Hilda de Luke Pearson

Les aventures d'une petite fille aux cheveux bleus dans un monde bigarré

Dans la bédé, on retrouve souvent la fâcheuse manie de distribuer des catégories, ça facilite le repérage tout comme ça brouille les pistes, on peut relever deux grandes tendances : la bédé pour adulte (comprenez : pas pour les enfants) et la bédé jeunesse (comprenez : pour tout le monde). Hilda pourrait faire partir de cette dernière catégorie. Cependant, Hilda n'aime pas rentrer dans une catégorie, c'est bien ce qu'elle nous a montré et nous montre encore dans sa dernière aventure parue. Dressons un peu la carte de ces pérégrinations et péripéties !

Hilda et le géant de minuit

Arrivé en France d'abord en version anglaise avec les éditions Nobrow, éditeur d'origine qui a eu le bon sens de s'exporter au lieu d'attendre des traductions, c'est ainsi qu'on a découvert Hilda sur le territoire, un premier aperçu frappant graphiquement et agréablement facile à appréhender quand on ne touche qu'un petit peu à la langue de Shakespeare et que l'on souhaite s'y améliorer, pensez-y, les albums ou la bédé jeunesse, c'est carrément plus digeste qu'un roman et vous aurez bien plus de formules de politesse courante que dans les romans de William Burroughs. On y découvre le monde d'Hilda, vivant avec sa maman dans une belle petite maison juchée sur un plateau montagneux. Et pourtant, c'est ainsi que les ennuis démarrent, des menaces mystérieuses, des "accidents" fortuits, pas de gros dégâts, juste de petits embarras. Hilda s'aperçoit vite de ce qui cloche, leur maison est plantée au beau milieu d'un village de lutins ! Lutins qui sont moyennement heureux de cette masure envahissante au milieu de leur quotidien. Mais pas d'amalgame, à tout problème, il y a  une solution, il suffit de demander l'autorisation de s'installer ici. C'est ainsi qu'Hilda, mandatée par elle-même, s'en va trouver le roi des lutins pour lui demander aimablement de s'installer dans sa bourgade peu commune et instaurer ainsi des relations de bon voisinage, prenons-en de la graine. C'est ainsi que l'aventure commence, oui elle ne fait que commencer, avec Hilda, il est rare de ne faire qu'une seule curieuse rencontre, son monde en fourmille, et une aventure en amène une autre, jusqu'à n'en plus finir, tout dépend simplement d'elle et des pistes qu'elle suit. Avec son sens des responsabilités, à s'occuper d'un problème à la fois, elle n'en voit presque jamais la fin... ce qu'elle confirme avec la suite de ces aventures. Aventure iniatique, Hilda et le géant de minuit est d'abord une découverte d'un monde de la nuit qui commence par être inquiétant pour s'avérer être merveilleux, curiosité, découverte, dépassement de soi, volonté, questionnement, l'album foisonne à tel point qu'on ne sait plus où donner de la tête et qu'il suffit de suivre Hilda pour s'y retrouver.

Hilda et le troll

Même si on a pu la découvrir en même temps que le Géant de Minuit, Luke Pearson signe ici la première histoire de son héroïne avec une excuse simple en guise de scénario, Hilda part dessiner des cailloux. Sur ce simple incipit, il pose en quelques pages tout l'univers fantastiquement vaste de ses personnages avec des incursions d'homme (fait) de bois, de géants, de cabots volants et bien sûr de troll pierreux. C'est le voyage et les rencontres qui priment dans cette première aventure où la maxime de la série s'installe, savoir regarder au delà des apparences. Hilda et le troll est sans doute l'histoire la plus courte et regorge néanmoins de toute les éléments qui font la grande qualité de la saga.

