L'Homme Sauvage #3

Il  devient un rendez-vous incontournable dès les prémices de l’automne, le festival de l’homme sauvage reprenait pied, terre et racines ce 27 et 28 septembre dans les forêts d’Auzas. Sans un mot, on l’attend. Il revient s’installer au sommet de sa colline, entouré de ses bois, l’Homme Sauvage #3 resurgit au lieu-dit Las Coumètes, un beau nom pour cette rencontre au plus près de la terre.

Le festival promettait encore une fois une belle affiche pleine de surprises ! Des très bonnes avec les retrouvailles de plusieurs artistes déjà rencontrés et des meilleures encore avec la découverte de nouveaux venus. Encore une fois, c’est un enchantement de voir un programme avec des groupes de musique venus d’ici et de là bas, d’Europe et du Nouveau Monde, une sorte de petit tour du globe à sa manière, des voyageurs qui se retrouvent pour une même célébration.

Le ciel est grisâtre, loin d’être menaçant, plutôt réconfortant, un peu de fraîcheur l’accompagne, le temps se marie à merveille avec les débuts des notes de Camecrude. Arrivées au milieu du set, nous avons quand même pu profiter d’un spectacle étonnant. Le joueur de vielle à roue est accompagné de deux percussionnistes, la messe y gagne en force avec ses roulements tribaux ; la variété de sa performance est surprenante, entre des sessions mélodieuses et entêtantes et des revirements libres et chaotiques où le chant éructé surgit,  accompagné de l’instrument en roue libre. Une mise en scène étrange évolue pour agrémenter ce violent et fascinant tableau musical. Deux personnes sur scène, toutes voilées de noir, supportant de magnifiques et gigantesques andouillers. Statiques, elles encadrent la scène alors que dans la foule, deux autres personnages arborent d’immenses crânes en guise de plastron et couvrent d’un voile noir plusieurs membres du public.

La première pause est l’occasion de découvrir un peu plus les lieux, même si c’est essentiellement pour se diriger vers le bar et savourer la bière locale en priorité, c’est aussi pour retrouver le décorum. Des installations couvertes cette année, un espace aménagé où l’on rencontre de nouveau cet immense crâne d’oiseau, on y découvre aussi de nouvelles créations, crânes, bois, visages, signes, côtoyant la cahute du merch, Occulta est encore au rendez-vous avec encens et pendentifs. Plaisant de retrouver tout ceux qui participent à rendre l’atmosphère si spéciale et agréable. Est-il besoin d’ajouter qu’on y est si bien, à tel point que les deux groupes suivants Vouna et Lento auront droit à une oreille sans doute moins attentive, réduits à devenir l’ambiance musicale de l’endroit pour quelques temps. Vouna en premier lieu assure encore un beau spectacle avec ses quatres musiciennes, peaux de bêtes et visages peints. Le résultat, un fabuleux metal atmosphérique, envoûtant et chamanique, un beau moment qui nécessite de s’y abandonner.

Nous aurons simplement aperçu Lento sans pour autant véritablement les rater, de fait, il est tout simplement impossible de passer à côté de leur son lourd, sombre et puissant, il emplissait donnait du corps à l’atmosphère. Pas de chants ici, juste ces riffs de basses, entêtants, riches et agréables, une virtuosité claire s’en dégage, quoi de mieux pour savourer l’instant ? Lento fut le serviteur (et on les en remercie) de notre instant de repos  jusqu’à ce que nous rejoignons la scène pour observer une toute autre atmosphère avec Mohammad, duo pratiquant une musique atmosphérique au moyen d’instruments de leur cru, extrêmement curieux, qui commencent en douceur par de subtils variations pour finalement envahir l’espace. Après la puissance du groupe précédent, c’est un grand écart dans l’approche musicale, MMMΔ s’avance par petites touches pour intriguer et happer son auditoire, un chant aux accents religieux s’invite pour diluer encore plus leur musique émotionnelle. Mélancolique, apaisant, leur son ne s’éloigne pas de leurs prédécesseurs par l’esprit, expression d’une vanité sonore.

