Un dimanche en Terres d'Ailleurs

 

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Du 23 au 27 Novembre se déroulait la 8ème édition du festival Terres d'Ailleurs qui prenait encore une fois ses quartiers au très beau Muséum de Toulouse.
Durant cette petite semaine, le festival proposait un vaste programme de projections, rencontres, débats et ateliers autour du thème choisi cette année : les explorations scientifiques. Des évènements pour les petits comme pour les grands où les supports se croisent. Terres d'Ailleurs est un festival de découverte avant tout, l'accent est mis sur le livre en compagnie de films documentaires, photographies, illustrations et tout un tas de spécialistes pour vous accompagner et faire découvrir leurs univers, la science et le monde !

Quelques mots pour planter le décor, brève présentation d'un florilège que j'ai seulement touché du doigt, profitant d'une journée dominicale en terres d'ailleurs.

 

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Si vous voyez le hall d'entrée du Muséum de Toulouse, tant mieux pour vous car c'est ici que l'essentiel se passe, si vous ne voyez pas parce que vous ne connaissez pas le Muséum et bien je ne peux que vous conseiller d'y faire un tour ! En l'air, vous y verrez un Ptérodactyle qui n'a même plus la peau sur les os, au milieu, un pachyderme qui n'a plus rien à dire pour sa défense et depuis quelques temps, vous pouvez même dire bonjour à Twiga, girafe fraîchement naturalisée !
À cette occasion, l'éléphant était bien entouré avec une belle tablée d'illustrateurs-carnettistes, d'écrivains et d'explorateurs. Depuis hier soir, le nom du lauréat du prix littérature était connu, c'est "Aborigènes" d'Eddy Mittelette, j'en profite pour jeter un oeil à ce dernier et à la sélection http://www.deliresdencre.org/festival-terre-dailleurs/prix-litteraires/

Le petit tour est rapide car à l'entrée, la file que j'ai laissé filer a disparu, elle s'est engouffrée dans l'auditorium et je pars la rejoindre, c'est en grande partie le programme des projections qui titillait mon coeur aventureux (le reste de mes organes ne sont apparemment pas toujours du même avis).

 

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Première rencontre de ce début d'après-midi avec Patrick Massé, cadreur-réalisateur sous-marin, amoureux de la faune des mers et océans, c'est pour partager sa passion qu'il est présent et ça se sent. Accompagné d'un powerpoint du plus simple effet pour poser des images sur ses mots, c'est par sa parole qu'on est captivé car l'homme en question sait causer, ce n'est pas le discours d'un conférencier ou autre universitaire mais d'un passionné, de celui qui partage ses expériences avec toute l'humilité et l'émotion dont il peut faire preuve, un récit de rencontres étonnantes, en commençant par des otaries affectueuses, en passant par une raie manta majestueuse ou encore des dauphins joueurs et infatigables. Chacune de ces rencontres, il nous les apporte avec toute sa joie de l'instant passé et les soulignent avec un aperçu vidéo de son cru, une façon de ne pas oublier que le monsieur est cameraman et sait rapporter de belles images.
Avant d'aller plus loin dans son exploration, un interlude vidéo vient appuyer la qualité de son travail, nous avons droit à la projection de son film documentaire "Malpelo, le rocher de la convoitise" ( http://www.scuba-production.com/films/le-rocher-de-la-convoitise.html,9,... ).
Un moyen-métrage qui débute par la recherche d'un requin insaisissable, le requin-féroce, et qui finit par nous faire découvrir la richesse sous-marine et les menaces qui pèsent sur cet îlot rocailleux en plein pacifique, au large de la Colombie.
Outre en prendre plein la vue avec des images à couper le souffle et des situations uniques (un moment de détente avec un requin-baleine bien amical), c'est aussi un beau témoignage sur le caractère aléatoire de ce métier de cadreur sous-marin où face à l'imprévu, on peut trouver de belles surprises comme ne pas réussir à obtenir ce que l'on est venu chercher. Patrick Massé revient ensuite pour répondre à quelques interrogations sur son film et repartir à notre découverte du monde sous-marin qu'il a amorcée en s'intéressant en particulier à ce fameux prédateur tant décrié, le requin. Sous l'angle de son expérience personnelle et de sa caméra, il annihile les idées fausses avec un court et explicite passage vidéo d'un requin amateur de caresses et de la totale absence d'attaques au cours de sa longue carrière. Il n'oublie pas non plus d'apporter quelques précisions et explications sur le sujet, on est en présence d'animaux sauvages et parfois, il est nécessaire de prendre quelques précautions. En guise d'épilogue, il en termine avec le plus surprenant, deux habitants de la méditerrannée que l'on ne soupçonne peut-être pas d'habiter le coin, le très célèbre Grand Requin Blanc, ami intime de Steven Spielberg et plus étonnant encore, le Cachalot, amateur de ses eaux chaudes le temps de sa migration en compagnie de son nourrisson.

