Satyricon – Deep Calleth Upon Deep

Un coup d’œil rapide dans le rétroviseur, et je m’aperçois qu’il est bien loin le temps où le nom de Satyricon résonnait à mes oreilles, tel un gage de qualité, me renvoyant à mes premiers ébats musicaux aux sons des notes de Shadowthrone (1994) ou Nemesis Divina (1996). Eternelles légendes, géniteurs inspirés d’un style à nul autre pareil, Satyr et Frost s’étaient vus reléguer dans mon cœur au rang de ces idoles d’un temps révolu, à jamais prisonniers de leur œuvre. Il me faut remonter à Volcano, soit il y a déjà 15 ans, pour me souvenir avoir ressenti à nouveau le frisson de l’excitation à l’écoute d’un album de Satyricon. Plus moderne, plus froid, emprunt d’une rage calculatrice, cet album à la réalisation géniale n’avait, tel un volcan une fois l’éruption passée, laissé derrière lui qu’un champ de ruines au beau milieu duquel pouvait finir de s’étriper les tenants d’un Satyricon païen et old school et les adorateurs d’une entité plus moderne au contour plus progressif. N’étant pas spécialement intéressé par ces querelles de clocher, j’ai de mon côté attendu impatiemment la suite. Mais, après une première déception, puis une seconde, l’arrivée de nouveau style et de nouvelles formations plus inspirées et bien plus inspirantes, au fil du temps Satyricon est devenu un lointain souvenir, un groupe qu’on ressort à l’occasion quand on souhaite se rappeler à quel point « c’était mieux avant ». Depuis longtemps perdus dans les oubliettes de ma discographie, les compères nous reviennent d’entre les morts, en cet été 2017, avec l’annonce d’un nouvel album, sobrement intitulé Deep Calleth Upon Deep, accompagné d’un visuel n’ayant, semble-t-il, pas spécialement fait l’unanimité. C’est donc sans grand enthousiasme, mais avec une indéniable pointe de curiosité, que j’ai jeté une oreille attentive au fond du gouffre, le verdict quelque ligne plus bas.

Autant le dire de suite, Deep Calleth Upon Deep, ne réconciliera rien ni personne avec le groupe, les attentistes old school peuvent donc retourner faire luire leurs bracelets cloutés en écoutant leurs vieilles cassettes audio. Fort de sa longue carrière, Satyricon capitalise ici sur ce style qu’il a fait sien depuis les années 2000. Poussant plus avant encore sa lente métamorphose en une entité qui n’a de black metal que les contours légèrement palpables à l’ombre de riffs sinueux et de blast beat épars. Les vieux de la vieille, guettant fébrilement un retour inespéré aux sources, ne seront surement pas plus emballés par cet album que par ce que les Norvégiens nous ont proposés ces quinze dernières années. De mon côté, n’attendant plus grand-chose du groupe, ma surprise a été totale et, en deux mots comme en cent : j’aime et, à mon sens, l’explication est toute trouvée : l’inspiration.

Toujours pleinement conscients de leurs atouts exceptionnels, les Norvégiens ont enfin décidé d’en faire quelque chose d’intéressant sans pour autant se départir d’une forme qui semble maintenant leur coller à la peau. Ici, pas de grande surprise donc, mais une diversité et une dynamique qui faisaient terriblement défaut depuis maintenant trop longtemps. On retrouve les abondantes compositions à tiroirs, chères à ce bon vieux Satyr, accompagnées de changements de rythme, intelligemment distribués tout au long de cet opus. Le tout est marqué par l’affrontement incessant de lignes de guitare mélodiques et sinueuses face à de lourds et puissants murs dissonants. Porté par une production et des atmosphères moins froides et plus massives que par le passé, Satyricon joue de chacune de ses forces et les fait rentrer dans une synergie quasi hypnotique et mystique. Le groupe semble enfin achever et assumer définitivement sa mue en une entité bien loin des Darkthrone et autres Mayhem des années 90, mais, bien plus, au croisement de formation comme The Vision Bleak et Hail Spirit Noir.  Entre inspirations stoner sur le titre éponyme, l’infernal et génial Blood Cracks Open The Ground, le très doom et cuivré To Your Brethern In The Dark, Satyricon distribue avec brio le meilleur de lui-même depuis l’album Volcano (2002). Quelque peu avares en accords de guitares, les Norvégiens privilégient une approche minimaliste et plus instrumentale dans leur production. Proposant un opus a l’ambiance éthérée et sinistre du meilleur effet, agrémentant ça et là leurs compositions d’instrumentations (cuivre et corde en tête) discrètes, mais équilibrées.  

Si, du titre d’introduction, Midnight Serpent, à l’éponyme Deep Callet Upon Deep, Satyricon fait un sans-faute puissant et grandiose, on pourra regretter un milieu d’album plus anecdotique et en retrait face à cette première moitié menée tambour battant. Et c’est peu dire au regard de la qualité de jeu d’un Frost au faite de son art. D’autant plus que l’hétérogénéité de ces compositions pourra aussi en froisser plus d’un, avec l’irruption de titre comme Dissonant ou le très curieux The Ghost Of Rome au relent doom/goth des années 90. Pour ma part, je ne bouderai pas mon plaisir. Satyricon n’avait pas proposé d’album à ce point généreux et inspiré depuis bien longtemps et clôture ce dernier opus tout en majesté. En replongeant cette fois-ci dans les racines d’un style plus sombre et mortuaire avec un duo de titre final plus classique, mais tout aussi efficace. Sans jamais se départir de son héritage musical et à l’instar de son album/DVD live en compagnie de l’opéra national norvégien, Satyricon se veut à la fois plus sophistiqué dans sa démarche et en même temps tellement plus organique dans sa réalisation. De mon côté, c’est cet élan vital que je retiendrai comme élément essentiel de ce Deep Calleth Upon Deep. Ce qui me fait dire que, malgré un passage à vide d’une bonne dizaine d’années, la bête n’a pas encore rendu son dernier souffle, bien au contraire.

Samuel

Artiste: Satyricon
Album: Deep Calleth Upon Deep
Sortie Septembre 2017
Site : http://www.satyricon.no

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