High-Rise, la Bande Originale de Clint Mansell

Clint Mansell est singulier dans l'univers très fermé de la musique de film, en partie de par son parcours atypique. Ancien leader du groupe indie-rock Pop Will Eat Itself jusqu'à sa fin en 1996, ami de Trent Reznor, il a développé au travers d'une filmographie très sélective un univers personnel, dont la part la plus connue reste ses collaborations  avec Darren Aronowski. Tout le monde se souvient du succès phénoménal de l'album Requiem for a dream  avec son tube, Lux Ǽterna, devenu depuis l'une des tartes à la crème du jeux vidéo et de la publicité. Mélodies claires et reconnaissables, arrangements accrocheurs, Mansell ramène la musique orchestrale à une forme de simplicité pop qui se démarque sans problème du Mickey-Mousing lénifiant et autre abominations à la X-Ray dog qui polluent chaque jour nos écrans de cinéma et de télévision. Il admet d'ailleurs lui-même son détachement complet de ce milieu, lui qui revendique comme seules références dans le domaine Bernard Hermann, John Carpenter et les expérimentations bruitistes de Eraserhead. Un programme qui annonce directement l'univers de High-Rise, projet d'emblée fait pour lui (vous pouvez lire notre chronique du film par ici)

 « J'ai grandi dans les Midlands de l'ouest de l'Angleterre dans les années 70, où les buildings comme la rotonde de Birmingham créaient une ambiance morne de futur dystopique. Si vous ajoutiez à cela les collages cut-ups de Linder Sterling, une BO faite des albums Low de David Bowie, The scream de Siouxsie and the Banshees et Unknown pleasures de Joy Division, il était impossible de ne pas nous sentir les enfants de J.G. Ballard et du docteur Robert Laing ».

 Fan du roman original (notre chronique du livre est par là), Mansell compose une musique d'une richesse et d'une sophistication extrême qui mêle néo-classique, ambient électronique et influences rock dans un patchwork savoureux. Critical Mass inaugure l'album avec son thème de cordes grandiloquent, illustrant sur un mode sarcastique le gigantisme de l'architecture ainsi que l'esprit décadent de ses créateurs, vite sabré par une nappe synthétique sourde qui en révèle la part d'ombre. Silent Corridors relève lui aussi de cette ambiance anxiogène, avec sa mélodie morriconienne au sifflet, insinueuse et perverse. La tension monte d'un cran avec Danger in the Streets of the Sky, qui reflète plus l'aspect guerrier et sauvage du film, tout en montées lancinantes et motifs percussifs puissants. De ces trois axes principaux, le score tire une multitude de variations qui sont autant de confrontations, comme s'affrontent le trois classes sociales symbolisés par des univers stylistiques très marqués. Mansell a, semble-t-il, retenu les leçons de tout un courant rock progressif des seventies, dont l'influence se fait également sentir dans une gamme de sons vintage (orgue Hammond B-3, synthétiseur ARP, sans parler de l'incontournable Mellotron et de ses samples de flûtes...) reproduits par ordinateur et qui participent du côté rétro futuriste de High-Rise. C'est donc avec un sens de la construction et un humour très british que l'album amorce un crescendo qui culmine avec l'étonnant A Royal Flying School et son solo de batterie qu'on croirait sorti d'un inédit de CAN. Orné d'un digipack CD au graphisme superbe, l'album pourra surprendre par son foisonnement et sa flamboyance ceux qui attendaient des épures minimales à la Howard Shore. Il est pourtant totalement à l'image du film qu'il illustre, délirant, coloré et ouvrant de belles échappées vers le ciel. 

Sébastien

 

High-Rise
Bande Originale de Clint Mansell

 

Twitter icon
Facebook icon
Google icon
Pinterest icon
Reddit icon