Mektoub My Love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche

Une scène inaugurale magistrale d'authenticité, de pureté, sans effets, dans laquelle les deux corps de Tony et Ophélie effleurent l'extase. Voilà l'ouverture de "Mekhtoub" : charnelle, douce. Les surfaces des corps vont peu à peu envahir l'espace de la caméra jusqu'à ne plus laisser aucune pour quelque intrigue.
Au coeur de l'été 1994, Marrakech se laisse caressée par l'oeil de Kechiche. Marrakech, Abdelachiche te kiffe !
Le réalisateur semble lécher les plans qui composent les 180 minutes de ce film qui s'apparente à une rêverie, où l'on se perd de qui est le regardeur, qui est le regardé, tant Kechiche se délecte de tous ces corps lascifs, langoureux, languides.
Il parait qu'il faut trois choses pour faire un film : un scénario, un scénario et un scénario. Flirtant avec le plan fixe parce que obnubilé par les corps et l'improbabilité d'un documentaire, le chant un de Mekhtoub trouble autant qu'il ennuie, fascine autant qu'il questionne. Des adolescents en pleine reconquête estivale, palpée et enivrée du soir aux premières lueurs du jour, brossent le tableau d'une ville méditerranéenne façonnée par le désir, le plaisir dans lesquels s'immiscent une vulgarité teintée de vouloir faire vrai. Abdelatif Kechiche aime filmer ces corps de femmes imparfaits et magnifiques et nous tend quoi ? Un miroir délicieusement suranné des années 1990 comme une promesse d'Éden voluptueux ? Une carte du Tendre à l'encre de l'érotisme ?
L'un des personnages féminins secondaires résume l'esprit du film : "Moi, je profite de tous les plaisirs qu'offre la vie : L'alcool, les filles et les garçons".

Elise
chezliseron.com

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