Repas des fêtes 2016 en musique

Apéro / Mise en bouche

Nous commencerons ce repas fleuve avec Frustration – Empires of Shame et Mutterlein – Orphans of the black sun. L'un reprend le feeling punk bien hargneux et toujours mélodique d'un Ceremony meilleure période, en y intégrant l'aspect déjanté et quelques claviers à la Devo tout en y insérant une touche post punk typée Wire des familles. Un grand disque tout en finesse et en teintes d'un gris coloré. Chez Mutterlein, le post punk se fait plus cérémonie (que Ceremony pour le coup !) incantatoire et doomy dans une ambiance de paroisse de fin du monde. Notre messe de minuit à nous.

Entrées

Deux entrées pour ce repas des fêtes, terre et mer accolés avec des blinis au saumon fumé pour le Darkthrone – Artic Thunder et des toasts de foie gras pour Metallica – Hardwired … to self destruct. Pour Darkthrone, les norvégiens font plus qu'un retour hivernal habituel, en confirmant la règle inventée par et pour eux : chaque Darkthrone est meilleur que le précédent. Loin d'eux l'idée de stagner dans une veine heavy punk crasseux, ou de se recroqueviller dans un trve black passéiste. Autant s'amuser encore plus a triturer des ambiances canal du genre (on passera sur la culture infinie de ce groupe en terme de musique, que vous pouvez consulter sur l'émission de radio de Fenriz) dans une ambiance black n roll lugubre et toujours jubilatoire. Pour les poivre et sel Metallica, on s'attendait à un intérêt tout d'abord nostalgique de les entendre, mais c'est une réelle cure de jouvence qu'ils s'offrent avec un disque monolithique d'une rare densité. Aucun tube à se mettre sous la dent, on reçoit l'offrande graisseuse en un bloc (de foie gras) dans les dents.

Premier plat

Un chapon farci aux marrons pour commencer ces olympiades de la bouffe. Oranssi Pazuzu - Värähtelijä est un réel plat à tiroirs, entre krautblack, ambiant lugubre, shoegaze sombre, vortex aux idées sans fin. Mention à son petit frère Liturgy – The Ark work, où les saveurs se mélangent dans un délice sucré/salé halluciné. La viande blanche sacrifie la lourdeur habituelle pour nous entraîner au sein de mélodies répétées à l'infini dans un souci de transe black unique.

Trou Normand

L'heure est venue de déboutonner le pantalon pour reposer l'estomac déjà bien fatigué avec le Heavy rock/Shoegaze/postcore de Helms Alee – Stillicide. Le disque garde une touche alcoolisée nous rappelant parfois les vélléités tribales d'un Neurosis grande période tout en y intégrant la douceur à fleur de peau d'un rock plus atmo. Avant d'attaquer la suite, un petit détour vers la blancheur clinique des poulains Galakthorroe Tanz Ohne Muzik – Infinity, plus proche d'une post wave glaciale (à la vanille) typée November Növelet.

Second Plat

Le second plat sera un classique, tout en lourdeur et en explosion des papilles, chargé en goût de gibier un peu faisandé : le civet de lièvre. Cough – Still they pray et With the dead – S/t sont les doomasters de ce repas 2016, grands noms à la clé (notamment le doomlord Lee dorian pour le superprojet WTD). Rien de bien aventureux pour WTD mais pourtant si unique et bien ficelé, la sauce au vin rend la viande fondante. Chez Cough, le plat prend une toute autre dimension exploratoire, où l'on peut imaginer la partie de chasse avec l'animal.

Fromage

Pas de plateau cette année, nous vous proposons une déclinaison en soufflé qui retombera probablement une fois dans votre assiette avec Neurosis – Fires within fire. Le plat n'est pas tout à fait décevant vu que le goût du comté affiné restera intact mais la présentation laisse tout de même à désirer, la deuxième face étant trop concise pour un disque déjà bien court.

Desserts

Les papilles réclamant du sucré seront au paradis avec ce buffet de mignardises en tous genres, entourant une immense pièce montée. Radiohead – A moon Shaped Pool nous prouve qu'ils sont capables du meilleur après une période de vache maigre. Leur pièce montée est du plus bel effet (et quels effets monsieur Greenwood!) avec un disque cristallin et limpide qui fait mouche. Leur meilleur depuis Kid A ? Pour les plus gourmands, ils pourront se délecter avec le M.I.A – A.I.M qui est d'après les dires son dernier disque. Une belle carrière pour la pop star la plus intéressante de son époque, mélange entre electro/hip hop/world le tout dans une ambiance punk complètement barrée. Finissons les sucreries avec The Kills – Ashe and Ice, première fois que le duo me surprend au point de réécouter leur galette avec toujours plus de plaisir. Quand les égéries rockstarsystem assument enfin leur statut de hispters.

Carte des Vins

Rien de mieux pour accompagner ces plats d'une bonne dose d'enivrement. Deux choix donc, avec le Der Blutharsch and the church of the leading hand - Sucht & Ordnung, apogée psychédélique du combo qui assume complètement son côté krautrock depuis maintenant quelque temps mais qui trouve encore le moyen de faire muter sa créature vers des contrées encore plus incantatoires. On en reparlera par ici, promis. Notre second choix se portera vers Psychic TV – Alienist nouvelle mouture de la « secte » musicale de Genesis p Orridge, transformé en brian Jones transsexuel obèse pour l'occasion, et reniant toute sa jeunesse industrielle pour nous livrer la suite de ses aventures rock 70's. Et c'est toujours aussi agréable !

Cave à Cigares

On retrouvera dans notre boudoir favori les amis crooners. Nick Cave and the bad seeds – The Skeleton tree , Bob Dylan – Fallen Angels et Leonard Cohen – You want it darker. Des cigares marqués par la mort, lugubres et raffinés, toujours contenus. Pour Nick Cave c'est la mort de son fils qui le fera changer radicalement de façon de composer pour céder du terrain aux nappes sonores de Warren Ellis dans un disque clairement noir. Chez Dylan c'est la mort de la littérature qui le poussera à rester chez lui au lieu de récupérer son prix Nobel. Et avec beaucoup de tristesse, c'est la mort de Leonard Cohen lui même qui marquera nos cœurs, en nous laissant ce dernier hommage à sa musique, à la musique. Un hommage feutré, grave et définitivement sombre. Un bien beau disque pour partir.

Note pour les végétariens

Ce repas ne pourrait effectivement pas convenir à vos choix alimentaires. Nous vous conseillons donc d'opter pour la formule Converge – You fail me redux. Le groupe culte de vegans a réédité son premier disque sur une major, et l'un des meilleurs avec Jane doe dans un magnifique Artwork blanchi pour l'occasion. Indispensable.

Doggy Bag

Si vous ne pouvez pas tout finir, SuperFlux vous propose de rentrer chez vous avec les restes (les oubliés) de la soirée qui sont Woven Hand – Star Treatment et son post punk/rock/world/amérindien/incantatoire au sommet, avec les adieux de The Dillinger Escape plan – Dissociation meilleure galette depuis Miss Machine, qui fait office de best of de leur carrière, avec des nouvelles compos et surtout Total Victory vs Big Electric paru chez les excellents Specific Records. Le disque des Hollandais est tout bonnement meilleur que les meilleure Wire, avec des morceaux sacrément épiques.

Bon retour, n'hésitez pas à vous écrouler sur place

Bertrand

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