Wovenhand - Star Treatment

J'ai toujours été fasciné par le travail de David Eugene Edwards et sa capacité à créer une mixture unique, à la fois d'un moderne mystique et cependant issue de quantités de folklore ou héritière de tout un pan de la musique rock/gothique/post punk. De ces trois arcs majeurs dans sa façon de composer des disques, certains projets tiraient plus sur une corde que l'autre, tout en restant cette entité à part entière et surtout en marge de toute une scène rock/folk.
Le dernier album en date, Refractory Obdurate (2014) a pourtant mis le temps nécessaire à circuler dans mes veines comme les anciennes livraisons de l'artiste. Le départ de Pascal Humbert, bassiste français déjà dans les rangs a l'époque de 16 horsepower, revenu dans le giron Eugene Edwards notamment sur Ten stones (2008) et The Threshingfloor (2010) a encore une fois semble-t-il libéré Edwards dans le choix de ses sonorités. Pourtant, la nouvelle mouture Wovenhand semble être la meilleure, tant cette galette et la précédente sont d'une efficacité hors norme. Dommage pour Pascal Humbert donc, qui distille la joie de vivre au côté de Bertrand Cantat dans un Detroit soporifique aux doux accents de nostalgie pour les fans de Noir désir !

Star Treatment est un quasi sans faute (si l'on oublie la cavalcade introductive Come Brave trop rentre-dedans, à la production décalée un peu étouffante pour les instruments, sorte de mauvais tube). Wovenhand affirme de plus en plus son existence au travers du folklore amérindien et de ces quelques sonorités vaguement ethniques qui décorent l'écrin des morceaux rock/gothiques/post punk sublimée par les mantras de la magnifique voix d'Edwards.

Contrairement au beaucoup plus alambiqué et tortueux Refractory Obdurate, Star Treatment fonctionne immédiatement (les tubes magnifiques Crystal Palace, The Quiver et All your Waves) , grave la mélancolie de sa musique et insuffle sa dimension mystique sur des compos ultra efficaces et mélodiques. L'esprit de cet album rappelle clairement le premier Dead can dance, par son efficacité rock, ses mélodies constantes, ses rythmiques post punk/tribales et son élévation shamanique.

Star treatment fait la part belle aux influences amérindiennes, native americans, ce qui fait du disque un réel canal historique mélangeant des tonnes d'influences de musique américaine de toutes époques confondues. Un album rêche par moment, dans la tonalité des guitares électriques voire la production, mais la part belle reste faite aux amours d'Edwards pour la world music, élévation spirituelle évidente dans les incantations. Jamais Wovenhand n'est apparu aussi complet et aussi cohérent sur la durée d'un album, sorte de gospel post punk bouseux faite par les indiens qui auraient cette fois ci fumé leur calumet de la paix avec les envahisseurs cow-boys (Crook and Flail).

Longtemps calé le cul entre deux chaises, le projet Wovenhand a toujours disséminé de magnifiques promesses sur d'excellents disques. C'est pourtant aujourd'hui qu'il les réalise sur un Strar Treatment qui est leur plus grande réussite et la plus belle incarnation de cette folk unique, dont ils sont bien évidemment les rois. Et c'est peu dire.

Bertrand

Artiste : Wovenhand
Album : Star Treatment
Sortie : Septembre 2016 chez Sargent house

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