où au lieu d'enlacer des flics lors d'une manif « républicaine » il préférait « cracher dans leurs calots ».

Ce que l'on apprécie par dessus tout, c'est retrouver le talent de conteur inégalable du monsieur sur ces morceaux entre fiction et autobiographie romanesque sur « La nuit en taule » et « Mulholland drive ». Nous raconter ses histoires, des histoires, c'est au final ce qu'il a toujours fait de mieux. Alors forcément sa voix est usée (qui a déjà écouté Renaud pour ses talents de chanteur?) mais on s'en était déjà rendu compte sur l'album de reprises de chansons irlandaises « La ballade de Molly Malone » .

Au final, on retrouve bel et bien le même artiste passionné, entouré des mêmes excellents musiciens et arrangements, nous entourant de ses mots réconfortants (« Les mots » ou le morceau soulignant l'aspect cathartique de l'écriture ou encore l'hommage à Bob Dylan « Dylan »). Je pense d'ailleurs que c'est l'unique détail à retenir de cet événement que l'on souhaite pourtant nous faire ingurgiter jusqu'à régurgitation : le retour de notre copain et de ses phrases qui nous cajolent. Un exutoire pour lui, un refuge pour nous.

On est toujours heureux et émerveillés de l'entendre à nouveau, certes de façon parfois maladroite mais toujours aussi touchante. Autant d'albums et de morceaux que d'étapes d'une vie humaine, à cœur ouvert, brisé mais maintes fois recollé.

On espère que ses retrouvailles avec la scènes ne soient pas trop difficiles, voire impossibles. Il a quasiment six mois pour se préparer à un marathon de jeune premier. On le retrouvera à ce moment là. Merci à lui.

Bertrand

Renaud
Variété
2016

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