Un voyage au pays de l'extrême (et au pas de course...)

Un voyage au pays de l'extrême (et au pas de course...)

Désormais presque printanier, le festival Extrême Cinéma fait de la cinémathèque un lieu de perdition source de délicieux frissons. Résumé  au galop d'une semaine effroyable.

Jour un vendredi 9 février 2018 21:00  L'Invincible Spaventa, Max Obal, 1928 
Ciné-concert avec Patrick + Kragg.
Une "Opening Night" virevoltante aux sons d'un synthé analogique, d'un Korg et d'une bonne vieille  batterie. Frénétique et noir quand il le faut. Nappé, lyrique et violonnesque quand il le faut aussi. Fanfare pour accompagner le cirque et son grand numéro de trapèze, Spaventa oscillant frénétiquement dans une boule métallique coiffée de rubans voltigeants.

L'héroïne à ses côtés est une trapéziste aux yeux clairs et aux boucles mousseuses. Leur mariage toujours retardé crée une érotique du délai et donne au film son rythme frénétique. On attend que la boule explose en sachant qu'à la dernière seconde Spaventa se libèrera de ses chaînes ; on attend que le registre de mariage soit signé ; on attend que la jeune fille tombe de la corde suspendue au-dessus des gorges vertigineuses au fond desquelles coule la rivière ; érotiques aussi, le bandit ficelé façon bondage, et bien sûr l'échelle de filles, et la voltige de gouttière en gouttière.
L'intrigue est minimale – Spaventa est faussement accusé d'un vol de bijoux et doit échapper à la police et, pour cela, se rendre maître des vrais auteurs du crime, mais le montage ultra-cut, les plans magnifiques et un enjeu politique certain (le public installé autour de la piste de cirque notamment offre un vrai regard sur les classes sociales) inscrivent le film dans une modernité saisissante. Un bon début, donc !

Jour deux dimanche 11 février 2018 18:00 La femme-bourreau, Jean-Denis Bonan, 1968 
Un A bout de souffle qui aurait réussi : la  photographie superbe montre en noir et blanc Paris en 68, très loin de l'actualité cependant.

 Les actrices sublimes, le comique (hilarant préfet de police hystérique se déplaçant en béquilles), l'onirisme érotique magnifient la traque d'un tueur psychopathe et poignant. Les chansonnettes de Daniel Laloux accompagnent à merveille ce portrait d'une époque et d'un personnage. Passionnant.

Jour trois lundi 12 février 2018 21 heures Invasion Los Angeles (They live), John Carpenter, 1988 
Culte. Un héros marqué par l'acné, difformes de muscles aux hormones découvre un complot extra-terrestre et une organisation de résistance abritée dans une église au sein d'un quartier misérable. 

Un précheur aveugle, des drones de surveillance, la télé – particulièrement le " channel 54", une traîtresse aux yeux très très bleus, un chef de chantier corrompu, un bidonville qui place le début du film dans la lignée du western ("je crois au rêve américain", dit le héros, avant d'avoir bien compris ce qui se passe), une bagarre interminable pour mettre des lunettes de soleil qui révèlent le monde (scène cultissime des messages sordides cachés sous les slogans publicitaires), un humour très '80. Une (vraiment) très belle fin. Et en plus, c'est une copie 35 mm. La classe.

Jour quatre mercredi 14 février 2018 19 heures Dementia, John Parker, 1955 

Un noir et blanc tendance La soif du mal . Un gros type mange du fried chicken et finit amputé d'une main écrabouillé sur un trottoir. Un gros plan sur un tiroir ouvert avec une main coupée à l'intérieur, un cauchemar freudien dans lequel maman mange des chocolats alanguie sur un canapé sous le regard d'un papa brutal et alcoolique. Une "flower girl" on ne peut plus poétique. Très belle dérive dans les cauchemars d'une brune dessalée.

Jour 5 samedi 17 février 2018 19 heures Animal Factory 2000 
J'ai loupé hier non seulement Brigitte Lahaye, mais aussi l'intervention musclée d'un groupuscule d'activistes anti-pornographie. Zut!
Rattrapage avec cette adaptation du roman éponyme d'Edward Bunker. Anthony Heggarty d'Anthony and the Johnsons, sans les Johnsons, chante sur scène devant les tough guys sarcastiques ; il se tortille au son d'un accordéon dans une chemise qui le boudine un peu. Il shoe gaze et on pense à Johnny Cash à Folsom. Mickey Rourke en Folle de la Cellule est magnifique avec ses cils interminables et un improbable soutien-gorge rouge porté n'importe comment -et les ongles peints en vert. Willem Dafoe, muscles et visage osseux, irrésistible, invincible héros carcéral. Tensions raciales, caïds terrifiants (performance impressionnante évidemment de Dany Trejo) prise de pouvoir du peuple de l'ombre, évasion dans un camion poubelle, featuring furtif mais marquant d' Edward Bunker lui même.Belles images entre Wiseman et Orange is the new black. Bref, il faut lire les bouquins de Bunker.
Pas le courage d'aller à la nuit de l'extrême, mais on a la force de pousser jusqu'aux Pavillons sauvages pour une soirée ambiant à base de drone et de Theremin. Un bon nettoyage d'oreilles, assez extrême quand on y pense...

Anna

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