Fight club 2 par Chuck Palahniuk

Nietzsche VS Ikéa

Voici donc la meilleure idée de mode Printemps-Eté 2016 : la veste zébrée, accessoirisée par des mains façon auto-portrait d'Egon Schiele tendance déprime sur fond de syphillis. Il n'en fallait pas moins pour célébrer le grand retour du héros sans nom de Fight Club, rescapé de son addiction pour Ikéa et de sa psychose schizoïde qui le poussa à se baptiser Tyler et à vendre des savonnettes.
Depuis son adaptation pour le cinéma par le styliste virtuose et un poil grandiloquent David Fincher, le roman de Chuck Palahniuk était devenu semble-t-il ce que le Fight Club était à sa propre intrigue : un mot de passe, un signe de reconnaissance, un lieu initiatique, bref, une icône générationnelle, qui, je l'avoue, m'avait échappé.
Si j'avais su, moi, qu'en se concentrant suffisamment et en pratiquant l'insomnie, on pouvait avoir toujours à disposition, à la maison, en dormant, au boulot, partout et tout le temps une bombe sexuelle définitive sous la forme de Brad Pitt, jeunot, un tantinet bêta, ne craignant aucun sur-jeu ridicule et portant des lunettes de soleil aux verres d'un tendre magenta, je ne me serais pas cassé la tête depuis des années ( 17 exactement, et oui, déjà...) à chercher l'homme idéal à l'extérieur de ma propre cervelle.

Découvrant trop tard cet avatar nietzschéen de GI Joe, je me consolais pourtant à l'annonce de la sortie prochaine de la suite de ses aventures. Choisissant la voie moyenne entre roman et adaptation cinématographique, Chuck Palahniuk opte pour la bande dessinée. Parus en feuilletons, dans la grande tradition des comics, ces dix épisodes (plus un, numéroté 0, qui propose une fin alternative au film) semblaient offrir une rédemption aux mécréants qui comme moi n'avaient pas reçu l'illumination de cette mystique anti-capitaliste, testostéronée et régressive : enfin on allait pouvoir entrer dans l'univers de Paper Street et changer nos vies de ploucs.
Très vite, un doute plane sur cet espoir fou ; Dieu sait que j'étais prête à tout : intrigue à tiroirs, violence rudimentaire, brûlures à l'acide, dents éparpillées aux quatre coins du ring, veste en poil de yéti, etc... , mais au bout de quelques pages, (une seule a suffi, en vérité) le dessin basique, violent de la pire des violences : celle de la bêtise, les couleurs moches, les effets ultra-lourds (je conseille en particulier les pétales de rose se posant en surimpression dès la page 17 pour rappeler que, oui, vraiment, l'amour c'est nul et que la vie, la vraie, elle fait mal, mais c'est le prix de la liberté), le lettrage à la truelle me disent que je suis désormais beaucoup trop vieille pour entrer dans le Fight-club. Mais je suis une femme obstinée, comme Marla (la sublime Héléna Bonham Carter qui a bien fait d'épouser Tim Burton plutôt qur Tyler/Sebastian et de jouer dans Alice au pays des Merveilles plutôt que dans Marla au pays de La Philo pour les Nuls) et je poursuis en me concentrant sur ce qui arrive à ce couple rescapé du film, qu'on avait laissé se tenant par la main tout en haut d'un immeuble et regardant la société de consommation exploser en feu d'artifice. Je comprends :
- que ce couple a un enfant, baptisé Junior (c'est facile à écrire et ça va avec n'importe quel nom de famille, même si d'un point de vue psychanalytique, ça peut s'avérer difficile à porter).
- que la vie ne sera pas facile pour lui.
- qu'il est kidnappé.
- que sa mère veut à tout prix le retrouver et qu'elle est devenue copine avec des enfants vieillards qui vont l'aider.
- que son père louche du cerveau et recommence à voir double dès qu'il arrête les cachets.
- que Chuck lui-même s'emmêle un peu le fil d'Ariane dans son intrigue labyrinthe.
- que  des scénaristes hyper-canons gambergent sur l'intrigue en immersion directe (et que là ça devient, comme elles le disent elles-même "un peu trop méta").
- que je ne vais même pas essayer de résumer la situation parce que y'en a qui bossent pour nous, et plutôt bien en plus...

Je termine en me souvenant d'une des innombrables répliques devenues cultes du film : copy of a copy (et, en l'occurrence, l'occasion d'une savoureuse reprise). Palhaniuk se laisse déborder par son ego, me semble-t-il, et fournit un recueil de fascicules, prétentieux et pénible. Avec toutefois des moments de grâce, comme ces fac-simile de fiches d'urgences qui énervent tout le monde dans les avions ( leur cynisme est vraiment drôle et pour une fois le graphisme ne pique pas les yeux), et, bien sûr, comme nous l'avons laissé entendre en commençant, d'impeccables conseils vestimentaires (moi ça m'a donné au moins deux idées de T-shirt pour l'été). Et ça, c'est précieux.

Anna

Titre : Fight Club 2
Auteurs : Chuck Palahniuk ; Cameron Stewart.
Editeur : Super 8 éditions
Rubrique : BD, une suite, c'est toujours compliqué, surtout quand ça vient après un succès mondial, pour les fans de Nietzsche et de BD, c'est que ça se passe.

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