The Square de Ruben Östlund

Géométrie plane : The Square, un carré plutôt plan-plan.

The Square colle trop bien à son titre. Carré à la symétrie parfaite, aux angles mortellement droits affirmant sans nuance l'égalité de ses côtés, le film manque sa cible : vendu comme une satire féroce du milieu de l'art contemporain, il se fourvoie dans la facilité d'une dénonciation convenue. Soit un pays : la Suède, icône de l'Europe du Nord cossue, proprette, réglant au cordeau les rapports humains grâce à un art certain du mobilier design ; des lignes droites, une lumière froide et néanmoins sublime, un monde beige gris et blanc peuplé de gens insupportablement polis et respectueux. Bref, la géométrie faite monde. Le héros du film évolue comme un poisson dans l'eau dans cet univers : directeur d'un musée d'art contemporain, costar bien coupé et lunettes rouges, il navigue à vue entre actionnaires richissimes et gâteux, artistes prétentieux et autocentrés – mention spéciale au plasticien taillé en athlète et ayant adopté le pyjama comme unique vêtement (si, si, avec une belle veste pour réchauffer la tenue, ça a de la gueule, promis...), stagiaires ultra-cools, et conseillers en communication insuppportables de bêtise et de vulgarité – mention spéciale à la conversation hair-do dans l'ascenseur.

Tout ce petit monde suit des trajectoires déterminées : son ascension professionnelle le promène d' appartements king-size en bureaux aseptisés sans le moindre heurt, jusqu'à un certain point du moins – so far so good comme on dit. Sûr de lui et manipulateur, Christian, porté par son nouveau projet d'exposition – The Square, on vous laisse découvrir le concept, c'est savoureux – arpente d'un pas vif les rues pavées (et très très propres) de la ville, lorsque le monde vient se rappeler à lui en le heurtant, justement : pris à parti par un homme énervé, croyant sauver une femme en panique, il se fait détrousser comme au coin d'un bois. Plus de smartphone hors de prix, plus de portefeuille et plus de boutons de manchettes : un drame de la misère, donc. Et c'est là que tout commence. Contre toute attente, et sur les conseils avisés d'un de ses collaborateurs, Christian se lance dans une quête quasi-mystique : récupérer ce qu'on lui a volé et pour cela explorer couloirs et escaliers d'un immeuble situé – horreur ! dans un quartier populaire. Il croisera dans son parcours une mendiante roumaine grincheuse et malpolie, un petit garçon râblé et intraitable, et des voyous agressifs, mais trop confiants...

La mise en parallèle des deux mondes crée un malaise persistant : entre bons sentiments et ironie facile, la perfection formelle de l'image laisse peu de place à l'oeil du spectateur. On s'autorise cependant quelques moments régalants : Elisabeth Moss en critique d'art un peu éparpillée écrase toute médiocrité ; son visage irradie de pure intelligence, et fait d'elle la seule oeuvre d'art incontestable du film – mention spéciale à une scène de badinage amoureux sur fond blanc , et il arrive qu'on rien de bon coeur devant des situations grotesques. Mais très vite la lourdeur de cette géométrie démonstrative nous happe, et même l'irruption d'un homme-gorille dans un dîner-performance ne tient pas sa promesse de transgressivité : n'est pas punk qui veut, comme on dit à Cannes...

Anna

Titre : The Square
Réalisateur : Ruben Östlund
Date de sortie : 18/10/2017
Genre : carré plutôt plan-plan, palme d'or pas si punk, comédie satyrique presque trangressive 

 

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