L’heure est au repas avant de plonger dans la vie nocturne, les feux s’allument, la forêt se transforme, c’est toujours jubilatoire de voir s’éveiller une autre vie la nuit. Nous n’avons pas bougé et tout a changé. C’est avec Monarch! que la nuit prend racine, le groupe n’est pas inconnu chez SuperFlux (https://superflux-webzine.fr/ecouter/monarch-never-forever) et il est plus qu’apprécié, une première rencontre pour ma part avec leur performance scénique avec un résultat un peu déstabilisant. Comme évoqué auparavant, Monarch! varie, Monarch! surprend, c’est le cas lors de cette soirée avec ces mélodies sombres, lentes et messianiques où le doom respire, exulte puis lorsqu’ils nous entraînent vers un espace de libertés énigmatiques, créations impénétrables, désorientant l’écoute. On y reconnaît sans conteste une formation aguerrie, expérimentée, la richesse des vocalises est un régal, l’instrumentation surprenante, notre rencontre fut nébuleuse, sans nous laisser de marbre assurément.

Si l’heure était à la contemplation élégiaque, absorbé par les mélodies et autres troubles musicaux , c’est un changement de programme avec Jess and the ancient ones ! Du pur rock psychédélique, énergie débordante, voix trépidante, vibrante. Le quator voix - guitare - basse - batterie fonctionne à merveille et emporte l’assemblée nocturne sur le terrain de la danse ensorcelante et du sabbat. Joyeusement et furieusement motivant, le groupe revigore le peuple de l’homme sauvage, un superbe passage endiablé, frénétique, orgiaque avant de dire au revoir.

Le lendemain se réveille et il est taquin. Tantôt, il se lance dans des petits vents rafraîchissants, tantôt, il brûle instantanément les paupières du spectateur embrumé. Il est beaucoup plus virevoltant que son alter ego “hier”, le reposant gris s’échappe du ciel, il se morcèle et Sol prend place pour les festivités. Festivités qu’on aura raté à cause du dessert (il y avait de la glace...), Orme ne fera dans cet article qu’une apparition vu que seules quelques notes lointaines auront été capturées. Trahi pour une sucrerie, quelle honte. Puis Lapis Niger entre en scène...et perturbe, le duo joue sur diverses sonorités électroniques et naturelles et invente ainsi une multitude d’ambiances, une musique de rituels, la variété traverse les époques et transcendent les lieux, on y sent l’antique. La création auditive est pourtant extrêmement moderne, un savant mélange toutefois très singulier en ce début d’après-midi, la nuit lui assurerait un écrin tout aussi honorable. Une bonne et douce entrée en matière avant le reste de la journée qui se présentera sous des auspices plus rudes, guerrières, profondes et vigoureuses.

C’est d’ailleurs ce qui arrive avec les retrouvailles de Witchthroat Serpent qui fait figure maintenant du groupe coutumier avec leur metal psychédélique rudement efficace. Est-il besoin de répéter que leur travail est rodé, impeccable et continue de ravir curieux comme amateurs ? Impossible de se lasser, leur son fonctionne si bien que leur retour est toujours un plaisir. L’énergie est là, le charme fonctionne encore, Witchthroat Serpent sait faire.

Sur une même lancée, on découvre Charnia, le metal se fait plus doom, il temporise. Chaque instrument y va de sa note, suggère une intention avant de plonger au fond et à fond, le rythme est calme, sombre, intense, le chanteur se dérobe à notre vue, exprime, éructe et partage ses hurlements intérieurs. Avec brio, Charnia parvient à enchaîner la violence sonore avec des épisodes vaporeux, flottants, une fluctuation auditive qui en fait une sorte d’apparition, ils ont dévoré le temps et disparaissent en un instant pour nous laisser encore sous le coup de leur performance. À l’origine, Messa, un groupe italien était prévu pour prendre la suite mais un accident fait que le groupe n’a pu malheureusement se déplacer. On apprend que Neønymus a gentiment accepté de prendre la relève. Surprises et exclamations de joie se font rapidement entendre. Il semblerait que le personnage soit connu et par la populace espagnole fort présente au festival et par ceux qui avait déjà assisté à son excellente prestation au premier rendez-vous de l’Homme Sauvage. Cette rencontre là pourrait très bien se passer de mots. Du rire, des larmes, Neønymus a encore une fois tout simplement conquis son auditoire au son de sa musique préhistorique, de ses contes et légendes, ses interventions aimables et sa passion communicative. Sa musique a tout simplement reçu une magnifique ovation et l’homme en était véritablement ému. Percussions, chants, jeux sonores, le barde hypnotise par son inventivité, sa force créatrice et sa simplicité. Une rencontre toujours merveilleuse, une connexion fabuleuse avec cette celebracíon de la tierra.

