Slagmaur – Thill Smitts Terror

Slagmaur ça n’est pas tellement le genre de groupe à la mode. Des musiciens inconnus, jouant un metal extrême minimaliste à la croisée des styles, une carrière pas forcément très remarquée, agrémentée d’une absence longue de huit ans c’est déjà bien lourd. Viennent se rajouter au tableau, des réalisations pas toujours du meilleur effet accompagnées de pochettes régulièrement ultra- moches. Dur dur comme intro et, s’il fallait vraiment caser les Norvégiens dans le paysage musical extrême, la petite appellation fourre-tout qu’est devenue « avant-garde » semble être désignée d’office pour faire le job, histoire d’éviter d’avoir à s’appesantir sur une étiquette à rallonge ou trop alambiquée. Néanmoins, on prendra bien deux minutes pour vous dire que Slagmaur c’est un peu un enfant bâtard entre les aliénés de chez Terra Tenebrosa et les casseurs de tôle que sont Godflesh. Et, si ces deux formations ne vous parlent absolument pas, c’est le moment pour vous de faire une pause dans la lecture de cette chronique, et d’aller faire un tour sur YouTube. Quoi qu’il en soit, le groupe, emmené par le General Gribbsphiiser, n’avait rien proposé depuis l’album Von Rov Shelter, sorti en 2009, qui s’était avéré plutôt de très bonne facture sans réellement faire émerger la formation de l’anonymat. Mais, à en juger par le délire masqué que s’impose méticuleusement chaque membre et les zones d’ombres qui gravitent autour de leur identité respective, là n’était pas vraiment le but de Slagmaur. C’est donc en ce mois de mars 2017 que l’étrange animal a décidé de sortir de son hibernation prolongée afin de nous replonger dans son délire horrifique.
Et, soyons clair tout de suite, pour ceux qui auraient, par le plus grand des hasards, déjà posé une oreille attentive sur les précédentes réalisations du groupe et n’auraient pas aimé : passez votre chemin, ce Thill Smitts Terror n’est, à coup sûr, pas pour vous. En effet, Slagmaur n’est pas sorti de sa torpeur pour nous proposer autre chose que ce qu’il sait déjà si bien faire avec, un indubitable supplément d’âme. On retrouve donc la recette employée sur le précédent opus : un son de guitare acéré sursaturé à vous fendre une banquise en deux, une batterie lente à la mécanique industrielle et dopée aux basses, ainsi qu’un chant plus proche de l’aboiement militariste que de n’importe quoi d’autre, le tout dans une ambiance étrange de film d’horreur cradingue.
De prime abord, la combinaison ne semble pas franchement aller de soi, d’autant plus qu’après la courte intro de Thill Smitts Terror on s’attendrait presque à tomber sur un opus aux gimmicks plutôt burlesques. Ce n’est que par la suite qu’on se rend compte que Slagmaur prévoit tout simplement de régaler l’auditeur avec trois-quarts d’heure de lenteur morbide et industrielle. À fort volume, on prend rapidement conscience de l’agressivité dégagée par le quatuor, et ce dès les prémices du premier vrai morceau qu’est Drummer of Tedworth. Par le biais de ces nappes constantes de riffs froids et hypnotiques, et de ces percussions aux sonorités presque martiales, le groupe distille un sentiment violent d’agression, lancinant et implacable, parfaitement mis en exergue par la production dont jouit cet opus, qui ne se décollera d’aucun morceau, et c’est bien en ça que réside la force du dernier effort de Slagmaur. Galvanisées autour des imprécations aliénantes du tout nouveau hurleur, le bien nommé Dr Von Hellreich, les notes de cet album dégoulinent lentement le long des parois d’une cellule capitonnée pour finir par noyer l’auditeur dans un miasme délirant. Pour parfaire cette jolie toile, le groupe viendra, au détour de certains morceaux, agrémenter sa musique de petits détails d’atmosphère avec, au choix, le classique piano, divers cris et hurlements où encore une batterie en mode carillon à contretemps et percussions groovy sur Bestemor Sang Djevelord. Mais, c’est avec le titre Hekeskritt Og Djevelritt, et ses râles carnassiers en guise d’introduction que le climax de l’album est atteint. Morceau pivot de presque douze minutes, le groupe renoue là complètement avec ses racines norvégiennes et ses trémolos black metal interminables tout en conservant son identité horrifique et mécanique si particulière. 
Cependant, après huit ans de mutisme, on pourra regretter la flagrante absence de prise de risque de la part du groupe norvégien. En effet, même s’il est meilleur en tout point, en comparaison avec son prédécesseur, le principal défaut de Thill Smitts Terror reste son manque de nouveauté. Les quelques variétés apportées aux compositions se cachent dans les détails et décevront potentiellement ceux qui espéraient un peu plus de folie de la part de Slagmaur. Cela étant, cet opus n’en demeure pas moins excellent dans son genre et, pour toute oreille vierge, on ne vous conseillera que trop d’aller écouter les quelques miettes lâchées, sans le moindre début de promotion, sur le bandcamp du label Osmose Production. 

Label : http://www.osmoseproductions.com/index.cfm?lng=1
Facebook : https://www.facebook.com/slagmaurofficial/
Bandcamp : https://osmoseproductions.bandcamp.com/album/thill-smitts-terror

Samuel

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