 

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Même pas le temps de reprendre son souffle, on enchaîne avec une conférence sur les explorateurs modernes et une question qui mérite bien d'être posée : "conquérants ou protecteurs de terres vierges ?". Dans un monde où la grande partie des terres emergées sont des terrains connus, où subsiste encore un minuscule petit pan infranchissable de territoires vierges, quel peut être le rôle de l'explorateur ? Pour y répondre, trois hommes, trois visions, trois portraits avec un message primordial similaire : la protection de ces espaces.

Les trois explorateurs ont bien l'air d'être d'accord là-dessus, seules les méthodes employées peuvent être différentes selon chacun, certains préconisent une protection de ces terres vierges par une ouverture à l'humanité, en incluant un apprentissage du terrain pour sensibiliser et les touristes curieux et la population locale, d'autres préfèrent une certaine radicalité, proposant un protection en érigeant des espaces réservés avec une influence humaine réduite et gérée, soumises à une surveillance accrue pour prévenir et apprendre d'un lieu encore intact.
Avec trois intervenants d'horizons proches et aux visions parfois divergentes, c'est rapidement une discussion très riche et argumentée qui se créée et pourtant difficile d'avoir un avis limpide du sujet qui apparaît rapidement vaste, ouvert aux idées toutes aussi différentes que valables, s'ajoute à cela l'intervention d'un public très attentif et avide d'en savoir plus.
On en retiendra en tout cas que si l'explorateur peut faire son métier de découvreur par pur plaisir personnel au départ, c'est bien parce qu'il aime ces territoires qu'il arpente que la nécessité de les respecter et les protéger tombe sous le sens.

Enfin une petite pause qui me permet de jeter un oeil plus attentif à l'espace rencontre et aux auteurs présents. Petite en effet, la file pour la projection suivante est déjà en chemin, c'est de nouveau un passage un peu éclair au milieu du travail des carnettistes et auteurs-voyageurs, je m'arrête un instant sur le stand d'un magazine jeunesse à destination de partout ailleurs, Baïka (http://www.baika-magazine.com/) propose la découverte d'un mythe, d'une histoire, d'un ou des pays au travers du langage, de la culture, de la géographie en compagnie d'illustrations originales et curieuses, une recette séduisante et soignée pour un premier pas dans le voyage.

 

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Retour en salle avec l'association Naturevolution et leur projet Lost Worlds, on retrouve Evrard Wendenbaum, explorateur motivé, volontaire et passionné ainsi que deux membres de l'équipe, Aurélie Calmet, carnettiste et Philippe Mistral, logisticien./p>

Lost Worlds, justement, qu'est-ce que c'est ? Ce sont des expéditions constituées d'une équipe d'explorateurs et scientifiques partant à la découverte d'une terre encore inexplorée, ce sont des premiers pas dans un milieu encore inconnu où l'équipe va essayer de dresser un premier portrait de l'environnement et de récolter des informations susceptibles d'aider à la gestion et à la protection de ces espaces. Ce sont deux vidéos qui annoncent ces mondes perdus avec la visite du Matarombéo en Indonésie et le parcours du Scoresby Sund au Groënland, deux lieux isolés, deux lieux opposés avec chacun ses secrets.

Au travers de cette présentation du projet, c'est surtout l'expérience de chacun qu'on rencontre, Aurélie Calmet se plongeant dans l'aventure de l'illustratrice en milieu sauvage, des difficultés rencontrées, des merveilleuses découvertes et des très bons résultats graphiques obtenus. Philippe Mistral expliquant son rôle, son énorme boulot de gestion et nous éclairant sur le travail en amont pour constituer une telle mission. Puis Evrard Wendenbaum, alpiniste de formation, motivé par une soif de découverte de prime abord et qui a lancé le projet pour joindre l'utile à l'agréable.

Une organisation efficace qui nous emmène à la découverte d'endroits fascinants et nous fait prendre conscience des capacités autant physiques que morales que suscite ce type d'escapades. À tout cela s'ajoute la complexité de monter ce genre d'expédition, de toute la réflexion en amont pour élaborer un programme, des moyens financiers à réunir pour que le projet soit viable, etc. Quant aux collaborateurs, c'est plus évident, ils se sont parfois croisés au gré des mouvements et des rencontres et se sont joints à cette magnifique aventure tout simplement.

http://aukaleblog.tumblr.com/
http://www.naturevolution.org/
http://www.lost-worlds.org/

C'est ainsi que s'achève ce voyage, ce dimanche en Terres D'ailleurs, je n'ai pas entendu le rôle du voilier Atka, je n'ai pas rencontré le volcan Nyiarango, je ne suis pas allé plonger sous les glaces de l'Arctique avec l'équipe d'Under The Pole, je n'ai pas discuté des Aborigènes avec Eddie Mittelette, il y a toujours cette frustration de n'avoir encore rien vu et de savoir qu'il existe tellement de choses à voir. C'est un peu frustrant certes mais c'est aussi une énorme satisfaction de réaliser qu'il nous reste encore tellement à découvrir.
Merci à ces personnes qui ramènent expériences en écrits, en dessins et en images de terres que nous ne verrons probablement jamais de nos propres yeux et que nous découvrons grâce à eux.

http://www.deliresdencre.org/festival-terre-dailleurs/

Merci au festival Terres d'Ailleurs pour les photos de l'évènement.

Yoann

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