Panzerfaust - The Lucifer Principle

Écrite en bout de table, à l’arrache comme qui dirait, à la suite d’une première écoute dévastatrice et de plusieurs jours d’écouteS hypnotiques, cette chronique sera courte, mais j’essaierai, en quelques mots, de décrire les sensations qui m’ont traversé lors de la découverte de cet EP de Panzerfaust, The Lucifer Principle. Avant tout, revenons donc un peu en arrière, Panzerfaust qu’est-ce que c’est ? Outre une arme antichar allemande de la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi un groupe de black métal canadien, formé au milieu des années 2000, fort de trois albums, et signé aujourd’hui chez Avantgarde Music. Complètement inconnu jusqu’alors, affublé d’un nom on ne peut plus cliché, je m’attendais à tomber sur un énième groupe à l’empreinte caractéristique des années 90, au mieux un doppelgänger écoutable, au pire de la soupe black simpliste sans grand intérêt. The Lucifer Principle étant un petit EP long d’une courte demi-heure, je n’ai pas trop hésité en me soufflant intérieurement « Au moins, si c’est nul, t’auras perdu seulement 30 minutes de ta vie ». Dieu que cette idée fut l’illumination de ma triste journée de travail !

Histoire de bien poser le sujet, avant d’être un EP, The Lucifer Principle c’est avant tout un bouquin écrit en 1995 par Howard Bloom qui, partant du postulat que les groupes sociaux sont le plus petit dénominateur commun de la sélection naturelle qui nous anime, développe, entre autres, la théorie que cette dynamique évolutive des sociétés humaines est naturellement mue par la propension génétique des êtres qui les composent à faire le mal, tout un programme. C’est donc avec cette idée en tête, et vierge de toute écoute antérieure de ce groupe, que je me suis lancé à l’assaut de cet opus.
Cette première approche de Panzerfaust s'est donc faite par le biais de ce nouvel EP, sorti fin 2016, qui, de son côté, se découpe en quatre titres glaçants d’intensité et de violence. Musicalement, on retrouve grosso modo quelque chose qui se rapproche de ce qu’a pu proposer Cobalt sur les albums Eater of Birds et Gin, un black métal massif, poisseux et lent. Mais, sur The Lucifer Principle, Panzerfaust vient y coller des riffs autrement plus dissonants, tout droit sortis d’un Svartidaudi ou d’un Deathspell Omega, le chaos en moins, et accompagnés d’un duo vocal d’outre-tombe, sursaturé. Alors, présenté comme ça, a priori, rien de bien nouveau sous le soleil me direz-vous, un joyeux mix fait de diverses influences, pas de grosse prise de risque à l’horizon, Panzerfaust ne réinvente donc pas la poudre. Non, en effet, mais au-delà d’une technique et d’une production irréprochable dans son genre, ce que propose Panzerfaust sur cet EP c’est une entité littéralement vivante, un amas de chair et de sang mu par la vie, doté d’un pouls, un être d’une noirceur incommensurable à l’appétit inextinguible. Les Canadiens ont su, dans ce brutal et intense exercice, insuffler une âme terriblement humaine à leur musique littéralement dévorée par ce principe de Lucifer. L’ atmosphère qui se dégage de la première à la dernière minute de cet EP est glaçante d’horreur, la violence qui l’habite ne s’estompe pas un instant et en devient quasi irrésistible. Élémentaire, primaire, accouplée à très peu d’artifices, quelques clameurs par-ci, un enregistrement de Goebbels ou d’Oppenheimer par-là, on en redemanderait presque, de cette violence, et on finit par se surprendre à réécouter indéfiniment chaque piste, l’une après l’autre. On laisse tourner ces riffs ad nauseam, on s’abreuve de ces râles monstrueux, on souffre jusqu'à en être galvanisé. Perclus d’une haine absolue, confinant au nihilisme le plus totalitaire, chaque morceau vient, comme une lame acide rongée par la terreur, vous suriner lentement, inévitablement, jusqu’à la moelle. Quand, sur The First Con Man, The First Fool, Panzerfaust embrasse la lenteur lancinante et maladive, il sait, au moment opportun, déchaîner la rage bestiale par laquelle il est dévoré, comme sur le final du morceau The Jerusalem Syndrome. Mais c’est avec le duo apocalyptique Axis Mundi  et God’s Gonna Cut You Down, morceau folk magistralement réinterprété, que Panzerfaust vient offrir l’humanité en pâture dans un massif ravissement déchirant de souffrance. On en crèverait presque de ces riffs aiguisés comme des lames de rasoir, de cette lenteur abyssale, de ces hurlements enragés, de ces clameurs incessantes, de cette détonation finale qui vient, tel l’alter ego de cette pochette cendreuse, mettre fin à cette vie abjecte à laquelle Panzerfaust venait de donner naissance une demi-heure plus tôt. Comme disait mon copain Cioran « Ce qui n’est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins ».

En conclusion, Panzerfaust n’invente rien, mais a su intelligemment s’approprier chaque élément qui compose sa musique pour en faire un objet singulier et quintessentiel. Avec The Lucifer Principle, Panzerfaust, dans une simplicité tonitruante, touche du doigt, s’imprègne, dévore, fait sienne la plus profonde noirceur et réalise ce que peu d’artistes sont capables d’accomplir dans leur carrière, à défaut de le réinventer, les Canadiens réussissent à ne faire qu’un avec leur art. Réduisant à néant toute forme d’espoir, de joie, de bonheur, cet opus est un parasite, une maladie rampante, infectant le sang et souillant la chair. Il est ce que, par le prisme du principe de Lucifer, nous pourrions décrire comme une forme d’humanité faite musique.  

Samuel

Label: http://www.avantgardemusic.com/
Site : http://www.panzerfaustblackmetal.com/

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