Carnage de Tony Maylam

Curieusement mal desservi par le marché DVD en France, le Slasher movie des années 80 (celui de l'ère pré-Scream, donc) débarque en force chez nous avec un de ses titres phares emballé dans une belle édition collector. Retour sur un début de décennie bénie où les succès consécutifs de Halloween et de Vendredi 13 engendrent une déferlante de copies. La seul année 1981 voit en effet les sorties de Halloween 2, Happy birthday – souhaitez ne pas être invité, Massacre dans le train fantôme, Meurtres à la Saint Valentin, Terreur à l'hôpital central, Graduation day, Le tueur du vendredi, Les yeux de la terreur... Pour la plupart, de bons films d'exploitations sans prétention, dont la principale motivation est d'aligner le cahier des charges du genre : des meurtres à l'arme blanche, du sexe (un peu) et du gore (parfois). Après Michael Myers et Jason Vorhees, place donc à un des boogeymen les plus iconiques de son époque, l'incontournable et pourtant un peu oublié Cropsy, le grand brûlé à la paire de cisailles.

Carnage (The burning en VO) est en effet l'un des classiques absolus du Slasher, dont la réussite tient avant tout à la somme de talents qui s'y trouvent réunis. Première production de Bob et Harvey Weinstein, fondateurs de Miramax, le projet n'est au départ qu'un simple décalque de Vendredi 13, nanti du même niveau de budget, un peu moins d'un million de dollars. Le réalisateur vient du film musical (Genesis in concert) et du documentaire (White Rock, consacré au jeux olympiques d'hiver à Innsbrück) et aborde ici sa seconde fiction. Un choix judicieux puisque le film demeure un des mieux filmés de son époque, Maylam investissant au mieux le décor champêtre dont il dispose, usant d'une photographie naturaliste et brute rappelant son illustre modèle. Le scénario de Bob Weinstein, quant à lui, emprunte le nom de son tueur à Cropsey, sobriquet d'un authentique tueur en série qui sévit dans les années 70 dans la région de Staten Island (et auquel Madman, autre slasher de l'année fait également référence). Atrocement défiguré par une mauvaise blague qui a mal tourné, un sadique moniteur de colonie de vacances se venge en éliminant tous les ados libidineux venus balancer des capotes usées près de sa rivière. Armé de son outil de jardinage préféré, il transforme une ballade en canoë un bain de sang.

On retrouve au casting l'habituelle brochette de petits jeunes qui en veulent (Jason Alexander, Fisher Stevens et une Holly Hunter à peine visible). Mais la vraie star du film, c'est Tom Savini. Consacré maître des effets spéciaux après Maniac, ce dernier trouve dans le Slasher le terrain idéal pour ses créations, dont il co-réalise parfois officieusement les séquences. Avec Cauchemars à Daytona beach et Rosemary's killer, deux autres de ses collaborations, Carnage peut ainsi se targuer d'être l'un des plus gore du genre, nous offrant un véritable festival : doigts coupés, gorges transpercées, empalement sur un arbre, du grand art. Autre réussite signée Savini, le maquillage de Cropsy, conçu d'après d'abominables photos médicales de brûlures, qui donne au personnage un visage fondu assez terrifiant. Au montage, Jack Sholder, futur réalisateur de Dément et de La revanche de Freddy, confère un rythme indéniable. Autre apport dû à Maylam, le musicien Rick Wakeman, ex-clavier du groupe progressif Yes, déjà compositeur de la BO de White rock, et qui livre ici un score synthétique impeccable soutenant parfaitement l'ensemble. Pas loin du sans-faute, Carnage se déroule sans temps mort (chose rare) et s'impose comme un incontournable du genre. Cette édition combo DVD / Blu Ray, propose des bonus américains sympathiques sans être transcendants et un livret signé Marc Toullec revenant sur la genèse du film. Une bonne initiative, donc, qui fait espérer d'autres ressorties de titres comme Massacre au camp d'été, The house on sorority row et bien d'autres encore. On peut toujours rêver.

Sébastien

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