Nick Cave and the Bad Seeds - Skeleton Tree

S'il y a une chose de sûre au sujet de ce disque, c'est qu'il occupe d'ores et déjà une place particulière dans la discographie de Nick Cave, et ce à tous les niveaux.

Tout d'abord, sa sortie était accompagnée d'un film à projection unique dans le monde la veille : One more time with feeling, sorte de film documentaire suivant l'enregistrement de ce Skeleton tree, entrecoupé de longues discussions avec Nick Cave et ses proches, réalisé par Andrew Dominik  (avec qui Cave a longuement travaillé par le passé sur les BO). Certes, l'année de la sortie de Push the sky away (2013), était sorti le docu fiction 2000 days on earth. Rien à voir dans la démarche qui tenait plus de l’événement anniversaire que de la catharsis brute, comme ce nouveau film.
L'année passée, le fils de Nick Cave mourait. Tous les parents à qui cela est arrivé sont d'accord pour dire que c'est probablement la pire chose que l'on peut vivre. Une chose qui, en plus de marquer à vif, vous rattache pour le reste de votre existence à un moment précis. Nick Cave le décrit d'une fort belle manière, en disant que le temps est devenu élastique, un élastique qui le retiendrait à un enclos où il aurait terré cet événement à tout jamais, et bien qu’apparemment libre de vivre, d'avancer, il finirait toujours pas revenir à ce point.

Évidemment, on conçoit facilement la difficulté dans laquelle le maestro s'est retrouvé lors de la composition de ce Skeleton tree noir, cathartique et hanté. Il nous le dit clairement dans le film, si on peut croire que des événements de ce type peuvent être de réelles motivations et sources d'inspiration artistiques, il n'en est rien dans ce cas là. Au contraire, on rencontre un Nick Cave hagard, vieilli, fatigué, oubliant même certaines partitions, semblant perdu dans le lieu où il a toujours été le plus à l'aise : le studio. Troublant handicap pour quelqu'un qui avait ce syndrome de tout contrôler par le passé, production, composition, enregistrement, tournées.

C'est donc un renouveau total dans le processus créatif du dandy, qui pour une fois se laisse guider et prendre par la main par ses comparses et surtout par le désormais révélé génialissime Warren Ellis. On savait le musicien homme à tout faire, aussi bien derrière des machines, des violons, des guitares, créateur de textures ou de boucles en tous genres, il est désormais devenu producteur (Skeleton tree est le premier disque ou Nick Cave produit en partenariat avec quelqu'un depuis belle lurette) mais surtout l'épaule sur laquelle Cave peut se reposer. L'album semble s'être totalement composé autour de sessions de jam à deux ou Warren Ellis (appelé Waz dans son crew) imposait le rythme, divaguait dans ses ambiances orageuses (Jesus Alone, Magneto, Anthrocene) bidouillait des dizaines de câbles en laissant la place à Nick Cave pour sa seule et unique VOIX, et quelques notes de piano. Nick cave admet lui même qu'il ne sait pas trop pourquoi il a fait ce film, pourquoi il chante certaines couplets, il sait juste que son mode de fonctionnement a bien changé, et son exigence avec ses propres mots aussi. Un homme blessé, une voix bien différente, bien plus fragile (I need you est réellement éprouvante en terme de tonalité et de paroles), vieillie aussi, rappelant par moments la série des American recordings de Johny Cash.

Skeleton tree est la bouée de secours de Warren Ellis, tendue à son ami, pour lui permettre de continuer à faire ce pour quoi il est sur terre, de continuer à vivre ce pour quoi il a vécu, de continuer à dispenser son talent.Une bouée de secours riche en ambiances, souvent soniquement très proche d'une bande originale de film, voire de la scène ambiant par le peu de sonorité folk/rock que recèle le disque (en gros uniquement la fermeture, skeleton tree) mais qui atteint des sommets de réussite sur ce Anthrocene habité.

Bertrand

Artiste : Nick Cave and the bad seeds
Album : Skeleton tree
Sorti : Septembre 2016
Pour plus d'infos sur Nick cave

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