La Vie Exemplaire de la Femme à Barbe de François Caradec et Jean Nolain

Clémentine Delait, sa carrure imposante, sa force d'Hercule, son physique aux formes généreuses : cela vous dit peut-être quelque chose si la Femme à barbe ne vous rase pas ? Eh oui, Madame Delait, vosgienne de naissance et bistrotière de profession, était l'une des figures féminines barbues les plus fameuses de son temps. Née en 1865 au lieu-dit « l'Abbaye de Chaumousey », la petite Clémentine grandit dans les verts vallons, courant après les papillons et taquinant les moustaches du goujon. Clémentine, pubescente, se fait force d'enrayer la pilosité toute masculine qui point sur son harmonieux visage, au prix d'une séance quotidienne chez son barbier, Mr Grossier. 
Devenue adulte, l'imposante et gironde Clémentine possède, outre les appâts du beau sexe, une gentillesse et un aura rares. Mariée à Marie-Joseph Delait, la très active Clémentine ouvre un café-brasserie à Thaon-les-Vosges. 
Les clients se pressent, nombreux, pour la personnalité hors du commun de cette bistrotière. Il ne fallut pas plus d'un pari pour qu'au printemps 1900, à l'âge de 35 ans, Clémentine, lassée du coupe-choux qui ratiboise sa singularité la plus précieuse, laisse les poils envahir son visage bien proportionné. Cette brune remarquable, qui prenait grand soin de coiffer en chignon ses longs cheveux, donne en plus à sa barbe épanouie une présence digne de celle d'un saint Antoine. 
Surnommée « la fée à barbe » par ses compatriotes, Clémentine assume et valorise désormais son pilosisme, qui la rend fameuse par-delà ses Vosges natales. Ce sont déjà les médecins qui l'examinent sous toutes les pliures et villosités. Très vite, le monde du spectacle s'intéresse de près à cette prodigieuse femme barbue. Barnum en personne lui proposa des ponts d'or pour la produire dans ses tournées mondiales.
Mais Clémentine a davantage de goût pour les richesses prodiguées par la gentillesse et refuse tout net la proposition du bonimenteur. Si elle se produit à l'occasion dans la cage aux lions de la ménagerie Camillius, Clémentine préférera une existence paisible aux côtés de Fernande, sa fille adoptive, dans le berceau vosgien. 
Les yeux pétillants de Clémentine lorgnent du côté de ses sœurs de kératine : Julia Pastrana, connue comme la femme la plus laide du monde, Barbara ou Antonine... Cette sororité à travers les siècles l'estampille femme à barbe parmi les siennes. 
Réédité par L'Échappée en 2017, cet opus de François Caradec et Jean Nolain, initialement publié par La Jeune Parque en 1969, est un voyage dans le monde des femmes à barbe à partir du troquet de Clémentine Delait, photographies et documents à l'appui. On y découvre une personne hors du commun, mue par l'altruisme et curieuse de tout. Mais comment la barbe vient aux femmes ? Le mystère reste entier !

Élise 
chezliseron.com

La vie exemplaire de la femme à barbe : Clémentine Delait, 1865-1939 
François Caradec et Jean Nolain
rééd. L'échappée
2017
93 pages.

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