The Crumble Factory - Betsy Cha Cha

Une des nombreuses malédictions que les jeunes musiciens pleins de sève et impatients de faire entendre leur musique au monde doivent surmonter est celle de la référence. Des chroniques ruisselantes de name dropping, d'évocations de noms fatalement plus connus que les aspirants dont il est pourtant question au départ, se piquent de préparer ainsi le lecteur curieux à ce qui l'attend.

Autant annoncer la couleur dès maintenant : le présent papelard n’échappera pas à ce vice. A ma décharge, les Crumble Factory développent une attitude relativement décontractée qui incite à la connivence dans ce domaine. Dès l’intro [I feel] Well well well, la note d'intention est claire : ici, on est bien, on a l'élégance de prendre l'absurdité de la vie avec philosophie, et du coup, fatalement, on fait de la pop.
(Ah, et on peut toujours y voir un clin d'œil à Lennon qui, cinquante ans plus tôt, se sentait « fine ».)

Nulle pudeur ici donc, et les titres de chansons telles que The Hill Song ou Last Century Heroes, qui pourraient tout aussi bien provenir d'un album perdu des Kinks, indiquent que c'est de la forme la plus noble de ce style musical si malmené qu'il sera ici question. Soit des pépites dépassant rarement les 3 minutes (Pâquerette, envoyée en reconnaissance en tant que single, dit tout ce qu'elle a à dire en 1'39) et polies avec un amour manifeste pour le genre par le Toulousain Rem Austin et ses musiciens. Car l'invocation des totems indépassables des 60's ne doit en aucun cas être prise pour de la prétention : c'est au contraire avec la modestie qui caractérise les meilleurs artisans que les ouvriers de "l'usine à miettes" abordent tant le songwriting que l'instrumentation. Les mots délivrés sont simples, les voix au service de mélodies fringantes et délicates.

L’électricité n’est toutefois pas négligée et la musique de Rem et des siens prend parfois, comme sur la fiévreuse Mountain Boy, des accents power pop / lo-fi qui ne sont pas sans rappeler ce qu’un Graham Coxon échappé de Blur a pu produire dans ses œuvres solo. (Au passage, puisqu'on en est à taper dans les 90's, on conseillera aux fans des regrettés Boo Radleys de jeter une oreille avertie à ce Betsy Cha Cha.)

Tout ça pour dire qu’on ne prend pas trop de risques à vous suggérer d’aller faire un tour samedi soir 14 octobre au Ravelin, bar à vin de Toulouse, qui a la bonne manie d'ouvrir ses portes aux musiciens du cru et d'ailleurs, et d'aller voir la Crumble Factory se dévergonder en chair et en live.

Antoine

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