Talc de Verre de Marcello Quintanilha

 

La descente aux enfers d'une dentiste brésilienne

Tout semble aller à la perfection pour Rosângela, elle a une bonne situation, un mari aimant, des enfants adorables, un métier épanouissant et tout ce qu'elle désire. Mais quelque chose lui échappe, un détail sans doute, elle sait très bien la chance qu'elle a ...et pourtant, ce détail, cette bagatelle, c'est là, une pièce défectueuse dans l'engrenage parfait de sa vie impeccable. Elle pourrait sûrement se convaincre que ce n'est pas grand chose mais non, comme un bourdonnement incessant dans les oreilles, Rosângela est obnubilé par ce... truc. Ce truc, c'est un sourire, le sourire de sa cousine, et elle s'y connaît en sourire, elle est dentiste.

Talc de verre nous emmène au plus près de la dépression en suivant le parcours de cette femme qui a tout pour plaire et tout pour être heureuse, Marcello Quintanilha, auteur de l'excellent polar rythmé "Tungstène", choisit ici une narration de la conscience, comme un observateur anonyme qui suit Rosângela à travers tous les recoins de son esprit et du quartier dont elle fait partie intégrante.

La parole est assez rarement laissée à notre héroïne du quotidien si ce n'est pour échanger quelques mondanités, exprimer ce que tout le monde peut entendre. Le reste, c'est ce narrateur invisible qui tente de nous l'expliquer avec ses mots, ses mots parfois simples, et ses expressions, parfois alambiquées, avec toujours l'exigeance d'être au plus proche de ce qu'éprouve Rosângela, pour nous aider à comprendre, pour n'omettre aucun détail, pour nous faire vivre sa lente agonie, invisible, impalpable, faite de signes fugaces et de désagréments volatiles.
Ici, c'est une certaine épure au niveau graphique, jouant sur des niveaux de gris, usant de trames et marquant les noirs quand cela est nécessaire. L'auteur parvient à évoquer les lieux en quelques éléments sobres mais marqués, il force les détails sur les traits caractéristiques de chacun, leurs faciès, leurs mimiques, cette richesse réhaussant la force de son récit. Nous sommes toujours au plus près du regard de Rosângela et de ses expressions, faisant du lecteur un privilégié, qui est au courant, qui saisit l'instant et comprend son mal-être.

Talc de verre approche les tourments psychologiques à leur paroxysme, le roman graphique n'hésite pas à nous répéter chaque étape, chaque changement et évolution des pensées de Rosângela et, comme un message adressé à tous, il nous assène que peu importe la condition sociale, l'environnement, tout le monde reste à la merci des tourments de la dépression. En nous décrivant le monde d'une classe aisée brésilienne, l'impact n'en est encore que plus frappant.

Titre : Talc de Verre
Auteur : Marcello Quintanilha
Éditeur : çà et Là
Genre : Récit intimiste et psychologique où l'expression "avoir une dent contre quelqu'un" prend tout son sens.

Yoann

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