Retour sur le festival Sign’Ô

Retour sur le festival Sign’Ô : carte blanche à ACT’S au théâtre du Grand Rond.
Fraternelles, par la compagnie Danse des signes.

Le jeudi 29 septembre, à 21h, au théâtre du Grand Rond, la compagnie Danse en signes présentait sa dernière création ; Fraternelles. Sur le plateau, Lucie Lataste et Emilie Rigaud. Dans les oreilles, Marie Dompnier et Corinne Mariotto. Et puis sous les yeux, dix portraits de femmes. Dix corps que nul ne pouvait réduire au silence. Dix voix qui dansent encore dans nos esprits pour une envie : l’égalité et la fraternité, au-delà des genres, des mots et des lieux. Vous l’aurez compris, voici un retour on-ne-peut-plus-subjectif de ce que j’ai vu ce soir-là, à savoir un instant toujours suspendu depuis presque un mois dans ma tête ; un petit bout de quelque chose que je fredonne et qui me revient comme une douce rengaine ; un truc qui m’a chamboulé sans me maltraiter, et je crois que j’en redemande…

Histoire de vous situer un peu les choses… La compagnie Danse des Signes est née il y a un peu moins d’une dizaine d’années, et propose un art au carrefour de la danse, du théâtre et de la langue des signes. Parmi ses missions ; sensibiliser le public à la culture sourde, et rappeler que la LSF (Langue des Signes Française) est une langue à part entière, porteuse de nuances et de poésie. Depuis leur première pièce silencieuse en 2011 (Les Survivants de Boris Vian) jusqu’à aujourd’hui avec leur dernière création Fraternelles, la compagnie interroge le processus de création alliant texte, danse et signes, développant ainsi – au-delà du bilinguisme – de nouvelles formes artistiques.

A présent, le vif du sujet… Fraternelles, c’est une histoire de femmes. Ou plutôt devrais-je dire des histoires de femmes. Car, s’il est évident que le genre féminin, sa condition et son rang en sont clairement le sujet, les hommes sont tout autant appelés à voir, à découvrir, et à aimer cette pièce. Il ne s’agit pas d’un manifeste féministe cherchant à prouver la supériorité de la femme sur l’homme, bien au contraire. C’est une invitation à l’union – sans distinction sexuelle, sociale ou culturelle –, via le portrait de dix femmes ayant eu le courage de s’élever contre des lois et des préjugés bafouant les libertés individuelles et l’humanité. Ainsi, au travers des mots et des actes d’Olympe de Gouges, d’Helen Keller, de Simone Veil, de Coco Chanel, de Nina Simone, ou encore de Malala Yousafzai, nous sommes invités à honorer ces individus dont le but n’a jamais été que le droit à Être et à Vivre.

La scénographie et la mise en scène de la pièce sont simples, et tant mieux ! (Il aurait été absurde qu’un tel projet et qu’un tel message soient portés par une dialectique trop zélée.) Deux corps sur scène, des cadres suspendus qui trouvent chacun leur utilité dans le déroulement de la pièce et un écran côté cour dévoilant le portrait de la femme évoquée par la danse et/ou le jeu des comédiennes. Les figures s’enchaînent naturellement, sans tomber dans le piège de l’inventaire ou du cours magistral. Aucun nom n’est donné, ni aucune indication géographique ou historique. Nous nous laissons guider et observons des instants-pivots dans la vie des protagonistes que l’on nous donne à voir, parfois sans être sûr(e) d’avoir reconnu celle qui nous est présentée. Mais là encore, je dirai tant mieux ! (Ndlr : pour les plus joueurs d’entre vous, je vous rassure ; les comédiennes donnent à la fin du spectacle une carte sur laquelle les dix femmes évoquées sont répertoriées et succinctement présentées.) Tant mieux, car l’important n’est pas le nom, mais l’acte. Comme ça n’est pas non plus la langue qui est décisive, mais le message. Et ici, le message, c’est un grand cri d’amour, une vague d’énergies positives qui déferle sur tout le corps. Et ça fait briller les yeux. Et ça donne envie de mordre la vie. Et de sourire aussi, et ça, à tout bout de champ ! Et ça vous remplit « du silence assourdissant d’aimer » (Louis Aragon). Alors s’il fallait que je conclue en un mot cette longue déclaration d’amour, je choisirais Merci. Merci à la compagnie Danse des signes de faire ce qu’elle fait. Merci au théâtre du Grand Rond pour l’intelligence de sa programmation. Merci à celles et ceux qui se lèvent chaque matin en se demandant comment rendre la vie plus douce. Merci à toi pour ta curiosité et ta lecture.

Mathilde

 

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