Hilda et la parade des oiseaux

Changement d'air avec ce troisième volet des aventures de la gamine à la chevelure bleue, mère et fille se retrouve à devoir emmenager en ville et Hilda à devoir s'habituer à son nouvel environnement regrettant un instant les vastes plateaux montagneux de son enfance et la magie qui l'entourait. Reste que la jeune fille sait toujours voir au delà des choses et que si elle est perdue de prime abord (c'est qu'elle aime bien se perdre aussi), elle se rendra vite compte que la ville comme la montagne recèle ses propres coutumes et secrets. La valeur de ce récit là est qu'il évoque avec brio ces moments où l'on quitte un endroit cher pour partir vers l'inconnu. C'est l'évocation de cette apprentissage, apprivoiser un nouvel endroit, le comprendre et s'y sentir bien. En suggérant l'idée du déracinement, Luke Pearson nous emmène ailleurs et, au détour d'une rue, nous fait voyager, nous apprend l'empathie et le bonheur d'une nouvelle rencontre. Hilda et la parade des oiseaux change le décor mais garde toute son essence première.

Hilda et le chien noir

Une histoire d'épouvante, enfin ! Même si le mystère fantastique habite chacun des albums, la menace ici est présente dès le début et tout le monde est au courant, la bête noire est dans les parages, faites attention à vos enfants. En plus de nous offrir un récit inquiétant, cet album apporte une idée assez merveilleuse avec l'arrivée d'un nouveau venu, un nisse, esprit des maisons qui a la fabuleuse particularité de pouvoir se glisser dans tous les recoins cachés et se rendre n'importe où ; le derrière sombre d'un meuble, l'interstice entre les lattes du plancher sont autant de passsages vers un espace indéfinissable et illimité. Les péripéties de l'une et les bévues de l'autre vont bien entendu les amener à la rencontre de l'obscure créature. La richesse de ce tome offre une belle particularité, on se rend bien compte qu'Hilda grandit, met à profit ses expériences exploratrices pour réagir différemment face à la terreur, elle n'est plus seulement la petite fille curieuse et téméraire mais une une gamine réfléchie qui sait très bien maintenant qu'un monstre n'en est pas vraiment un. Hilda et le chien noir est sans doute jusqu'à lors la meilleure histoire, récupérant tous les ingrédients du début et faisant preuve d'une inventivité folle et d'émotions fortes !

Hilda et la forêt de pierres

Nouvellement arrivé, cet album pousse un peu plus loin l'évolution des relations entre mère et fille où l'on voyait déjà toutes les petites tensions et tout l'amour qu'elles se portaient mutuellement. Annoncé pour une fois comme une histoire en deux tomes, Luke Pearson en revient à ses premiers amours, les trolls. Toujours présents de près ou de loin dans ses histoires, ici, ils ont un rôle de premier plan et Hilda ne sera pas seule impliquée car sa mère va participer à ses aventures, certes par mégarde, et nous offre ainsi une vision partagée, la mère voyant toute la générosité, l'intrépidité et la prudence de sa fille, la fille découvrant sa mère prête à tout, très habile à s'adapter et aider en toutes circonstances. Et si les trolls qu'ils soient gentils, idiots, bizarres, grognons ou tout simplement affreux, sont les stars de l'album, c'est bien tout ce partage de l'amour filial qui gagne le bouquin et le lecteur.

D'émotions, de légendes, d'étrangetés et de rencontres et de voyages, la saga Hilda en est remplie. À chaque album, c'est un peu une étape, un moment de la vie, une découverte de l'inconnu et une leçon pour les petits oui mais qui fera aussi le plus grand bien à tous les autres. Ah, et dernière petite nouvelle, Hilda aura le privilège d'avoir sa série animée très bientôt sur Netflix, vivement !

Yoann

Fiche technique :

Titre : Hilda
Editions : Casterman
Genre : Voyage initiatique à la sauce contes et légendes
Âge : à partir de huit ans jusqu'à la nuit des temps
Site web : http://www.casterman.com/Bande-dessinee/Collections-series/albums/hilda

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