Satyricon - Deep Calleth Upon Deep

Loin d'être évident. Du point de vue des pseudo-connaisseurs créateurs de hype, mangeurs de graine, cela fait belle lurette que Satyricon tourne en rond et conchie la beauté qu'ils ont eux-mêmes créée. Pourtant, ce n'est pas parce qu’il y a trop de blondasses dans leurs concerts que le groupe est décédé. On parle quand même des façonneurs du black version 3.0. On parle quand même du groupe qui a façonné le genre à chaque sortie jusqu'à en devenir égérie voire rockstar dans nos pays nordiques. On en est loin du compte dans nos contrées.

2017, l'âge de Néro est loin et pourtant si proche. Ce qui compte c'est le riffing. On compte dans nos rangs le meilleur batteur métal de tous les temps, autant au point de vue de la technique que (non pas de la tactique) du feeling, le duo de choc qui a su s'expatrier dans d'autres projets pour revenir meilleur (1349) et plus en forme. Satyricon était le trve black comme il a œuvré à créer les codes du black métal moderne (Rebel Extravaganza) pour le déconstruire et le mêler à une dose de rock’n-roll façon Motorhead du black (Volcano).

Le reproche est évident, Satyricon joue sur la même corde, exploite sa verve doomy tout en jouant sur la corde du riff parfait et sur des rythmiques bétons. On nous rabâche la même théorie depuis un bon bout de temps, bien avant leur éponyme soi disant en demi teinte, le groupe est mort et resuce la même diarrhée jusqu'à plus soif, histoire de remplir tout d'abord les opéras et les théâtres, ensuite les stades, hymnes après hymnes. La belle affaire !

« To Your Breathen In The Dark » le prouve encore une fois, le groupe n'est jamais là où on l'attend. Finis les cuivres oppressants, les rythmiques doomy et poisseuses, la cuvée 2017 propose une immédiateté qui saute aux oreilles, avec son lot de riffs des plus mastocs, ses parties rythmiques qui laissent des rêves humides aux plus grands, le tout sur une base mélodique des plus mongoloïdes.  

Un peu à l'image de Darkthrone post années 2000, le groupe n'en à plus rien à carrer depuis un bon moment et oscille de tubes en tubes (un peu comme Mass Hysteria oscillait de Cercles en Cercles). La machine est clairement en route, production à l'épreuve, riff façon éléphant qui marche sur des œufs et format « je te chie sur la gueule double LP en 45 tours pour que ça tourne plus vite ma gueule » . Ni Frost ni Satyr ne se sentent à l'étroit dans cette version épurée version post « je suis né dans les années 2000 » de leur métal tubesque et énergisé. Tout y passe, exit les trop étroites versions doomy du précédent opus (qui cela dit passe pour expérimental à côté de celui-ci), le groupe revient à l'essentiel du défonçage en règle des cymbales sur fond de riff inoubliable qui fait passer les Rolling Stones pour de vulgaires accordeurs de gratte d'occaze.

Tout chez Satyricon en 2017 sonne comme millimétré, instantané. Finies les escapades époque Rebel Extravaganza, mais maintenant on l'a compris. KING était un prémice au Satyricon nouveau version char de commandement. Les mélodies sont immédiates (The Ghost Of Rome) les rythmiques sont démentielles, les tubes s’enchaînent. On reproche à Darkthrone sa perte de la quête de la vérité , on peut remercier Satyricon de n'en avoir plus rien à foutre. Poudre au nez avant les yeux, on s'imbibe pour mieux cerner ces nouvelles icônes du rock, tous chœurs en avant, sur fond de growls que l'on entend même plus crier tellement on danse.

Satyricon livre ici sa nouvelle crotte, et c'est avec un bonheur non contenu que l'on apprécie chacun des moments de gloire de la galette, à la fois complètement mégalo, complètement surfaite, mais pourtant tellement jouissive, belle merde talentueuse et sans aucune anicroche, pleine de moments de gloire. Huit tubes, huits riffs inoubliables, huit lignes de chant qui rivaliseraient au panthéon des plus grands chanteurs mégalo, huit morceaux sinueux et reptiliens bien trop longs pour enculer Despacito, bien trop courts pour faire bander le bobo de base, bien trop accessibles pour exciter le blackeux élitiste, bien trop aigu pour énamourer le coreux version 2k17 tatoo au bras, vegan dans l’âme, trop coincé pour inviter son aimée à twister sur des riffs bien trop parfaits pour elle.  

Les années 70 avaient Black Sabbath, nous avons Satyricon, et je peux l'affirmer, je suis heureux de ne pas être un vieux con, mais de rester un vieux connard. On les attend sur scène, là où même les pauvres tâcherons se sentirons concernés. Car tâcherons, vieux connards, vieux cons, jeunes nazes, nouveaux initiés, ceux qui n'en ont rien à branler, c'est bien sur scène qu'ils seront oblitérés par la puissance de feu immédiate de Satyricon.

Bertrand

Artiste : Satyricon
Album : Deep Calleth Upon Deep
Sortie chez Moonfog/Napalm Records en Septembre 2017

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