Blair Witch de Adam Wingard

Dix-sept ans déjà. Dix-sept ans depuis qu'un petit film tourné au caméscope par de parfaits inconnus a révolutionné l'histoire du cinéma d'horreur. On s'ennuyait ferme en 1999 lorsque sortit sur les écrans Le projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, vendu comme un authentique document retrouvé après la disparition d'un groupe d'étudiants au cours d'un reportage sur la sorcellerie. En reprenant le procédé inauguré en 1980 par Cannibal holocaust, les deux réalisateurs avaient divisé le public et la critique, les uns criant au génie, les autres à la supercherie pure et simple. Toujours est-il que ce qui n'aurait pu rester qu'un simple one shot a engendré un authentique sous-genre, le Found Footage, terme désignant toute forme de film tourné en caméra subjective censé constituer l'enregistrement réel d'un événement mystérieux ou horrifique. Après des centaines de titres au compteur dont beaucoup de dispensables et un effet de mode éventé depuis belle lurette, qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Blair Witch de Adam Wingard, en tentant de revenir à la source du mythe, aurait pu peut-être constituer une réponse intéressante, voire même apporter un second souffle à une saga qui en avait bien besoin. En tout cas, en tant que fans assumés de la première heure de l'original, on voulait y croire.

Eh ben, on s'est trompé. Une fois de plus. Sur-vendu dans les festivals, précédé d'une campagne promo ultra racoleuse vantant la « sincérité » du fanboy Alan Wingard (déjà exercé au genre, il est vrai, avec les deux segments des sympathiques V/H/S 1 et 2), ce Blair Witch n'est à l'arrivée qu'un pétard mouillé, un film de studio sans âme tout entier dévoué aux effets les plus débilitants et putassiers de la production contemporaine. Résumons le pitch : suite à la diffusion en ligne d'une vidéo tournée dans la forêt de Black Hills, James croit apercevoir sa sœur Heather (l'héroïne du premier, donc) disparue, et part aussitôt à sa recherche avec sa bande d'amis ainsi que le couple bizarre qui aurait retrouvé l'objet. Passé ce point de départ, Blair Witch est en fait un remake déguisé qui reprend dans l'ordre tous les passages obligés de l'original. Nos joyeux lurons plantent la tente, puis découvrent au réveil des objets vaudou pendus aux branches, alors il s'engueulent, se remettent à marcher avant de s'apercevoir qu'ils tournent en rond, entendent des bruits puis se font attaquer par des trucs, avant de découvrir, ô surprise, la vieille baraque dont la légende raconte que... etc, etc. Wingard avait, après tout, parfaitement le droit de choisir cette option du reboot 2.0 qui aurait pu, avec plus de subtilité, approfondir certains enjeux narratifs. Le problème, c'est qu'il balance au passage, et pas de manière très fine, tout ce qui faisait la saveur de l'original, à savoir son aspect documentaire. Ici, au contraire, on a affaire à un roller coaster dégénéré et hystérique avec un jump scare toutes les trente secondes (ah, ces personnages qui passent tout le film à se JETER les uns sur les autres sans prévenir...) souligné par un sound design ronge-tête (il faudra un jour expliquer à Wingard qu'un film prétendu tourné au caméscope ne comporte pas d'effets THX mais bon...) avec percussions à la con et autres grondements sans queue ni tête, le tout garanti 100% calibré pour les « djeun's » des multiplexes, incapables de supporter la moindre seconde de silence ou de réflexion. Et tout le reste est dans cette lignée de surenchère : les tentes s'envolent, les arbres s'effondrent, la maison produit des éclairs comme à la foire de trône, etc. On arrive encore à repêcher quelques idées valables dans ce brouet, mais sans la tension narrative nécessaire à l'exercice (on se contrefout très vite de l'histoire de la sorcière de Blair, sur laquelle était basée toute la mythologie des films précédents), elles perdent toute validité, comme celle de l'utilisation de drone téléguidé qui n'aboutit au final à rien. Ni fait ni à faire, vulgaire au dernier degré. Et le Found Footage dans tout ça ? Enterré profondément dans le sable, sans doute définitivement. En 1999, Le projet Blair Witch, avec deux simples caméras portées et aucun effet spécial, offrait une passionnante proposition sur le point de vue et le hors champ. En 2016, ce machin pixellisé signe l'arrêt de mort d'un genre peut-être déjà épuisé, mais qui n'en méritait pas tant.

Sébastien

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