Dernier voyage musical avec le trio suédois de Saturnalia Temple. La nuit est profonde, omniprésente, ils se fondent dans ce décor crépusculaire avec leur doom lourd, puissant, parfois même poisseux. La formation offre une expérience entre l’expression brutale et le cérémonial sombre, on se laisse bercer comme on se fait remuer avec cette belle conclusion ténébreuse donnant le ton à cette dernière journée sous le signe du rituel musical. Et de rituel, il en question. Dorénavant, on ne peut imaginer le festival sans son rite du feu, le temps de se poser, d’observer, distinguer les alentours, hommes et femmes échangeant autour de brasiers ou s’aventurant dans la nuit frissonnante, accoudés à l’indispensable bar ou accroupis sur une botte de foin, on attend l’événement. La rencontre entre la lumière et l’obscurité, la chaleur et le frimas. Un cercle s’est déjà constitué, patientant jusqu’à l’arrivée prochaine des brandons. Le moment est à chaque fois magique, peu de mots, un silence s’installe le temps des premières flammes, quelques blagues fusent et en quelques secondes, on passe de l’humidité nocturne à la lumière brûlante et bienfaitrice (mais on recule d’un pas quand même, il fait vraiment chaud). À chaque fois, le feu surprend par sa richesse, ses couleurs bigarrées, ses mouvements surréalistes, ses changements d’humeur, un beau moment que chacun apprécie à sa convenance, sans rien dire, en fraternisant, immortalisant l’instant sur un appareil ou le gravant dans son esprit.

La rencontre avec l’homme sauvage s’achève et on aimerait déjà le retrouver.

L’organisation, les bénévoles ont assuré encore une fois une merveilleuse rencontre en proposant un milieu ouvert, amical et libre. Tous nos remerciements pour la qualité des produits, l’Homme Sauvage est un festival où l’on mange et l’on boit bien, c’est toujours bon de le répéter. Et un grand merci en particulier à Robin Levet, le photographe, qui a bien aimablement accepté qu’on utilise ses photos pour illustrer l’article. Comme ça, vous n’avez même pas besoin de lire et vous pouvez vous contenter d’ admirer son travail et si vous voulez continuer, faites un petit tour sur sa page : https://www.facebook.com/robin.levet.1

Yoann

Le site du festival :
https://www.hommesauvage.net/

Les artistes :
Camecrude : https://www.facebook.com/camecrude.official/
Vouna : https://vouna.bandcamp.com/
Lento : https://lento.bandcamp.com/
MMMΔ (Mohammad) : http://www.mmmd.eu/index.html
Monarch! : https://www.facebook.com/MonarchUberAlles/
Jess and the ancient ones : https://www.facebook.com/jessandtheancientones
Orme : https://www.facebook.com/orme.band
Lapis Niger : https://www.facebook.com/lapisniger616/
Witchthroat Serpent : https://witchthroatserpent.bandcamp.com/
Charnia : https://charnia.bandcamp.com/
Neønymus : https://neonymus.com/es/musica/
Saturnalia Temple : https://www.facebook.com/saturnaliatemple

Le Photographe :
https://www.facebook.com/robin.levet.1

Les créateurs :

https://www.facebook.com/occvlta.crafts
https://aurignacbrewery.com/

 

 

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