L'Été des Charognes de Simon Johannin

En effet, c’est une vraie claque que ce premier roman.
De celles qui, plus qu’elles ne vous font mal, vous réveillent, vous ravigotent, vous secouent et vous laissent pantelant(e), tout(e) content(e) de trouver autant de vigueur, d'énergie et de talent sous la plume d'un tout jeune auteur français. Pas une claque qui vous fait taire, donc, mais qui vous donne envie de l’ouvrir, justement, pour crier haut et fort  que ce superbe Eté des charognes paru début janvier aux excellentes éditions Allia est un pur bijou à ne pas rater.
Nous voici donc à La Fourrière, hameau moyennement riant de la Montagne noire, sorte de cul de sac rural au fond duquel vivent à la dure, et loin de tout, quelques familles d'agriculteurs dont celle du narrateur.

Ce dernier nous raconte son quotidien de petit garçon : la vie de la ferme, sans télé ni internet, ni jeux vidéo, les bêtes omniprésentes dans cette nature foisonnante et primitive au point parfois d’en être étouffante, les bêtises avec les copains dans un paysage qui, pour être rude, n'en offre pas moins un sentiment de liberté et de beauté brute aux sauvageons qui l’habitent, les cuites des adultes pour conjurer la mort, fêter une sortie de prison ou juste se sentir moins seuls ensemble, puis, en grandissant, le tourbillon des amours et des drogues, le mal-être qui va jusqu’à la presque perte de soi… Mais aussi et surtout, surtout, le goût des mots, leur pouvoir, leur saveur quasi magique qui ouvre les possibles...

Car ce qui marque et captive dans ce roman à forte densité, c'est avant tout son style, cette langue libre, farouche et flamboyante qui vous happe dès les premières lignes, et qui évolue avec le narrateur, se faisant plus précise, plus poétiquement ciselée et plus intense au fil des pages et des années…
Le jeune Simon Johannin a commencé par publier un recueil de poésie en Belgique, on ne s’en étonnera pas et on va chercher à se le procurer.

Pas la peine d'en rajouter, au risque de gâcher la magie de la découverte : jetez-vous sur "L'Eté des Charognes", vous ne l'oublierez pas de sitôt ce petit gars de Mazamet descendu de sa Montagne noire qui fait souffler puissamment le vent d’un talent vivifiant sur le petit monde littéraire français.

Et, que cette chronique vous ait convaincu(e) ou que vous vous tâtiez encore, chanceux de Toulousains, vous pourrez découvrir Simon Johannin en chair et en os le vendredi 10 février à 18h00 au magasin Gibert Joseph Musique, où il viendra présenter et signer son roman lors d’une rencontre agrémentée d’un DJ set et de lectures concoctés par son grand frère Antoine, comédien à Toulouse. On va se régaler !

Estelle

Pour plus de renseignements sur la rencontre du 10 février et vous inscrire à l’événement : https://fr-fr.facebook.com/giberttoulouse/

Pour vous mettre en appétit en attendant une interview superfluide qui ne manquera pas de suivre :
Simon Johannin dans la toujours très bonne émission Les Nouvelles Vagues de Marie Richeux : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouvelles-vagues/la-precarite-25-ecrire-den-bas

Et ne manquer pas de consulter le très bon catalogue des éditions Allia : http://editions-allia.com/

L’Eté des charognes, Simon Johannin, Allia, 140 pages, 10.00 €

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