Morceaux Choisis de la Bande Dessinée, Cuvée 2017

Adieu 2017, tu as été riche en lecture et les dieux (les éditeurs, les libraires, les lecteurs et les auteurs) savent que ça débordait encore des meubles et des tables de nouveautés.
Des couleurs de partout ! Des formats disparates ! Des titres parfois illisibles et des couvertures d'une sobriété percutante. Cette année, la tendance était au bleu à la fin de l'été, la croix gammée était un peu moins tendance, le 200 pages et plus si affinités avait la cote, bref, encore une fois tu ne nous as pas déçu avec ton foisonnement annuel. On se serait bien passé de certaines de tes parutions mais a contrario, on est bien content de la découverte d'un tas d'autres.
Et ce sont ceux-là qui vont avoir droit à leur petit mot aujourd'hui. Parce qu'avec tout ce joyeux bordel de piles à droite à gauche, on en oublie et on les découvre plus tard, lors d'une pause, d'un regain de curiosité.
Hommage à ces albums perdus tout au long de l'année qui ont reçu des louanges par ici, qui n'ont pas été aperçus par là-bas. On les avait perdu de vue alors jetons un oeil dessus.

SOUDAIN L'UNIVERS PREND FIN de Dakota Mc Fadzean, éd. Çà et Là
http://www.caetla.fr/Soudain-l-univers-prend-fin

Série de strips parus sur le site de l'auteur entre 2011 et 2015, ce merveilleux recueil est un condensé de folie, d'humour, de poésie, d'horreur, d'incompréhension, d'émerveillement et d'hallucinations. C'est simple, cet album donne des vertiges. Il nous fait passer du rire aux larmes en passant d'une case à l'autre et peut mettre du baume au coeur comme nous tordre le ventre en tournant la page. Dangeureusement magnifique, mon album de l'année et je l'avais oublié.

*Pourquoi c'est fameux : 

HIP HOP FAMILY TREE de Ed Piskor, éd. Papa Guédé
http://www.papaguede.fr/hip-hop-family-tree-volume3.php

On se réveille beaucoup trop tard et voilà déjà le tome 3, bravo aux éditions Papa Guédé pour leur rapidité, on sent bien qu'ils ont le rythme dans la page.
Hip Hop Family Tree n'est rien d'autre que la plus belle encyclopédie contemporaine sur le hip-hop mise en bande dessinée. Fourmillant d'anecdotes et de détails, grouillant d'extraits, débordant de l'atmosphère d'une époque et d'un lieu, HHFT transpire la musique, la danse et le tag, difficile de résister au flow. Attention, après lecture, l'envie de racheter un ghetto blaster peut se faire sentir.

*Pourquoi ça déchire : https://soundcloud.com/g-high-djo/mix-hip-hop-old-school-breakbeat-elect...

POTLATCH de Danide & Marcos Prior, éd. Çà et Là
http://www.caetla.fr/Potlatch

Le Potlatch est une pratique culturelle basée sur le don, le partage ou l'échange commune à beaucoup de tribus indiennes. Maximo Pérez Gil souffre d'hyperthymésie, une pathologie très rare qui le condamne à se souvenir de tous ses jours passés en détail. Sur cette base se construit un récit croisé entre ce protagoniste principal, ses collègues détectives, un ami perdu de vue et un amour naissant. Fabuleusement mis en scène, cette comédie romantico-dramatique réussit à être passionnante par sa maîtrise graphique et scénaristique. Comme quoi, pas besoin d'un sujet original pour faire du bon boulot.

*Pourquoi ça mérite : Juste pour son titre, Potlatch, c'est super marrant à dire, essayez.

EN ATTENDANT L'APOCALYPSE de Paul Kirchner, éd. Tanibis
http://www.tanibis.net/livres/en-attendant-l-apocalypse#presentation

Paul Kirchner avait déjà soufflé un vent d'absurdité avec Le Bus. Cette anthologie regroupe des morceaux choisis de ses travaux dans divers magazines. Au sommaire les aventures de Dope Rider, des récits courts d'une SF barrée et humoristique et beaucoup, beaucoup de psychédélisme fantastique. Entre Moebius et Gotlib, les dessins de Kirchner évoluent dans une ambiance Heavy Metal, le répertoire est sexe, drogue et de l'humour pour remplacer le rock'n'roll.

Pourquoi ça envoie : Au poids, c'est moins cher que le gramme de coke.

CYPARIS de Lucas Vallerie, éd. La boîte à bulles

http://www.la-boite-a-bulles.com/book/286

Le 8 Mai 1802, la Montagne Pelée explose, La Martinique subit la plus grosse catastrophe naturelle de son histoire tuant plus de 30000 personnes. C'est cet événement que relate ce bel album de manière tout à fait incongrue, jouant sur la société de l'époque, la politique locale et un humour ravageur nous plongeant dans l'atmosphère martiniquaise en prenant comme personnage central Cyparis.
Tour de force de la part de l'auteur d'ailleurs de raconter ces événements en utilisant cet homme qui devint célèbre pour avoir survécu à une éruption et s'être produit en spectacle dans la "collection" du cirque Barnum.

