The Body – I Have Fought Against It, But I Can't Any Longer

Mon rédac chef a du talent. On a beau peu se parler, quand il me susurre des choses, il est souvent de bon conseil. Aujourd'hui, les réjouissances bon enfant se tournent vers un duo qui sort quantités de disques et EP par an : The Body. Les deux gaziers ont dégurgité leurs influences, ont chié sur leur sludge/drone/noise originel en revenant vers les origines de leur son. 

The Body porte bien son nom, entre encartades lyriques scandées par une voix féminine, déluges noisy sur fond de Donald Duck core insupportable, rythmique EBM dansantes, dissonances new wave modernes et épiphanies de fin du monde  dancehall (really ? On en parle de ces samples ragga qui sortent de nulle part ?).

Le duo peut se targuer de mélanger les origines jamaïcaines au confins de l'industriel et du galakthorroe like (Haus Arafna en tête pour le bpm de l’oppression). Couches sonores de sortie, riff de gratte ambiant (« Nothing Stirs » et son arpège version j'apprends la gratte avec Sting), délires indus noise de partie, sur fond de beats de boite de nuit de fin des temps, avec un canard te bouffant l'oreille, le tout sur couché sur des riffs doomy et sludgy proposant à Monarch d'aller faire du punk dans un squat direction Albi, sur-chanté avec une voix lyrique pour enterrer le tout.

Alors, on est d'accord sur le papier on dirait un vieil Igorr perdu entre trop d'influences, infoutu de faire ressortir quoi que ce soit de ces accointances soniques. Niet. Ce dernier The Body passe crème, digérant quantités d'influences, reliquant les dernières sorties EBM et gothiques sur la pelouse comme des balles perdues, sans même essayer.

C'est bien ça le plus fou sur ce disque. Il sent le non effort absolu. La profusion d'idées rejetées, les beats à secouer un rom renvoyé en terre d'asile sans même le vouloir, le tout enrobé de plans putassiers et lyriques, version déconstruite par un énorme fils de, gueulant dans un micro mal réglé sur une voix suraiguë. 

Le problème de ce disque c'est que sa nonchalance et sa gravité (« i've reached the peak of emptiness » , « I'm afraid of looking people in the eye ») n'ont aucun lien avec la façon dont le duo nous parle au corps et nous emmène dans son paradis malsain et torturé. On se retrouve à la fois dans un groupe doomy romantico gotho à la Forbidden Site qui aurait digéré toute la scène EBM et Power electronics depuis 20 ans en se délectant du duo Christophe/Alan Vega. Un régal, en d'autres mots.

Bertrand

Album : I Have Fought Against It, But I Can't Any Longer
Sortie en 2018 chez Thrill Jockey Records (et on les en remercie)
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