Soyuz Bear – Black Phlegm

Quand on a l’occasion de faire la promotion de la scène locale, on ne s’en prive pas. Encore faut-il avoir une bonne raison pour prendre du temps à écouter plusieurs fois un même album, le décortiquer un peu, s’imprégner de son ambiance et se casser le cul à retranscrire tout ce merdier en un pavé de mots un tant soit peu intelligible. Ces derniers mois, ce ne sont pas les occasions qui manquent, ou manqueront, de s’épancher à propos de la scène metal extrême toulousaine, qui, après plusieurs années d’atermoiement, semble enfin s’être sortie les doigts du cul pour nous proposer autre chose que des démos. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que j’ai posé mes oreilles sur le premier né crasseux de Soyuz Bear. Vu à maintes reprises en live, et ce avec une satisfaction constamment renouvelée, c’est peu dire qu’il était grand temps que cette alliance d’ours mal léchés vienne nous vomir dans les portugaises, confortablement installés dans nos salons, un verre de whisky frelaté aux lèvres. Car, oui, c’est bien ça qu’est Soyuz Bear, du doom frelaté, bien plus habitué aux rues dégueulasses noyées de pisse qu’au cimetière et autre scène d’opéra à la Candlemass. 

Telle une annonce putassière d’un bon vieux site de rencontre glauque, « Envie d’un bon gangbang dans une tourbière ? », c’est bien avec le purulent Black Phlegm qu’il faudra compter pour vous réchauffer cet hiver. Et, si vous vous demandiez ce que Phlegm peut bien vouloir dire, sachez que cela n’a rien à voir avec nos amis britanniques, mais cherchez plutôt du côté de vos muqueuses. Autant vous dire qu’à ce niveau-là, la couleur noire est rarement un signe vibrant de bonne santé. S’il fallait trouver un point de comparaison à ce que propose le combo toulousain sur cet opus, le premier groupe qui me vient à l’esprit  n’est autre que Dopethrone, un peu de fuzz en moins. Telle une sorte de précis technique de composition musicale à l’usage des clochards alcooliques, tous les codes et autres poncifs du sludge y sont ici respectés à la lettre, sans aucune fausse note à l’horizon. Du pur doom crasseux, lent, lourd et nihiliste, agrémenté ça et là de déferlantes d-beat jubilatoires et de textes appelant  l’auditeur, à grand renfort de hurlements ordurier, à aller bien se faire mettre avec, pour les plus téméraires, une poignée de verre pilé. Vous l’aurez bien compris, Soyuz Bear n’est pas adepte d’un humanisme débordant de subtilité, bien au contraire. Il révère, une canette de Maximator dans chaque main, un Satan des égouts et des ruelles où les chiens copulent avec les chats et se bâfre de toute forme d’élévation artistique propre à la masturbation intellectuelle. Je ne vois d’ailleurs pas bien pourquoi je m’emmerde à décrire ce Black Phlegm, l’ami Wikipédia le fait déjà pour moi : « …mêle des éléments de doom metal et punk hardcore, et parfois de grunge et de noise rock. […] une musique lente et pessimiste, généralement caractérisée par des rythmes lourds et une atmosphère sombre, une instrumentation simplifiée, et des paroles souvent chargées de messages nihilistes. […] son de guitare dit « boueux » dû notamment aux fortes distorsions et fuzz associés au son volontairement sales dans la pure tradition du punk hardcore et du metal extrême. » . Gaudriole mise à part, je tire mon chapeau au groupe pour ce premier effort suffisamment concis dans sa durée comme dans la construction de ses morceaux pour ne jamais être chiant ou trop prévisible, et ce malgré son attachement, frisant l’acharnement, à vouloir respecter l’évangile selon Electric Wizard & Eyehategod. L’album se tient d’une traite, d’un bout à l’autre de sa trentaine de minutes. Ce Black Phlegm est porté par une production au diapason suffisamment cradingue pour être estampillé sludge, mais propre à ce qu’aucun instrument ne vienne en cannibaliser un autre au détriment de l’intelligibilité globale des six morceaux qui composent cette galette. Cette réussite, en termes de production, permet de sentir chaque mouvement de cordes d’une basse lourde et turgescente qui vient vous claquer à la gueule à la moindre occasion et de percevoir les percussions massives qui viennent vous broyer la nuque à grand renfort d’accélérations punk éparses, mais qui font toujours leurs petits effets. Enfin, on retrouvera une guitare au riffing minimaliste et pesant, qui emplit l’espace sonore de ses vrombissements implacables sans jamais se la jouer en solitaire, et un champ complètement raccord avec l’ambiance de cet opus : gras et vomitif à souhait, mais fort d’un spectre suffisamment large, propre à ce qu’il ne paraisse jamais ni monotone, ni désincarné, bien au contraire. 

Ainsi, s’il fallait retenir deux points essentiels qui caractérisent ce Black Phlegm, ce sont bien l’atmosphère et l’intensité qu’a insufflées le combo dans chacune des minutes qui le compose, nous faisant sentir, à chaque instant, tout le travail nécessaire pour perpétrer un opus cohérent dans chacun des aspects qui en forme la structure. Néanmoins, on pourra éventuellement reprocher à Soyuz Bear  un léger manque d’originalité, ou, tout du moins, une trop forte propension qu’a eu le groupe à vouloir rester dans les clous sans jamais trop déborder de leurs motifs musicaux. Dans l’absolu, j’aurai apprécié un peu plus de folie meurtrière et peut être un peu moins de contrôle et de contenance de la part des Toulousains, mais de ce côté-là ils auront tout le temps de se rattraper en live. Cela étant, ce léger regret quant au manque de prise de risque n’est clairement pas rédhibitoire à l’aune d’un premier album réussi à tout niveau et n’enlève donc en rien la puissance qui se dégage de cet éclat brut et sanguinolent de sludge à la limite de l’intégrisme musical, tant sur le fond que sur la forme.  

Samuel

Artiste : Soyuz Bear
Album : Black Phlegm
Année : 2017
Facebook : https://www.facebook.com/SoyuzBear

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