Chien-Lune et l'organe du son

Face-à-face de deux créatures hors-normes : d'un côté, un compositeur à cornes et à longue barbe, faux clochard new-yorkais et vrai génie visionnaire, hybridant tout ce que la musique offre de délicieux, des motets médiévaux jusqu'au minimalisme bruitiste. De l'autre, une délicate machinerie quasi-contemporaine, insecte mécanique épinglé au mur de l'église-musée des Augustins. L'orgue fabriqué en 1981 par Jürgen Ahrend accueille sur ses élytres déployés les mélodies nocturnes de Moondog. La première partie du concert bâtie sur l'album "A new sound for an old instrument" fait d'emblée entendre la modernité de l'instrument qui unit l'organicité du son produit par l'air comprimé, et le polymorphisme sonore qui en fait un orchestre à lui tout seul ; le concert s'ouvre sur Oasis, et se poursuit dans un léger désordre au sein duquel nous guide A. Cornut, précieux fil d'Ariane (à retrouver tout au long de cette "année Moondog"). Les boucles hypnotiques, les vibrations dronoïdes nous rappellent donc que l'orgue est un outil vivant, animé d'un souffle archaïque, mais aussi que tout clavier est percussif, et peut propulser le choc du son avant de lancer sa vibration. Ce "Nouveau son pour un vieil instrument " occupe tout le volume offert par la voûte de l'église, et propulse sa modernité sans craindre la solennité des lieux. 

La deuxième partie fait dialoguer Moondog avec John Bull, François Roberday et Jehan Alain ; "Sax Pax for a Sax" erre un peu jusqu'au Bird's lament final qui réveille la radicalité de l'oeuvre et de l'instrument, au cas où on continuerait de croire que l'orgue est un vieil instrument pour vieux répertoire destiné à de vieilles oreilles.

Titre : Toulouse les orgues X Saison Moondog
Rubrique : il faut y aller !!!! ; merci Amaury...

Anna

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