Shannon Wright - Division

Division est l'un de ces disques qui toque à votre porte sans crier gare. On l'insère dans sa platine sans forcément trop y croire. La demoiselle avait certes jusqu'ici une discographie touchante alternant moments de cafard folk réussis et moments plus rock enlevés peut-être moins touchants. Division atteint d'autres sommets. Si la voix de Shannon s'y fait toujours aussi juste, elle atteint ici des Everest de tendresse sensuelle rappelant parfois Beth Gibbons (Portishead) dans ses meilleurs moments (la surpassant même clairement si vous voulez mon avis).

La cassure est dans le processus de composition. Sur Division, il est beaucoup moins immédiat et surtout beaucoup moins évident. Shannon Wright laisse libre cours aux compositions tiroirs, où mélodies au piano s'élèvent avec des rythmiques électroniques, entremêlant clavier cheap, nappes ambiant et sonorités électroniques. Une réelle révolution donc, où Shannon laisse libre cours à quantités d'idées disparates toutes réunies dans ce processus libertaire. Exit donc les alternances refrains/couplets sans équivoque, Division est un réel recueil de doux morceaux poétiques à fleur de peau, où chaque ajout de couche sonore dévoile de nouvelles ambitions.

Malgré l'apparence dégarnie du disque, de par son minimalisme, jamais Shannon Wright n'aura effectué une livraison qui fourmille autant d'idées, qui déborde d'autant de lyrisme sans jamais en rajouter. On y retrouve à la fois le côté femme/enfant (Seemingly et ses sonorités jouets), le côté velléitaire (Un Soft Noise divin qui transforme une des mélodies les plus majestueuses jamais entendues en un bourbier sonique des plus foutraques, l'introduction éponyme des plus noisy) et cette justesse rythmique qui soutient le tout avec ce kit batterie disséminé au cours des morceaux leur permettant de s'élever.

Division mélange donc aspect classique, rythmiques rondes et pêchues, transgressions électronisantes et ambiant néoclassique qui donnent à la voix de Shannon un côté glaçant des plus prophétiques. Je n'y croyais pas vraiment en lançant la galette donc, mais j'ai vraiment du mal à m'en remettre et à m'en sortir tant ce disque fait mouche et tant sa quantité de détails microscopiques permet à cette source de bonheur de ne pas se tarir.

Si on rajoute par-dessus le gros lot un artwork somptueux, écrin pastel et grésillant (à l'image de ce Iodine à glacer le sang, évoquant le Denali grande époque)

Shannon, épouse- moi, je peux laisser Maura Davis partir maintenant !

Bertrand

Fiche technique :

Artiste : Shannon Wright
Album : Division
Origine : USA
Genre : Fleur de chair de peau
Label : Vicious Circle
Sortie : février 2017

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