Cliff Martinez - The Neon Demon OST

Autant que du film dont il est issu, nous étions nombreux à attendre avec impatience le score de Cliff Martinez pour le dernier Nicolas Winding Refn. Depuis sa fructueuse collaboration avec Steven Soderbergh (pour des scores parfois meilleurs que les films qu'ils illustraient) mais surtout après le carton planétaire de Drive, Martinez a réussi le tour de force de s'imposer à la fois comme une véritable star de la musique de film mais aussi comme une figure incontournable de l'ambient actuelle. Pas un mince exploit quand on connaît la relative confidentialité des genres précités, autant que leurs ventes relativement faibles. Peut-être conscient de ce statut privilégié, le musicien a peaufiné son art pour nous livrer ici une sorte d'album parfait, une quintessence de sa musique électronique sensuelle et élégante.

Car Martinez, c'est avant tout un son, reconnaissable entre mille. Une profondeur. Et aussi un constat : de tous les disciples de Brian Eno, seul celui qui fut l'ancien batteur des Red Hot Chili Peppers peut se targuer d'avoir su retrouver l'alchimie sonore, particulièrement celle, sombre, grandiose et cosmique, de sa période 1982-84 où l'ex-Roxy music, collaborant avec Daniel Lanois et Roger Eno, bâtissait de véritables space opéras minimalistes (l'album Apollo – Atmosphere and Soundtracks et le Prophecy Theme de Dune, entre autres...). Une impression de flottaison, d'apesanteur qu'une bonne partie de l'ambient contemporaine tente d'approcher sans jamais l'atteindre, et qui là trouve son point de perfection. Autre influence évidente : le Tangerine Dream de la période Thief, américaine, urbaine et métallique, dont le film Le Solitaire de Michael Mann irrigue le cinéma de Winding Refn depuis Drive. Là encore, on reconnaît ces arpégiateurs limpides, ces nappes de string-synth froides et transparentes évoquant si bien les lumières de Los Angeles. Un retour aux années 80 ? Totalement, aussi bien dans le son que dans l'image, mais avec quelle maitrise. Du coup, après un Main Theme puissant et hypnotique, le score proprement dit s'écoute d'une seule traite, mais dans des conditions d'audition forcément idéales, afin de pouvoir apprécier pleinement le travail incroyable sur les infrabasses, ces réverbérations et delays qui semblent s'étirer à l'infini, ces blips quasi imperceptibles, ce travail d'architecture électronique d'une sophistication extrême, d'une stupéfiante technicité. Du très grand art. Les trois autres morceaux présents sur l'album apportent le nécessaire contrepoint à cette immersion quasi aquatique. Le pop-rock Mine de Sweet Tempest apporte un côté décadent et sexy bienvenu. Autre bonne surprise : le Demon Dance de Julian Winding, pièce d'électro menaçante, tendue comme un ciel d'orage, qui souligne l'aspect horrifique du film par ailleurs peu perceptible sur le reste du disque. En revanche et de manière totalement subjective, nous n'aimons guère le Waving Goodbye de Sia, le R'n'b en général (et l'auto-tune en particulier) ayant toujours été notre pire cauchemar, dont nous laissons l'appréciation à des auditeurs plus amateurs. Si l'on fait abstraction d'un emballage CD plutôt chiche (le packaging vinyle étant, quant à lui, beaucoup plus luxueux), The Neon Demon est donc une événement dans le domaine peu reconnu de la musique de film, un album qui fera date.

Sébastien

Artiste: Cliff martinez
Album: The neon demon OST
Sorti été 2016

 

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