Highbone Theater de Joe Daly

Il y avait comme cette impression que Joe Daly était absent des étals depuis un bon moment, pas un signe de vie depuis son excellent tryptique Dungeon Quest, parodiant à merveille une partie de jeu de rôle façon banlieue désoeuvrée et psychédélisme assumé.
L'auteur sud-africain avait déjà fait une belle entrée avec Scrublands et surtout The Red Monkey, sorte de road-movie en sandales à la poursuite d'un capybara (le plus gros rongeur du monde) au milieu de narcotrafiquants.

C'est donc un réel et immense plaisir de le retrouver avec ce petit pavé, cubique ou presque, qu'est Highbone Theater.

Nous voilà plongés encore une fois dans son univers dès les premières pages avec un personnage à la musculature impressionnante et à la tête réduite, une constante chez le dessinateur qui s'amuse toujours avec les proportions, une manière assez régulière de caricaturer les gros malabars pas trop finauds révélant parfois leur lot de surprises. Ce personnage-là, c'est Palmer, un jeune un peu excentrique profitant d'air pur et d'eau fraîche, adoptant une way of life héritée des communautés hippies mais qui trouve difficilement sa place dans un monde où ses copains d'enfance sont plutôt soirées Bière, Baise & Barbecue alors que lui découvre tout un pan fabuleux de notre monde contemporain où règnent l'aliénation, la désinformation et les idées saugrenues.
Palmer perd peu à peu pied, ses centres d'intérêts paraissent à des lieux des amusements de ses camarades, son travail est anecdotique et les rares interactions sociales provoquent une incompréhension de la part de ses interlocuteurs.
Il lui est de plus en plus difficile de supporter les agissements et le mode de vie de ses amis, la colocation en devient compliquée et Palmer commence à développer une sorte de démence légère où, au fil de l'album, des éléments, provoqués par ses rêves et hallucinations, viennent se mélanger à sa réalité par petites touches insaisissables.

C'est que le récit se passe à notre époque, les deux tours viennent de s'effondrer et Palmer s'intéresse à plusieurs théories complotistes dont il finit par devenir un grand adepte, les mélangeant, alimentant sa psychose et s'ajoutant à son mode de vie alternatif, de moins en moins viable au milieu de cette banlieue tranquille et ordinaire.

Highbone Theater conte à merveille ce portrait d'un jeune homme solitaire souhaitant s'échapper d'un quotidien insipide tout en voulant en connaître les beaux instants et qui finit par sombrer dans une confusion mentale où se mélangent ses créations phantasmées avec les délires conspirationnistes, fruits d'un monde contemporain peuplé de détraqués.
Joe Daly propose ici une aventure délirante sous psychotropes, où l'humour est cette fois-ci un peu plus absent, juste en demi-teinte. Même si son style apporte son lot de situations absurdes et étranges, c'est le mal-être du protagoniste qui prime et la frontière entre le délire absolu et une part de conviction assumée se fait assez floue, la conclusion en est d'ailleurs un aperçu déstabilisant.

Au final, si Highbone Theater n'est peut-être pas le plus abordable des bouquins de Joe Daly jusqu'ici, il constitue néanmoins une curiosité de par son format particulier et sa construction simplifiée et surprenante, Joe Daly ayant à la base construit cette histoire pour le format web que vous pouvez d'ailleurs consulter en partie ici :

http://mungosuthu.wix.com/highbonetheatre

Yoann

Titre : Highbone Theater
Auteur : Joe Daly
Éditeur : L'Association
http://www.lassociation.fr/fr_FR/#!catalogue/nouveautes/open/5933

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