Pourquoi ça swingue : C'est un peu comme un guide touristique historique sur la Martinique.

I HATE FAIRYLAND 1 & 2 de Skottie Young, éd. Urban Comics
http://www.urban-comics.com/i-hate-fairyland-tome-1/

On peut dire qu'on a été gâté cette année, non pas avec une aventure de Gertrude mais deux !
Gertrude, c'est la petite fille qui tombe, gamine, dans le monde merveilleux de Fairyland. Gertrude est mignonne mais elle n'est pas maligne. 27 ans après, elle n'a toujours pas trouvé la sortie et a perdu patience. Du coup, Gertrude est un peu moins mignonne et fracasse des nounours, éclate des licornes et crache sur les arcs-en-ciel en compagnie d'une mouche fumeuse et désabusée.
On aurait pu se satisfaire d'un seul tome pour une bétise qui mélange sucreries et tripailles, qui fait rimer bonbon et tromblon. Et pourtant un deuxième ne lasse pas et même se renouvelle ! Skottie Young montre qu'on peut aussi bien faire des histoires de raton-laveur de l'espace que faire dans le comic indédébile avec brio !

*Pourquoi ça défonce tout : C'est un rêve devenu réalité, un massacre ultra-gore dans un monde féérique.

TU M'AS TUÉ de David Sánchez, éd. Presque Lune
http://presquelune.com/index.php/romans-graphiques/277-tumastue

Personne n'aime les nazis, ou presque (malheureusement). Pas grand monde n'apprécie les sectes non plus. Et la police, certains s'en méfient. Et bien si vous vous retrouvez dans le croisement de ces trois grands ensembles, vous vous délecterez du quotidien dans cette bourgade de redneck américain où tout le monde est plus ou moins une grosse ordure dont notamment ces fonctionnaires satano-fascistes violeurs (oui, aussi).

* Pourquoi ça claque : C'est beaucoup de violence gratuite et on ne crache jamais sur ce qui est gratuit.

PETITE MAMAN de Halim Mahmoudi, éd. Dargaud
http://www.dargaud.com/bd/Petite-maman

Voilà une des bédés de cette fin d'année qui a peut-être eu du mal à trouver sa place sous le sapin. Pour cause, un récit terriblement réaliste de mère-adolescente, de maltraitance et d'amour aussi, oui, d'une certaine façon.
Très dur tout autant que très vrai, Petite maman est une histoire fictive qui a tout du témoignage de milliers de personnes, un récit qui résonne, qui frappe et qui est à lire. Alors oui, quand on ne veut pas penser aux malheurs du monde pendant les fêtes, on pourra quand même se consoler avec sa belle conclusion.

* Pourquoi c'est excellent : ça tape juste et fort en plein dans les émotions.

BIG. De Etienne & Antoine Vanderlick, éd. Lapin
https://lapin.org/2017/09/14/big/

"Tiens, on a des figurines et on a des histoires, si on faisait une bédé avec de l'humour dedans" ? C'est un peu ce que se sont dit les deux frères, auteurs de ces saynètes du quotidien totalement en décalage et impeccablement réussis ! Du second degré, un voyage en absurdie pour un mélange entre Panique au village et Message à caractère informatif. On n'en attend rien, ça ressemble à pas grand'chose de connu puis on se rend vite compte que c'est génialement con.

* Pourquoi ça dézingue : Les passionné-e-s de figurines ont enfin leur bédé.

DANS L'ANTRE DE LA PÉNITENCE de Ian Bertram, Peter J. Tomasi & Dave Stewart
http://www.glenatbd.com/bd/dans-l-antre-de-la-penitence-9782344023648.htm

Surprise, la maison Winchester et ses portes donnant sur le vide, ses escaliers ne menant nulle part, sa construction labyrinthique trouve ici un fabuleux hommage avec ce récit entre fiction et réalité, mélant fantastique et folie où Sarah Winchester, la responsable de ce chantier, lutte contre l'emprise démoniaque et ses multiples avatars au milieu d'anciens tueurs reconverti en ouvriers. Un étrange spectacle sombre et passionnant.

*Pourquoi ça envoûte : De base, L'histoire de la "Winchester House" est un excellent terreau pour un récit fantastique.

On ne va pas réitérer le laïus sur les tonnes de livres, le choix est arbitraire, prenez-le comme tel. Et si vous n'en avez pas assez, sachez qu'il vous suffit de fouiller un peu et d'avoir parfois la témérité d'ouvrir un de ces invisibles coincés entre deux autres qui promet une voyage extraordinaire. Ou pas.

Yoann

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